Les dernières conclusions de l’enquête nationale Covid [au Royaume-Uni] ont fait les gros titres et ceux qui soutenaient le confinement se sentent innocentés. Un processus conduit par des experts pour un coût de 200 millions de livres a largement appuyé l’approche gouvernementale, concluant que le confinement « était approprié » – et aurait même dû être mis en place plus tôt. Mais l’enquête a également été étiquetée comme un exercice « je vous l’avais dit » à 200 millions de livres sterling ; ne voulant jamais remettre en cause les hypothèses sous-jacentes de la stratégie confinement. Les critiques pointent le fait que l’enquête a accepté sans discernement des chiffres basés sur un modèle discrédité et a ignoré les données du monde réel telles que le cas comparatif de la Suède. Ils croient que les confinements, non seulement ne pouvaient pas changer significativement le taux de mortalité d’un virus aéroporté mais qu’en plus ils ont coûté des vies, naufragé l’économie ainsi qu’affecté socialement, pédagogiquement et psychologiquement toute une génération.
Des modules ultérieurs de l’Enquête Covid donneront une plus grande opportunité de soumettre les effets du confinement sur la vie catholique. Mais longtemps avant qu’un rapport officiel ne paraisse, l’Église fait face à une question pressante qu’elle se pose à elle-même : doit-elle faire sa propre estimation interne ? Pas un tribunal mais une discussion sérieuse et sans crainte sur ce qui s’est passé, ce qui a été perdu, ce qui ne doit jamais se répéter. Comme pour le Brexit, l’origine, la nature et la réponse au Covid restent une ligne de division sensible entre les générations, les types d’emploi et même les familles. De nombreux évêques, c’est compréhensible, craignent de rouvrir ces blessures. Mais les blessures existent, qu’on en parle ou non. Si l’Église veut servir son peuple avec clarté à l’avenir, elle doit accepter d’examiner sa réponse avec honnêteté maintenant. La réponse de l’Église institutionnelle a été paniquée, bâclée et probablement incohérente. Il est sûrement plus qu’approprié que nous tirions des leçons, tracions des lignes rouges, considérions le principe et la pratique afin que la prochaine fois (le Ciel nous en préserve), il y ait de la confiance et de la clarté dans nos réponses.
Il y a trois domaines sur lesquels toute rétrospective catholique doit se pencher.
- La fermeture des églises et mise à disposition sacramentelle
Peu de problèmes ont fait plus de mal que la perte des sacrements. Dans le droit canon comme dans la théologie, il faut une cause grave pour suspendre le culte public et refuser la mise à disposition des sacrements. Pourtant, durant la pandémie, la confession était sévèrement restreinte dans de nombreux diocèses et le clergé avait pour instruction, dans certains cas, de ne pas administrer les derniers sacrements. De nombreux catholiques n’oublieront jamais la vue des église fermées le dimanche de Pâques ou la réalité d’êtres chers mourant sans les sacrements.
Les questions centrales sont celles-ci : était-il justifié d’interdire les sacrements, qui ont des effets spirituels certains en vue de renforcer des mesures de santé publique dont il était incertain qu’elles aboutissent à améliorer la santé physique ? Quel message cela envoie-t-il sur les sacrements, la pratique religieuse et la confiance de la hiérarchie dans leur nécessité ?
Il y a également des questions pastorales. Les fidèles (et le clergé) auraient-il dû être autorisés à une plus grande liberté pour évaluer leur prise de risque à la lumière de leurs devoirs spirituels ? Quels ont été les effets spirituels et sociaux découlant de la dispense universelle de l’obligation dominicale ? Est-il même possible de se dispenser de la loi divine ? Et, ce n’est pas le moindre, dans quelle mesure la fermeture des églises a-t-elle contribué à la dramatique chute de l’assistance à la messe qui persiste encore aujourd’hui ?
- Église et État : qui dirige qui ?
Personne ne prétend que l’Église et l’État ne devaient pas collaborer pour atténuer les effets de la pandémie. Cependant, la critique de la relation de l’Église avec le gouvernement est qu’elle a agi comme si elle n’avait aucune autorité indépendante en dehors de l’État. D’où une question clé : quelle autorité de l’État l’Église devrait-elle reconnaître sur le culte et la mise à disposition des sacrements ?
Hélas, on a laissé le clergé individuellement établir ce principe plutôt que les évêques s’unissent pour le défendre. L’exemple le plus clair est l’Écosse où le chanoine TomWhite a cité le gouvernement en justice pour la fermeture des églises et a gagné. Il reste frappant que cette défense de la liberté religieuse est venue d’un prêtre isolé plutôt que d’évêques agissant collectivement.
Les évêques d’Angleterre et du Pays de Galles ont encouragé les fidèles à écrire à leurs députés pour s’opposer au confinement en 2020. Cela a eu un effet notable. Pourtant une question surgit : pourquoi n’y a-t-il pas eu une résistance similaire avant la première fermeture nationale des églises. Dans quelle mesure ont-ils gentiment encouragé un confinement strict (incluant la fermeture des églises) dans leurs tractations avec le gouvernement en vue de « minimiser les risques » ? Quelles consultations ont pris place avec les autorités civiles, quels arguments ont été avancés ? Les catholiques méritent la transparence quant aux discussions de l’Église avec le gouvernement ; c’est seulement ainsi que de futures décisions pourront être prises avec une plus grande clarté.
- Incertitude scientifique et voix morale de l’Église
Durant la pandémie, les évêques et le clergé ont souvent parlé comme si les questions scientifiques (comme la nécessité du confinement ou l’efficacité et l’innocuité de vaccins particuliers) étaient érigées en actes moraux. Les déclarations étaient présentées dans un langage que de nombreux catholiques ont compris comme des instructions directes : un devoir moral d’observer chaque restriction, un devoir moral d’éviter les proches vulnérables, un devoir moral d’être vacciné.
Une déclaration largement diffusée disait : « L’Église catholique soutient fermement la vaccination et regarde les catholiques comme ayant un devoir évident d’être vaccinés… Nous croyons qu’il y a une obligation morale à garantir la couverture vaccinale nécessaire pour la sécurité des autres ». Ce langage fort soulève plusieurs questions. Pourquoi la vaccination est-elle dépeinte comme une obligation morale plutôt qu’un jugement prudent que les individus porteraient selon les circonstances et leur conscience ? Est-il approprié pour les conférences d’évêques de publier des déclarations affirmant que les vaccins sont « sûrs et efficaces », une déclaration qui appartient plus adéquatement aux autorités scientifiques ? Et si de telles déclarations devaient ultérieurement se révéler erronées, quelle responsabilité pastorale porterait l’Église envers ceux qui souffriraient d’effets nocifs ou perdraient leur emploi par décret ? Derrière ces questions se cache un souci plus profond : la confusion des autorités morale et empirique. L’Église a une immense autorité morale et théologique ; elle doit l’exercer avec audace. Mais elle doit éviter d’apparaître garantir des déclarations empiriques qui sont hors de sa compétence.
La pandémie a également révélé la confusion sur le sens du bien commun, un concept central de la doctrine sociale de l’Église. Des catholiques d’opinions opposées à propos du Covid l’ont invoquée pour soutenir leur position. Les évêques autrichiens ont été jusqu’à la citer pour soutenir la loi vaccinale. D’un côté elle a été utilisée pour suggérer que des individus ne devraient pas être encouragés à risquer volontairement un dommage corporel pour le bien de tous, de l’autre, son usage ne pouvait guère être distingué de l’utilitarisme (il est bon de risquer activement de blesser certains pour protéger la majorité, ou bien il est bon que des individus soient blessés pour protéger le système de sécurité sociale). L’Église doit clarifier ce qu’exige réellement le bien commun et ce qui n’est jamais autorisé.
Aucune de ces questions n’est facile. Elles touchent à des chagrins, des traumatismes, des souvenirs que certains préfèreraient oublier. De nombreux évêques, prêtres et laïcs ont agi avec authentique préoccupation face à une immense incertitude, et cela doit être reconnu avec charité. Mais l’amour pour l’Église requiert également la sincérité. Une discussion catholique sur le Covid n’est pas accusatoire. Elle cherche la clarté : la clarté théologique au sujet des sacrements, la clarté morale au sujet de l’autorité de l’Église, la clarté pastorale au sujet de la conscience et la clarté institutionnelle au sujet de la relation entre l’Église et l’État. Éviter cette discussion serait un manque de souci pour le peuple de Dieu. Si l’Église veut répondre avec confiance et cohérence lors de la prochaine crise, quelle que soit la forme qu’elle prenne, elle doit apprendre de la dernière.
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Publié à l’origine dans The Catholic Herald.
