Le Père Kenneth Baker, S.J., longtemps rédacteur de » Homiletic & Pastoral Review » [Revue des homélies et de la pastorale] vient de traduire du latin « Controversies of the Christian Faith » [Controverses sur la Foi Chrétienne]. Cet ouvrage n’a « que » 1087 pages !!… Un livre de cette taille rédigé entre 1576 et 1592 à la Faculté de Rome pourrait sembler plutôt périmé. Mais pour le cinquième centenaire de la Réforme nous pourrions bien jeter un coup d’œil sur la manière dont Robert Bellamin traitait les controverses sur l’Écriture et la Christologie lancées par Luther et Calvin. De même, la troisième partie du livre étant consacrée aux « Controverses sur le Souverain Pontife » mérite qu’on s’y intéresse.
Bellamin a traité de la papauté en cinq parties :
1/ « De la Primauté de Pierre dans l’Église Militante ».
2/ « De la Succession des Pontifes Romains en cette Primauté ».
3/ « De l’Antéchrist : Rien à voir avec le Pontife Romain ».
4/ « Des Pouvoirs du Pontife Romain en Matière Spirituelle ».
5/ « Des Pouvoirs temporels du-dit Pontife ».
Rappelons qu’à l’époque le Pontife
Romain avait également le pouvoir temporel sur les territoires de l’Italie centrale.
Chacune de ces parties, de plus d’une centaine de pages, est divisée en différents chapitres. L’érudition de Bellamin était remarquable. Il cite des auteurs classiques grecs et latins, ainsi que des auteurs catholiques et protestants. Il s’appuie, chapitres et paragraphes, sur de nombreuses sources dont Schall, ce n’est guère surprenant, n’a jamais entendu parler — à savoir, « Théodore Bibliander », le pape Agathe dans une « lettre adressée à l’Empereur Constantin IV », « Théophylacte », « le Rabbin Akibam », « Valutablus », et Lurentius Surius dans son « Histoire de l’an de grâce 1527 ». En fait, il ne me déplairait pas de lire ce dernier livre.
Bellamin commence son exposé sur la nature de la Mission de Pierre par les considérations des auteurs grecs et tomains à propos du meilleur régime. « On préfère la simple monarchie à la simple aristocratie et à la démocratie ». Puis : « la monarchie avec une touche d’aristocratie et de démocratie est préférable en pratique à la simple monarchie ». Il n’est pas étrange que nos Pères Fondateurs [des États-Unis] aient retenu un peu de Bellamin.
Pourtant, le gouvernement de l’Église n’est pas démocratique. « La raison d’être de l’Église, et donc sa structure, n’a rien de commun avec les affaires temporelles. Elle les respecte, mais ce n’est pas son propos. Le gouvernement de l’Église « n’est pas essentiellement entre les mains des évêques ou de princes séculiers. Il n’est pas non plus démocratique. » Ainsi le Christ dit à Pierre, à Pierre seul (Jn, 21), « Pais mes brebis ». Bellamin a fait le tour des choses.
Dans le deuxième livre de son exposé sur le Pontife Romain, Bellamin affirme que Pierre était à Rome. « Il mourut là, en étant le premier évêque. D’évidence, il lui faut alors « réfuter » les arguments des « hérétiques » Baker remarque que Bellamin lui-même n’employa jamais le mot « protestant ». Pour lui, ils étaient « hérétiques » ou « adversaires », titres honorifiques que, selon nous ses adversaires lui retournaient.
Bellamin poursuivit sa « réfutation » en pas moins de dix-sept arguments différents. On en appréciera la saveur dans le passage suivant.
Répondons maintenant aux objections de Velenus, portant les mêmes arguments que ceux de Calvin et d’Illyricus. Leur premier argument : les auteurs qui déclarent que Pierre est venu à Rome ne s’entendent pas sur la date de sa venue ; Orosius dit qu’il vint au début du règne de Claude (en 41), Jérôme dit que c’était au cours de la deuxième année de son règne ; un lot de lettres de l’époque affirme que c’était lors de la quatrième année du règne du-dit Claude, et un document de « Vies des Saints » soutient qu’il s’agit de la treizième année de ce règne.
Quoi qu’il en soit, Bellamin répond crûment : « Les dissentions sur la date de venue de Pierre à Rome ne contrediront pas notre position : Pierre est bien venu à Rome. »
Bellamin ne laissa aucune objection sans réponse.
Dans le Chapitre 30 du Livre II de cette partie, Bellamin s’inquiète même « un pape hérétique peut-il être déposé ? » La question semble bien être ancienne et récurrente. Le pape Honoré I († 638) fut accusé d’hérésie. Bellamin a découvert cinq « opinions » sur ce sujet embarrassant. Il cite de nombreux auteurs à ce propos — Jean de Turrecremata, « Si papa », Cajetan, Cyprien, Athanasius, Thomas d’Aquin, Optatus « Le pape Célestin, dans sa lettre à Jean d’Antioche », Jean Driedonus, et Melchior Cano.
Bellamin approuvait la cinquième proposition : « Un pape manifestement hérétique cesse ipso facto d’être Pape et Chef, tout comme il cesse en soi d’être chrétien et membre du corps de l’Église. » Bellamin n’hésitait pas, si on lui demandait, à prononcer un jugement.
Et Bellamin répondait, si quelqu’un s’inquiétait de l’étrange accusation d’Antéchrist qu’on pouvait porter : « Je répondrai de bien des façons afin qu’on mesure bien l’impudence de Calvin écrivant que l’erreur volontaire consiste à ne pas conclure de son argumentation que le Pontife Romain est l’Antéchrist. » D’évidence, Bellamin « s’enfermait dans l’erreur » en traitant ce bon Calvin « d’impudent ».
2 août 2016
Buste du cardinal Robert Bellamin, par Le Bernin, 1622 [Église de Jésus à Rome]
Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/08/02/thou-art-peter/
