À quoi sert la messe ?
On ne peut pas dire « à rien », au contraire ! Mais la messe ne « sert » pas, elle sauve.
« Une seule messe glorifie plus Dieu que ne le ferait le martyre de tous les hommes unis aux louanges de tous les anges et de tous les saints » écrivait saint Charles de Foucauld. « Si l’on savait ce qu’est la messe, on en mourrait », disait quant à lui le saint Curé d’Ars, qui ajoutait : « Toutes les bonnes œuvres réunies n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. »
La messe est le cœur battant de la vie chrétienne : « une explosion d’amour silencieux » (cardinal Journet). Renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix, elle est l’action même du Christ qui continue dans l’Église. La messe, c’est la Croix : elle est l’unique sacrifice qui sauve le monde. À la messe, l’Église se tient au pied de la Croix et reçoit le corps et le sang du Seigneur.
On peut utiliser l’image d’une source. Le salut jaillit de la Croix comme le sang et l’eau du Cœur de Jésus, mais la messe est comme le canal par lequel la même eau vive du même fleuve nous rejoint aujourd’hui. C’est pourquoi l’Église affirme que l’Eucharistie est « source et sommet » de la vie chrétienne.
Pourquoi dit-on que la messe est un sacrifice ?
« Renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix », la messe rend réellement présente l’offrande de lui-même par laquelle Jésus, Dieu fait homme, a sauvé le monde. C’est cependant de manière invisible, sous l’apparence des rites liturgiques, car c’est dans le mystère du sacrement que s’actualise le don par Jésus de sa propre vie : il est accompli par la consécration successive du pain et du vin devenus le corps et le sang du Seigneur, dont la séparation sur l’autel manifeste sa mort pour nous.
Il ne s’agit pas d’un renouvellement au sens d’un nouveau sacrifice – Jésus ne meurt pas de nouveau –, mais d’une présence renouvelée et prolongée de l’acte du Christ. Sur le Calvaire, le Christ s’est offert une fois pour toutes pour le salut du monde. Ce sacrifice n’est jamais répété : il est unique et parfait – la messe, c’est le sacrifice de la Croix, sacramentellement rendu présent pour nous permettre d’être librement touchés par lui et de nous y unir.
À chaque messe, l’Église est ainsi mystérieusement introduite dans l’offrande que le Christ fait au Père. Le prêtre agit alors « en la personne du Christ », et l’Église tout entière, qui est son corps, s’unit à son offrande, invitant en particulier les chrétiens qui y assistent à participer activement à l’action sacrée (intérieurement par la prière du cœur, et visiblement par l’accomplissement des gestes liturgiques).
On parle parfois de « mémorial ». Cela signifie-t-il dire que la messe n’est qu’une représentation de la Cène ?
Il est difficile de trouver les mots justes pour dire ce qu’est la messe, sans en diminuer la réalité. Le mot « mémorial », que saint Thomas d’Aquin emploie à plusieurs reprises, a dans la Bible un sens beaucoup plus fort que dans notre langage courant. Ce n’est pas un simple souvenir (par lequel on pense à un événement passé) : dans la tradition biblique, un mémorial rend l’événement présent et efficace, il en perpétue la vertu.
Quand l’Église célèbre l’Eucharistie, elle ne rejoue donc pas une scène historique. Elle entre réellement dans le mystère pascal, inauguré lors de la Cène, consommé sur la Croix et aboutissant dans la Résurrection et l’Ascension. On peut donc dire que la messe n’est pas un théâtre sacré, mais une présence réelle du sacrifice de la Croix, à travers la conversion substantielle du pain et du vin dans le corps et le sang du Seigneur.
Certaines messes ont-elles plus de valeur que d’autres ?
Pour qu’une messe soit quantifiable et comparable, encore faudrait-il qu’on puisse lui assigner une valeur ! Or on a vu qu’elle est infinie, puisque chaque messe est l’unique sacrifice par lequel le Christ s’offre à son Père en adoration, action de grâces, réparation et expiation pour le salut du monde.
La valeur de la messe ne dépend donc pas du lieu de célébration, du nombre de fidèles ou de la solennité de la cérémonie, ni même du rite employé, quoi que celui-ci ait une grande importance pour manifester extérieurement la réalité intérieure qui s’accomplit dans le sacrement, comme l’écrin qui protège et met en valeur le diamant, sans pourtant le changer en rien. Chaque messe tient sa valeur infinie du Christ lui-même qui en est l’acteur principal, le prêtre et la victime.
Pourquoi le sacerdoce est-il réservé aux hommes ?
Cette question qui a pu être discutée voire faire l’objet de polémiques au cours des dernières années ne relève pas pour l’Église d’une préférence culturelle ou d’un jugement sur la dignité des personnes, mais d’une véritable institution divine.
L’Église affirme avec force que l’homme et la femme possèdent la même dignité devant Dieu, mais contribuent diversement à l’édification du corps mystique du Christ. Jésus a été particulièrement révolutionnaire et provocateur dans sa relation aux femmes, relativement aux coutumes de son temps, et n’a pas hésité à s’entourer de disciples des deux sexes jusqu’aux moments les plus importants de sa vie : les femmes étaient largement majoritaires au pied de la Croix. Toutefois lorsqu’il s’est agi de confier à certains la participation ministérielle à sa mission et à son prolongement dans l’Église, il a explicitement voulu choisir un groupe d’hommes – les Apôtres – auxquels il a transmis au soir du Jeudi Saint un pouvoir sacramentel. Ce n’est qu’en dépendance de cette institution que l’Église affirme (de manière infaillible, comme l’a rappelé Jean-Paul II en 1994) que le sacerdoce catholique est réservé aux hommes.
On peut ajouter à cela des « raisons de convenance » (arguments permettant de mieux comprendre le choix souverain de Dieu) : le prêtre agit en effet « en la personne du Christ », incarné dans une nature humaine masculine et qui s’est donné comme Époux de son Église, il y représente sacramentellement le Christ Époux qui se donne à son Épouse. En outre le prêtre est amené à renouveler de manière non sanglante l’acte du sacrifice par Jésus de sa propre vie, une prérogative sacerdotale qui ne semble pas convenir à la nature féminine, intrinsèquement tournée vers l’accueil et la protection de la vie : dans la plupart des traditions religieuses anciennes, le sacrifice est effectivement un acte réservé aux hommes…
Ce choix et ces raisons ne diminuent en rien la place essentielle des femmes dans la vie de l’Église. Au contraire, la sainteté chrétienne montre que la fécondité spirituelle ne dépend pas de l’ordination sacramentelle : pensons à la Vierge Marie, la plus grande des créatures, qui n’était pas prêtre mais dont la mission dépasse celle de tous les ministres.
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