Sexualité : de quoi l’Église se mêle-t-elle ? - France Catholique
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Le « Sacré-Cœur » conquiert la France
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Sexualité : de quoi l’Église se mêle-t-elle ?

Dans la grande révolution sexuelle qui traverse l’Occident depuis des décennies, l’Église fait figure de rabat-joie. Et si c’était elle qui ramenait à la joie ?
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© Philippe Lissac / Godong

C’est un discours sans cesse asséné : « J’écoute volontiers l’Église lorsqu’elle parle de partage, de justice et de paix, quand elle prône le dialogue et l’ouverture, mais elle n’a pas à s’immiscer dans l’intimité des gens en tentant d’imposer sa morale. L’essentiel est d’être tolérant, le reste concerne notre vie privée et l’Église n’a pas à s’en mêler. » Rassurez-vous, l’Église n’a pas l’intention de s’introduire dans votre vie privée. La question qui se pose est plutôt : voulez-vous introduire votre vie privée dans le projet de Dieu ? Car le Christ est venu sauver l’homme en le transformant jusqu’à l’intime.

L’intime et le social

Distinguer la lutte contre les souffrances humaines et la morale sexuelle n’a aucun sens. Parce que la révolution sexuelle, censée inaugurer une ère joyeuse et insouciante de « jouissance sans entrave » a entraîné d’immenses souffrances. Combien de couples et de familles ont été ébranlées en profondeur ? Combien de jeunes se sont sentis trahis, souillés, abandonnés, trompés ? Combien ont éprouvé dans leur chair l’égoïsme, la rancœur, l’indélicatesse d’un « partenaire » ? Et que dire de tant de jeunes – et moins jeunes – englués dans la pornographie ? Mais aussi de l’immense trafic d’êtres humains qu’elle suppose ? Selon l’ONU, le trafic sexuel – prostitution, traite sexuelle des enfants, pornographie…) –rapporte plus de 30 milliards de dollars chaque année. Tous ces maux prennent racine dans le cœur humain : « En effet, c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, l’immoralité sexuelle, les vols, les faux témoignages, les calomnies. Voilà ce qui rend l’homme impur » (Mt 15, 19). On ne peut lutter contre tant de souffrances ou d’injustices sans s’intéresser à l’intimité du cœur. C’est une périphérie que l’Église visite avec tendresse et délicatesse. En réalité, l’Église n’est pas obsédée par la sexualité, c’est la société qui l’est. Et elle projette ses propres obsessions sur l’Église. Le sujet est omniprésent sur nos écrans. Le monde occidental parle sans cesse de sexualité et la banalise à l’extrême. Alors que l’Église en parle peu mais en défend l’immense valeur.

Notre société a réduit la sexualité à un simple plaisir partagé entre des partenaires interchangeables. Elle a fait de la jouissance le but ultime de la sexualité. Ce faisant, elle a perdu le sens de l’union sexuelle, ce qui est en fait sa joie. Car ce qui réjouit réellement notre cœur, ce n’est pas d’avoir un maximum de plaisir. C’est que deux êtres s’aiment au point de se livrer totalement l’un à l’autre, de s’unir corps et âme, d’offrir la totalité de leur être, y compris leur fertilité. Qu’ils s’abandonnent au point d’accepter d’avance que cet amour puisse être fécond et les rende parents l’un par l’autre, communiquant l’existence à des êtres pour l’éternité. Voilà qui est merveilleux et exaltant ! Cette joie du don est infiniment plus précieuse que le simple plaisir physique.

La nécessaire conversion du cœur

Mais cette capacité à aimer, à se donner, est loin d’être naturelle. L’être humain est naturellement égoïste et peu enclin à se donner gratuitement. Le grand ennemi de l’amour conjugal n’est pas d’abord la haine. C’est l’égoïsme et le narcissisme. C’est le fait de ramener l’autre à soi, de l’utiliser pour son propre plaisir. Un exemple parlant est celui de quelqu’un regardant un film pornographique. Il ne s’intéresse qu’à soi. Jamais il ne se demande si telle femme est heureuse ou bien si elle est forcée de se prostituer pour pouvoir nourrir ses enfants. L’autre est réduit à de la chair à consommer. Il y a dans le cœur humain la tentation toujours présente d’utiliser l’autre pour soi, de poser sur lui un regard de convoitise.

Allant au cœur du mal, le Seigneur nous a enseigné : « Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » Voilà la source de la morale chrétienne : ne pas avoir un regard qui abaisse l’autre, mais qui l’élève. Jean-Paul II allait jusqu’à soutenir qu’on peut être adultère avec sa propre épouse, c’est-à-dire poser sur elle un regard non pas humanisant, mais dégradant.

Un combat

On ne comprend rien à la morale sexuelle si on n’y voit qu’une série d’interdits arbitraires. Son rôle est d’introduire la charité au sein même de notre intimité. Seul celui qui est chaste peut voir l’autre comme Dieu le voit, et l’aimer comme il l’aime. En ce sens, la chasteté n’est pas la négation du désir, mais sa purification : elle apprend à aimer sans posséder. C’est le fruit d’un combat, souvent difficile, et les règles morales nous aident à discerner comment aimer en actes et en vérité. C’est-à-dire à nous réjouir de l’existence de l’autre, gratuitement, sans chercher à l’utiliser ou avoir la moindre emprise sur lui, à chercher son bien véritable. Cet arrachement à soi, pour s’attacher au bien de l’autre, est l’œuvre de toute notre vie, car nous devons lutter contre cet égoïsme sans cesse renaissant. Mais ce combat est le secret du bonheur.

Une morale exigeante pour une réalité sainte

Oui, l’Église se mêle de sexualité et elle a bien raison ! Car c’est une réalité sainte et belle, voulue par Dieu, qu’il faut protéger. L’Église n’interdit pas l’amour. Au contraire, elle permet son expression authentique. Elle empêche sa dégradation en égoïsme. Ses exigences ne sont que les exigences mêmes de l’Amour. Face au monde qui promet la liberté totale et mène à la tristesse, l’Église nous appelle à l’engagement et au don qui seuls conduisent à la vraie joie.