Religions, identité et politique - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Religions, identité et politique

États-Unis, Russie, Chine… Chaque empire se prévaut d’une identité religieuse pour développer ses visées politiques. Cette instrumentalisation du religieux à des fins temporelles ne nous dispense pas d’une réflexion sur notre propre identité.
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Moïse recevant les Tables de la Loi. Moïse recevant les Tables de la Loi.

On n’est sûrement pas près de mettre fin à la querelle du judéo-christianisme en tant que ferment civilisateur. L’affrontement des civilisations a pris une dimension de plus en plus forte, à mesure que s’évanouissait l’utopie d’une fin de l’histoire, dans sa conception ancienne. Fin d’une histoire marquée par des conflits incessants auxquels se substituerait ce que Montesquieu appelait « le doux commerce », c’est-à-dire l’échange pacifique des marchandises entre pays… Mais l’évolution actuelle de la planète met en défaut cette conception idyllique en plaçant en évidence l’opposition violente des empires dont les rivalités économiques sont sans merci.

L’identité religieuse des empires

Dans ce contexte, il peut y avoir la tentation pour ces empires de se prévaloir de leurs identités religieuses anciennes. Si l’Amérique de Donald Trump peut se réclamer du christianisme, Jean Duchesne remarque, dans un récent article d’Aleteia, qu’il s’agit d’une propension qui touche tous les continents. Inutile d’insister sur l’expansion de l’islamisme. Mais, en Inde, Narendra Modi se réfère à la tradition hindouiste. En Chine Xi Jinping récupère Confucius, pendant qu’en Russie le clergé orthodoxe soutient Poutine. Dans un tel climat, on peut comprendre la méfiance, voire l’hostilité, qui se développe à l’égard d’une conception dite « identitaire » du religieux. Et le recours à la notion de judéo-christianisme n’est pas indemne de cette polémique qui vise l’instrumentalisation du spirituel à des fins idéologico-politiques.

Cependant, ce danger bien réel ne saurait nous priver d’une réflexion sur les relations du spirituel et du temporel. La distinction pascalienne des ordres impose certes de placer l’ordre de la charité au-delà des exigences propres au domaine temporel, mais on ne saurait établir un cloisonnement rigoureux entre l’un et l’autre, sous peine de sombrer dans un réductionnisme laïciste et un rationalisme étroit.

C’est pourquoi le recours à la notion de judéo-christianisme doit être examiné avec rigueur. Loin de se réduire à une justification dite identitaire, elle oblige à revenir à sa véritable identité. En dépit de son athéisme, Freud avait bien saisi que, dans la haine nazie à l’égard du judaïsme, il en allait de l’aversion du Dieu unique, qui était aussi celui des chrétiens et se formulait le plus exactement comme un « monothéisme éthique »1. La volonté de revenir à la mythologie du plus ancien germanisme n’avait d’autre justification que l’abolition de la Révélation judéo-chrétienne, celle qui s’énonce en particulier dans les Dix Paroles du mont Sinaï et dans le discours des Béatitudes.

Des conflits de devoir

La désignation de l’identité religieuse, juive et chrétienne, est donc onéreuse : elle oblige à se mettre en accord avec des prescriptions spirituelles et morales qui dépassent la défense des intérêts et des ambitions nationales ou impériales. Sans doute peut-il y avoir ce que les moralistes appellent des conflits de devoir. Tels ceux qui concernent les États-Unis et l’Europe à l’égard des mouvements migratoires dont les défis sont considérables. Mais les documents du Saint-Siège, notamment, indiquent comment ces conflits sont pris en considération et doivent aboutir à des solutions réfléchies et équilibrées. 

  1. Sur cette notion de « monothéisme éthique », on peut se référer à l’ouvrage de Gérard Rabinovitch, D’une permanence païenne. Sur quelques invariants anti-judaïques, Le Bord de l’eau, 2025. ↩︎