Nos contemporains revendiquent fermement de pouvoir exercer leurs « Droits », ce qui en soit se comprend mais seulement dans la mesure où « ces » droits sont légitimes, authentiques et le plus possible soutenus par des devoirs. Mais voici que je découvre un droit très particulier et propre aux chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, droit directement issu de l’Évangile et droit que beaucoup négligent : rien de plus et rien de moins que de simplement « témoigner » de leur confiance en Jésus, le Christ, de leur foi, de leur amour, réalités vivantes dont leur vie est illuminée, heureuse et déterminante…
Le chrétien d’aujourd’hui ne peut pas garder pour lui, bien enfermée en ses neurones comme en son cœur, la Vérité qu’est Jésus : qu’est également son histoire, son enseignement ; qu’est son parcours, son « offrande » de Lui-même à son Père ! Raisonnablement pas moins qu’amoureusement, il ne peut pas laisser dormir au plus profond de ses neurones cette combien exaltante et sage « Bonne Nouvelle » qui lui a été confiée en toute gratuité d’abord par le Père éternel puis explicitée aux disciples de tous les temps par l’enseignement catéchétique et les sept sacrements de l’Église. (Je note ici une traduction de ma plume que je préfère à l’habituelle car nettement plus proche de ce que dit notre Foi : « Nouvelle du Salut » et qui laisse apercevoir qu’elle est d’abord de toujours mais aussi de l’instant immédiat.)
Enfermer sa foi dans un silence opaque semblerait condamner Jésus à la mutité : le chrétien ne doit pas, autant que possible, faire de son silence un repère fermé comme une forteresse, ce qui reviendrait à accepter de ce monde nôtre une apostasie devenue routine. Mais cette apostasie n’est-elle pas le fruit de ce silence ?
Je vois des musulmans accrocher au rétroviseur de leur voiture leur chapelet trop court, symbole de leur religion : mais je ne constate que rarement chez les catholiques que soit affiché sur le pare-brise celui de notre Foi, que sacralise le bois de la Croix. Nos frères oublieraient-ils les derniers mots de Jésus avant son ascension, quand Il fait savoir à ses disciples que de ses souffrances ils seraient témoins 1 ?
Ont-ils peur d’ainsi s’engager devant tous ? D’être vus par tous ? Craignent-ils le « qu’en dira-t-on » si cher à tous ? Le mérite pourtant n’en serait que plus grand si, malgré la peur ou les réflexions des voisins, ils n’hésitaient pas à rendre ce vibrant témoignage (de tels témoins sont naturellement enthousiastes…). Mais : peur de quoi ? De voir griffée l’idole à 4 roues ? Être pris pour des bigots ? Montrés du doigt comme des innocents ? Pire, être frappés, petits martyrs ? Les apôtres, quand Jésus fut crucifié, connurent, portes pourtant cadenassées, l’effroi de l’arrestation, de la flagellation, aussi de la pendaison ! L’Esprit-Saint ne s’était pas encore manifesté. Dès qu’embrasés par Lui, leur crainte s’effaça aussitôt : ils ouvrirent leur refuge et Pierre se mit à parler, enseigner : mieux, à « témoigner » avec une telle force, une telle conviction, que cette foule d’un grand nombre d’étrangers venus des 4 coins de l’Empire, accourus pour voir ce qui se passait au Cénacle, ce bruit porté par les langues de feu 2, réclama que, sur le champ, leur fut accordé le baptême. Normalement, ces auditeurs n’auraient pas dû comprendre le topo de l’apôtre : or tous l’avaient reçu 5 sur 5, d’où leur enthousiasme et leur précipitation 3.
Comment nommer ce que fit ce jour là le chef de l’Église naissante ? Il n’y a qu’un mot possible : il avait « témoigné ».
Les quatre évangélistes aussi ont témoigné avec leurs livres nommés « évangiles » que nous ne cessons de lire et relire, et dont nous entendons chaque dimanche un extrait lié à la liturgie du jour. Le « témoignage » est le terme adéquat qui symbolise la mission de l’Église, donc du catholique. Les fidèles, les prêtres, les religieux, tous participent, de près ou de loin, à cette « communication » catéchétique épousant tous les temps que soulève leur témoignage : autant dire que s’abstenir, tel jour ou mois ou année, d’oser ce qui leur est plus particulièrement demandé, parfois « exigé », revient à oublier, parfois à nier le Seigneur…
À la fin de la messe, les fidèles sont incités, par un vivant « Allez dans la paix du Christ », a faire valoir la détermination de leur foi auprès de ceux restés dehors : non pas seulement pour serrer la main des amis ou relations… mais en osant accomplir tout au long de la semaine ce qui a été suggéré : faire savoir que si Jésus est mort pour nous sauver, Il « ressuscita le troisième jour » et rejoignit son Père en sa demeure d’éternité tout en nous promettant qu’après notre propre mort nous connaîtrions la même renaissance.
Mais comment témoigner ? Existent mille façons de s’y prendre, mais toujours très naturelles : l’écrivain écrira, plus ou moins souvent, des textes spirituels que liront des inconnus pas toujours bien informés des richesses et des bonheurs de la foi ; tel bonhomme, plutôt que de se lier le cou avec une cravate, se trouvera une médaille de grande beauté, par exemple celle conçue par le sculpteur Philippe Kaeppelin, père d’un fils lui même magnifique sculpteur chrétien, Dominique Kaeppelin, pour célébrer Notre Dame du Puy-en-Velay, afin de la mettre bien en évidence au-dessus de sa chemise ou de son tricot ; le vigneron fait savoir que son vin est excellant surtout quand il s’agit d’un vin de messe ; le patriarche en fauteuil roulant prie pour tous ceux qu’il connaît être plus ou moins en difficultés avec le Bon Dieu ; le peintre installe Jésus sur une de ses toiles, dans la ferveur d’une représentation très humble et juste avant de la confier à son curé au bénéfice de sa paroisse ; la mère et le père de famille invitent à dîner un prêtre et un ami dont la foi est des plus vacillante ; le photographe envoie sur l’Internet des copies d’œuvres de la Vierge Marie remarquables ; le voyageur, assis dans le train auprès de quelqu’un qui s’ennuie, peut démarrer une conversation vite orientée vers la Passion du Christ et sa résurrection… On voit qu’il n’est pas difficile de se trouver, chacun, en situation de témoigner, de parler de Celui que nous aimons à jamais…
Pour aller plus loin :
- Le défi du développement des peuples et le pacte de Marrakech - la fuite en avant des Nations Unies
- La paternité-maternité spirituelle en vie monastique est-elle menacée en Occident ?
- Affaire Ulrich KOCH contre Allemagne : la Cour franchit une nouvelle étape dans la création d’un droit individuel au suicide assisté.
- Le cardinal Müller sur les questions des droits
- Joseph Moingt, « ex »-jésuite de 99 ans.
- Lire et relire ce passage de l’évangile de Saint Luc (XXIV, 45-48) : « 45 Alors Il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures 46 et leur dit : ‘’Ainsi est-il écrit que le Messie devait souffrir et ressusciter d’entre les morts le troisième jour, 47 et qu’en son Nom le repentir en vue du pardon des péchés serai proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. 48 De cela, vous serez témoins. »
- … comme font les automobilistes qui s’arrêtent afin de vérifier s’il s’agit bien d’un accident, au point même de gêner les secours.
- Lire, dans les Actes des Apôtres, le texte du premier discours de Pierre : II ; 14 à 41
