La Mission du chrétien - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La Mission du chrétien

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Un texte en rapport avec les lectures de la fin de l’année liturgique m’a hanté ; il se trouve dans l’ouvrage de Herbert Deane sur Saint Augustin. Le voici : « Alors que la fin des temps approche le nombre de chrétiens authentiques de par le monde ira décroissant plutôt que croissant. Ces paroles de St. Augustin ne proposent guère l’espoir que le monde sera peu à peu amené à croire au Christ et que la société sur terre pourra pas à pas se transformer en Royaume de Dieu.» Sans trop d’exagération, le monde moderne est bâti selon l’hypothèse que St. Augustin se trompait. La mission de l’homme sur terre consiste à y promouvoir nous-mêmes le Royaume de Dieu. Cette mission relève du principe de modernité.

Où que nous regardions en Europe ou en Amérique, les chrétiens abandonnent leur foi. Philip Jenkins nous apprend que le christianisme est la religion à la plus forte croissance dans certaines régions du globe. Nous entendons parler de maisons de communautés chrétiennes en Chine. Mais nous voyons aussi les débris de la chrétienté au Moyen-Orient littéralement balayés, non seulement la population, mais les édifices, les livres, les maisons. Et bien des efforts sont déployés en Occident pour empêcher d’appeler ceci une persécution (spécifique) des chrétiens par des musulmans se proclamant tels.

Pourtant, nous lisons dans l’Apocalypse (15 ; 4) : « …car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi… » D’évidence, un tel rassemblement de nations ne se produira pas sur terre. En fait, des romans comme ceux de Robert Hugh Benson et Michael O’Brien reposent sur l’idée qu’à la fin toutes les nations se ligueront contre le Christ, et qu’une minuscule minorité demeurera — et encore… La Justice ne viendra pas en ce monde.
Joseph Pieper, dans « Tradition as Challenge » [La Tradition, un Défi] nous donne son point de vue :« la fin de notre époque ne sera certes pas conforme à la « victoire » de la raison, du bien, ou de la justice, ou même de la chrétienté et de l’Église ; les derniers moments précédant immédiatement la transformation du monde temporel en un tout seront au contraire — résumons-nous — marqués par une espèce d’ordre apparent contraignant toute la planète sous une règle dominatrice.»

J’imaginais d’abord que cette « règle dominatrice » finale guiderait nos actes libres. Mais, si on croit nos universités et nos médias, la première catégorie de contrôle touchera davantage le langage, appliquant les règles contre le « langage de détestation » [NDT : le « Politiquement Correct »?]. Il interdira par la loi et de force, et donc contre toute possibilité de coordination, de contradiction, contre toute expression simplement humaine ou spécifiquement chrétienne ; ce sera ce qu’Aristote désignait par « une amicale directive tyrannique ».

Les gens réfutent l’idée que leur nature les dote d’une identité propre à leur propre personnalité d’êtres humains. Robert Cardinal Sarah écrit dans « God or Nothing » [Dieu ou rien] :


« Ils contredisent leur propre nature et décident qu’elle ne leur a pas été accordée initialement, mais qu’ils l’ont bâtie eux-mêmes. Selon le récit biblique de la Création, avoir été créé par Dieu homme et femme implique l’essence même de la créature humaine. Ainsi la dualité est un aspect essentiel de la nature humaine telle que voulue par Dieu. Cette dualité-même accordée dès l’origine fait désormais l’objet des attaques actuelles.»

Vue ainsi, la réalité ne donne pas la vérité. C’est la volonté qui commande. La dégradation de la société commence quand on ne voit pas dans la nature une intelligence qui nous montre ce que nous sommes.

Je ne pense donc pas que nous puissions bâtir un royaume de Dieu en ce bas monde. Je ne pense pas non plus que la distinction entre homme et femme, ou entre bien et mal, soit arbitraire, conforme à notre propre volonté. Pourquoi donc ai-je donné à ces réflexions le titre : « La Mission du Chrétien » ? Bien des Chrétiens, même de grande valeur, ont implicitement adopté le « Projet moderne ».

Mais St. Augustin et Pieper avaient bien raison à propos de la fin des temps. Seuls les plus courageux, au prix de leur vie, de leur situation, pourront dire en quoi consiste la réalité. Le monde ne va pas « se convertir ». Ce qui adviendra se produit déjà. La Mission du chrétien consiste en ces mots qu’on n’a pas le droit de dire librement, publiquement, parmi les hommes, mots désignant ce qu’est être un homme, et ce qui est bien et ce qui est mal.

24 novembre 2015

Source : http://www.thecatholicthing.org/2015/11/24/on-the-christian-mission/

Illustration : Saint Augustin dans sa cellule.

Sandro Botticelli, 1494. [Galerie des Offices, Florence]