Un silence assourdissant. Difficile de ne pas utiliser cet oxymore éculé pour caractériser l’absence quasi complète de réactions publiques après la décision de la Cour de cassation qui, le 14 avril, a mis un terme définitif aux ultimes procédures judiciaires intentées contre le cardinal Philippe Barbarin. Huit victimes de l’ex-Père Bernard Preynat, renvoyé de l’état clérical en juillet 2019, s’étaient en effet pourvues en cassation en janvier 2020 après la relaxe par la cour d’appel du prélat, poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles. Cette ultime tentative des parties civiles visait essentiellement à obtenir des dommages et intérêts, mais les magistrats de la plus haute juridiction de France ont estimé qu’il n’y avait pas matière à satisfaire cette demande dans une décision qui fera jurisprudence. Les juges ont en effet rejeté l’idée de plus en plus répandue selon laquelle l’obligation de dénoncer des abus sexuels sur mineurs devrait être imprescriptible et inconditionnelle.
Protéger la liberté des victimes
Ainsi, estiment-ils, l’ancien primat des Gaules n’était pas tenu de transmettre à la justice les informations relatives à des crimes commis dans les années quatre-vingt et 90 lorsqu’il en avait pris connaissance en 2014 et 2015. Pourquoi ? Parce que, lorsque l’archevêque de Lyon fut informé, les victimes « âgées de 34 à 36 ans, insérées au plan familial, social et professionnel, sans maladie ou déficience, étaient en mesure de porter plainte ». Si l’avocat des associations, Me Patrice Spinosi, a fait part de sa « déception », et si François Devaux, président de La Parole Libérée, a évoqué un « sentiment de honte », cette décision pragmatique se veut aussi protectrice de la liberté des victimes.
