Catholiques de Gaza : « Sans la prière, nous ne tiendrions pas » - France Catholique
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Catholiques de Gaza : « Sans la prière, nous ne tiendrions pas »

Curé de la paroisse catholique de Gaza, le Père Gabriel Romanelli raconte les difficultés quotidiennes des habitants de l'enclave palestinienne, après l'offensive israélienne consécutive à l'attaque d'Israël par le Hamas, le 7 octobre 2023.
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Le Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Pizzaballa, à Gaza, avec le Père Romanelli, au centre. © Omar El Qattaa

Un fragile cessez-le-feu est intervenu en octobre2025 entre Israël et le Hamas. Quelle est aujourd’hui la situation à Gaza?

Père Gabriel Romanelli: Il y a moins de bombardements. Mais cela ne veut pas dire que la situation est bonne. L’aide humanitaire arrive davantage, mais tout manque encore : matériaux de construction, vitres, câbles électriques. Le système d’électricité n’existe pratiquement plus. L’eau manque. Une grande partie de la population vit dans des tentes. L’aide reste insuffisante par rapport à l’immensité des besoins.

Comment les gens vivent-ils?

Ils survivent. Ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils trouvent. Sur les marchés, certaines choses existent, mais à des prix incroyables. L’énergie est un problème majeur : batteries, panneaux solaires, carburant… tout est devenu extrêmement cher, et beaucoup de panneaux solaires ont été détruits pendant la guerre. Même pour cuisiner, les familles doivent improviser.

Et la situation sanitaire?

Elle est dramatique. Il manque beaucoup de médicaments : antibiotiques, traitements de base… À un moment, l’Organisation mondiale de la santé disait qu’il manquait environ 50 % des médicaments à Gaza. Nous le voyons chaque jour. Des enfants ont besoin d’analyses que nous ne pouvons pas faire. Des adultes ont besoin de traitements psychiatriques ou neurologiques introuvables. Même les soins oncologiques ne sont plus disponibles. Or ici, il y a plus de 2 millions de personnes !

Quel est l’état psychologique de la population?

Une génération entière est profondément blessée. La plupart des habitants ont perdu leur maison, mais aussi leurs souvenirs, leur vie ordinaire. Avant le 7 octobre, Gaza n’était pas un paradis, mais il y avait une vie normale. Aujourd’hui, cette vie est perdue.

Vous évoquez les enfants. Comment les aider?

Nous essayons de maintenir l’école, la routine, les activités. Nous avons demandé à des enfants de 10 ans de faire des dessins : la couleur la plus utilisée était le rouge, avec des personnes amputées, des enfants amputés… Ces enfants ont grandi avec la guerre comme premier souvenir. Alors nous essayons de leur donner un peu de réconfort : un petit terrain de football, un chocolat, une fête. Nous voulons protéger les enfants de la douleur des adultes.

Le pape François vous appelait régulièrement. Que représentait cette présence pour vos fidèles?

C’était extraordinaire. Il appelait chaque soir. Il demandait comment nous allions, il saluait la communauté. Il connaissait même certaines personnes par leur prénom : «Comment vont tes enfants? Ta famille?» Il encourageait toujours : «Protégez les enfants, les blessés, les malades.» Il nous donnait sa bénédiction. Il demandait si nous avions mangé, si nous avions trouvé de quoi nourrir les gens. Le pape François était vraiment comme un membre de cette paroisse.

Gardez-vous un lien avec le pape Léon?

Oui, il reste en contact avec nous, par messages et par téléphone. Il continue à manifester sa proximité.

Vous-même, comment êtes-vous devenu curé à Gaza?

Notre congrégation – l’Institut du Verbe incarné – est missionnaire. Nous faisons les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, et nous avons aussi une consécration spéciale à la Vierge Marie selon saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Nous essayons d’être disponibles pour servir là où l’Église a besoin d’une présence. Quand il a fallu un curé à Gaza, je me suis proposé, en connaissant les difficultés et la réalité de ce lieu. J’y suis installé depuis 2019, après avoir vécu près de Bethléem, en Cisjordanie.

Combien de chrétiens vivaient dans l’enclave avant la guerre de Gaza?

Gaza compte plus de 2 millions d’habitants. Les chrétiens étaient une toute petite minorité. Au début de la guerre, nous étions environ un millier de chrétiens. Les catholiques étaient très peu nombreux, et il y a aussi beaucoup de mariages mixtes avec les orthodoxes.

Aujourd’hui, combien reste-t-il de chrétiens?

La guerre a été terrible. Nous avons perdu beaucoup de personnes : certaines ont été tuées par les bombardements, d’autres sont mortes faute de médicaments et de soins. Beaucoup ont aussi quitté Gaza lorsque cela était possible, notamment au début du conflit, quand certaines frontières se sont ouvertes. Aujourd’hui, la communauté chrétienne est réduite à quelques centaines de personnes.

Pendant la guerre, votre paroisse a accueilli des réfugiés.

Oui. Pendant une longue période, nous avons accueilli environ 450 à 500 personnes dans l’enceinte de la paroisse. Depuis quelques mois, beaucoup sont repartis. Ils ont essayé de rejoindre ce qu’il restait de leurs maisons, parfois détruites, ou de louer un logement, ou même de vivre sous des tentes. Les gens font preuve d’une force incroyable pour survivre.

Vous avez fait le choix de rester. Pourquoi?

C’est une réponse spirituelle et humaine. Comme un père de famille qui ne peut pas abandonner ses enfants. Ici, il y avait des personnes âgées, des malades, des familles avec des enfants, des blessés. En tant que curé, je ne pouvais pas les laisser seuls. J’ai demandé à Dieu la grâce de tenir et de rester fidèle à cette mission.

La dimension spirituelle de votre engagement est essentielle… et parfois mal comprise.

Oui. Sans la foi, je ne sais pas si j’aurais eu la force. Je suis convaincu que cette mission est d’abord spirituelle. Il s’agit de conserver la présence chrétienne à Gaza et de préserver une communauté palestinienne qui descend des premiers chrétiens. Mais notre mission est aussi d’aider tout le monde : chrétiens et musulmans, sans distinction. La charité chrétienne est pour tous, au nom de Jésus.

Comment tenez-vous dans un tel contexte?

Par la prière. Dans notre communauté, nous avons chaque jour plusieurs heures de prière. Nous faisons l’adoration devant le Saint-Sacrement, l’office, la messe, le chapelet. Malgré le bruit des drones, les explosions, la peur… C’est dans la prière que nous trouvons la force. Sans la prière, ce serait impossible de vivre ici.

Que demandez-vous aux catholiques de France?

Trois choses. D’abord, prier beaucoup pour la paix, et offrir des sacrifices personnels unis à la Passion de Jésus. Ensuite, parler de la paix et promouvoir une paix juste, fondée sur la justice et le respect de chaque être humain, sans distinction. Enfin, continuer à aider matériellement, notamment à travers le Patriarcat latin de Jérusalem. Et j’ajoute : ouvrez les yeux autour de vous. Aidez ceux qui souffrent près de chez vous. Vivre la charité chrétienne, c’est déjà semer la paix.