Misericordia, c’est quoi ?
Romain de Chateauvieux : La mission de Misericordia est d’être le Cœur du Christ qui bat jour et nuit pour les plus pauvres, par une aide matérielle et spirituelle, aux périphéries des grandes villes, aux États-Unis, au Chili, en Argentine et en France. Nous mettons en place des projets de « compassion », pour leur manifester la tendresse de Dieu, en répondant à leurs besoins pour la santé et l’éducation, par le soutien scolaire, les jeux, le sport, la musique… Nous visitons également des pauvres à domicile, nous apportons une aide à ceux en grande précarité, proposons des activités ludiques dans nos centres…
Quelle est la place de l’évangélisation ?
C’est notre but premier ! Le pape Benoît XVI disait que l’annonce de la foi est le sommet de la charité. Notre service matériel est un moyen pour annoncer l’Évangile aux pauvres, leur permettre de rencontrer le Christ, recevoir les sacrements, trouver leur place dans l’Église, et finalement la Vie éternelle. Cela passe par les liens d’amitié que nous nouons avec eux. Beaucoup, après avoir fait l’expérience de la miséricorde de Dieu, deviennent, à leur tour, missionnaires, pour redonner ce qu’ils ont reçu. C’est très beau.
Pourquoi proposez-vous un parcours de Carême ?
Pour beaucoup, le Carême est un temps difficile à vivre : on part souvent en retard, on a un sentiment de solitude et, arrivé à Pâques, on a parfois l’impression d’être passé à côté de ce temps béni… Ce parcours a donc simplement pour but d’aider les catholiques à vivre le Carême de manière plus intense, en revisitant ses trois grands piliers – jeûne, prière et aumône –, et en insistant sur la dimension de la miséricorde et de la mission, pour rendre le Carême plus incarné et « décentré » de nous-mêmes et de notre liste d’efforts, plus orienté vers Dieu et vers les autres.
Quelle est la particularité de ce parcours ?
C’est un parcours à suivre par l’intermédiaire d’une application gratuite, sur laquelle on retrouvera chaque jour des enseignements, des propositions pour vivre le jeûne, des témoignages de conversion, des commentaires des lectures du jour, et des petits défis missionnaires hebdomadaires. C’est un parcours personnel mais on peut également rejoindre ou former un petit groupe de 8 à 10 personnes, pour se réunir chaque semaine physiquement ou en visio. Et pour vivre concrètement l’aumône, nous proposons de participer à un grand projet missionnaire pour les pauvres en France : la création du premier centre Misericordia en France (lire encadré).
Le Carême est-il un temps propice pour faire l’expérience de la miséricorde ?
Plus j’avance dans ma vie avec Dieu, plus je considère ce temps béni comme une opportunité qu’il me donne pour me convertir. En déposant dans sa lumière des aspects de ma vie que je ne voudrais pas forcément voir, et en le laissant poser son regard plein de miséricorde dessus, je peux faire un pas de plus vers Lui. La miséricorde est le plus grand attribut de Dieu, ce qui le caractérise le mieux : il prend notre misère, nos fragilités, nos péchés et les plonge dans son Cœur. Il révèle ainsi qu’il est à la fois un Père qui pardonne, éduque et relève, et une Mère qui console et donne la vie. Faire l’expérience de la miséricorde nous en rend naturellement témoins pour les autres et particulièrement pour les pauvres, nous poussant à faire des pas concrets de charité, et vivre le troisième pilier du Carême : l’aumône.
Quelles grâces recevez-vous au contact des pauvres ?
Depuis que nous avons fondé Misericordia, il y a vingt ans, avec mon épouse, Rena, nous faisons l’expérience, en vivant au contact des pauvres, de la présence de Dieu, de toucher le Christ à travers eux… Beaucoup de saints ont fait cette expérience du Christ qui se révèle dans les pauvres, comme il l’a affirmé en disant : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 5, 40). Par ailleurs, leur fragilité, leur indigence me renvoie à mes pauvretés intérieures, mes infirmités spirituelles… C’est une expérience tellement forte que de plus en plus de jeunes rejoignent Misericordia, en France et dans les autres pays, comme missionnaires : il y a chez les jeunes une soif de plus en plus forte de la mission, du don de soi, avec cette dimension de l’annonce explicite de la foi.
Pour suivre le parcours de Carême Misericordia : https://misericordia.fr/careme-2026
Un centre en France
Reconnue par l’Église comme un mouvement de droit canon, Misericordia est née en 2013, dans un quartier pauvre de Santiago du Chili. Présente dans bientôt cinq pays, elle est animée par 50 jeunes missionnaires qui viennent pour une année ou plus, et 250 membres amis qui participent aux actions de l’œuvre. Les travaux du premier grand centre Misericordia en France vont commencer à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Le site fera 1 000 m2, pour servir et évangéliser les pauvres, aux portes de Paris, dans le diocèse le plus pauvre de France. Un centre va également ouvrir en périphérie de Madrid. Au Chili, une ferme a été créée pour accueillir les personnes droguées, et leur offrir une « christothérapie », pour les guérir par la puissance de la prière, du travail de la terre et de la vie fraternelle, qui sera dupliquée dans d’autres pays par la suite.
