Deux partitions, bien différentes, viennent d’être jouées à Paris sur le thème de la laïcité, entrecoupées par la tragédie du 13 Novembre :
– Le 6 Novembre, la fondation Aide à l’Eglise en Détresse a tenu un colloque sur le thème de la laïcité, auquel ont participé des chrétiens et des musulmans. Cette réunion sera suivie d’actions concrètes dont le but est d’« engendrer le retour au calme et à la paix civile ». Aucune trace de ce colloque dans les médias, sinon un article de France Catholique du 20 Novembre.
– Par contre, le 20 Novembre, grand remue-ménage médiatique autour du congrès de l’Association des Maires de France, qui sort un « guide de bonne conduite laïque ». Là aussi, des propositions concrètes sont élaborées et seront soumises aux responsables politiques. Mais il s’agit, cette fois, d’ « affronter la laïcité au quotidien ». Le but final de cet affrontement, c’est visiblement de venir à bout de sa raison d’être : le fait religieux : il n’y a pas de laïcité sans religion.
Le fait religieux, élément structurant de notre héritage culturel, est-il en train de devenir un sujet d’exécration pour les élites qui nous gouvernent ? On pourrait le penser , à lire ce guide de bonne conduite laïque qui énonce toute une série d’observances visant à établir un régime excluant toute trace du fait religieux dans l’espace public. L’AMF souhaite par exemple qu’une loi interdise les crèches de Noël dans les mairies. Hypertrophie de cette fameuse « laïcité à la française » dont nous avons la triste exclusivité !
Cette politique est néfaste, elle méconnaît la réalité du corps civique français. Nous devons au contraire, « accepter et organiser la coexistence publique des religions » (Pierre Manent, « Situation de la France », Desclée de Brouwer, 2015).
Tenir la religion pour un résidu en voie de disparition, voilà une attitude officielle bien connue des chrétiens. Ils y répondent par le silence et, trop souvent, par un repli qui risque de tourner à l’étouffement frileux et craintif.
Mais que vaut la même attitude tenue à l’égard des musulmans ? Ne risquent-ils pas de répondre au mépris sous jacent qu’on attache à leur croyance, par un mépris bien plus profond à l’égard de cet Etat qui prétend leur apprendre à vivre sans raison de vivre. Que trouvent-ils en arrivant en France ? Un vide spirituel dans une société dominée par l’individualisme, alors qu’un esprit de solidarité nationale est indispensable pour les arracher à l’influence des dictatures du Moyen Orient.
On ne s’en sortira pas sans un dialogue vigoureux, franc et loyal entre « laïcs » et croyants. De très nombreuses initiatives, généralement chrétiennes, se multiplient à l’échelle locale, pour un dialogue interreligieux ouvert à l’espérance. Il faudrait pouvoir l’élargir. Encore faudrait-il, comme condition préalable, un minimum de respect mutuel, et l’absence, coté « laïc », de tout complexe de supériorité fondé sur un irréprochable exercice des valeurs de la République : le souvenir du génocide vendéen et de la tentative d’éradication du christianisme, survenues quelques années après la solennelle proclamation des Droits de l’Homme , devrait être une incitation à la modestie, une modestie qui n’exclut pas la fierté, mais qui est bien nécessaire pour faire accepter par les musulmans français une règle du jeu démocratique dans un Etat neutre, assurant la liberté de religion dans l’espace public.
La lutte armée contre le terrorisme islamiste est un impératif de légitime défense. Mais il y a bien lieu de se poser LA question, à laquelle le porte-avions Charles de Gaulle n’est pas chargé de répondre : pourquoi et comment est-il arrivé que de jeunes Français de culture musulmane, nés et scolarisés en France, deviennent des fanatiques capables de provoquer des attentats suicides ?
Certes, il y a le chômage, la crise , l’isolement dans des ghettos urbains, qui engendrent drogue et violence, mais par-dessus tout, il y a une éducation scolaire pour le moins insatisfaisante.
Est-il possible d’espérer, à moyen terme, une participation à la vie nationale, d’une communauté française musulmane, qui serait éduquée dans la connaissance de l’histoire de la Nation France ? Cette histoire n’a pas commencé en 1789, comme tendent à le faire croire nos manuels républicains
A ce sujet, et pour finir, une proposition complètement surréaliste : inscrire au programme de l’éducation nationale primaire, une visite guidée de la cathédrale de Chartres ? Impensable sous notre gouvernance laïcarde. Il ne s’agirait surtout pas d’une leçon de catéchisme, mais d’une « leçon de chose » sur un élément architectural qui exprime, superbement et sans triomphalisme, le fondement de la Nation France.
La beauté est la vertu éducative par excellence.
Les directives de notre système éducatif sont en voie d’être renforcées dans la direction directement opposée à cette sorte d’initiative. Cela ne porte pas à l’optimisme, mais il est parfois bon de rêver.
https://www.librairieflammarion.fr/livre/7906502-d-un-chanoine-a-l-autre–andre-girard-edilivre-aparis
Pour aller plus loin :
- SYRIE : ENTRE CONFLITS ARMES ET DIALOGUE INTERNE
- La République laïque et la prévention de l’enrôlement des jeunes par l’État islamique - sommes-nous démunis ? Plaidoyer pour une laïcité distincte
- 3101-Sarkozy, l'Eglise, la laïcité
- Une autre histoire de la laïcité (Jean-François Chemain)
- Quand le virtuel se rebelle contre le réel, l’irrationnel détruit l’humanité
