Incontournable christianisme - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Incontournable christianisme

Un livre d’un des principaux disciples de Pierre Manent revient sur le retour au religieux prôné par le philosophe.
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© Grégoire Coustenoble

On se souvient de la thèse de Marcel Gauchet, dans un ouvrage qui fit date en 1985, Le désenchantement du monde. Une histoire politique du religieux (Gallimard). Le christianisme y était défini comme la religion de la sortie de la religion, dans le cadre d’une analyse impressionnante et sans aucun doute novatrice. Il est difficile de résumer en quelques mots un tel travail qui correspond d’ailleurs à la réflexion de toute une vie. On pourrait parler de l’avènement de la sécularisation du politique au terme de la transformation interne du religieux par l’intervention du judaïsme et du christianisme. Ainsi s’expliquerait le passage « d’une société assujettie à une société sujette d’elle-même ».

Gauchet vs Manent

Marcel Gauchet ne signifiait pas la fin du religieux, celui-ci étant de l’ordre d’une intériorité que l’on ne pourrait jamais éliminer. Pour autant, sa fonction politique traditionnelle était amenée à s’estomper. Tel n’est pas la conviction de Pierre Manent, philosophe politique de la même génération, qui connaît d’ailleurs bien celui que l’on pourrait appeler son fraternel adversaire. Loin de considérer le religieux comme étranger au politique dans son acception moderne, Pierre Manent n’a eu de cesse de le réintroduire jusqu’à publier un remarquable ouvrage sur Pascal qui n’est pas seulement voué à une apologétique chrétienne. On peut retenir ainsi ce qu’un de ses principaux disciples, Daniel J. Mahoney, écrit pour concentrer le sens d’une œuvre : « Au sens le plus profond et le plus large, le thème par excellence de Manent a été le “problème théologico-politique” le nexus, le triangle comme il l’a dit, où la religion, la politique et la philosophie se rencontrent. La question de savoir comment les êtres humains doivent vivre – et vivre bien – devient vraiment impérative sur le plan de la pensée et de l’action. » Ce qui va au-delà de la pratique des vertus ordinaires : courage, tempérance, prudence et justice. « En même temps nous devons ouvrir nos âmes, par un acte libre de la volonté, aux vertus théologales – la foi, l’espérance et l’amour – marqueurs et réflecteurs de la grâce divine qui transcende les vertus naturelles et leur donne force et vigueur au-delà de nos propres pouvoirs finis et en contradiction avec une préférence malheureusement implacable et démesurée (et donc pécheresse) pour le moi – l’inévitable moi. »

Le libéral Manent, si féru de toute l’histoire de la philosophie politique moderne qu’il n’a cessé d’étudier et d’enseigner, retrouve la tradition aristotélico-thomiste et la doctrine de l’ordre naturel qui lui semble plus pertinente que la rhétorique des droits de l’homme. En même temps, la lecture de Pascal ouvre à une connaissance bien plus approfondie des ressorts de l’âme humaine. La coloration pascalienne du cœur permet de comprendre les ressorts de l’action, humaine et donc politique.

Un danger majeur

Ce qui nous confronte aux défis les plus actuels, avec une Europe qui rejette la proposition chrétienne, sans pouvoir l’oublier. Ce qui nous expose à un danger majeur : « La laïcité militante vise désormais à neutraliser l’idée de bien elle-même – c’est-à-dire à rejeter et à marginaliser tout récit substantiel d’une vie bonne fondée sur la nature humaine et la tradition, aussi bien que sur la vieille religion de l’Europe. » Cette interprétation de Daniel J. Mahoney intervient pour nous en plein débat sur la fin de vie ; comme preuve déterminante du bien-fondé du retour au religieux de Pierre Manent.