Le merveilleux projet de Dieu pour vous.... Problème? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Le merveilleux projet de Dieu pour vous…. Problème?

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Bill Bright, un des grands leader évangéliques du XXe siècle, fondateur du « Campus Crusade for Christ » (le camp pour la croisade du Christ) et désormais appelé Cru, mais également signataire de « Evangéliques et catholiques ensemble », a publié un petit livre en 1952 intitulé « Les quatre lois spirituelles ». Il fut utilisé pendant 60 ans comme un outil évangélique par des millions de chrétiens à travers le monde. Et il eut (et à plus forte raison, continue d’avoir) un profond et durable impact sur l’évangélisme et la façon par laquelle le mouvement présente l’évangile aux non-croyants et à ceux qui se sont éloignés de la Foi.

Même si je fais partie moi-même de ceux dont le voyage spirituel fut façonné par la vision de Bright et son appel à partager la bonne nouvelle de Jésus avec famille, amis, voisins, et collègues, j’ai été amené à considérer que la première loi spirituelle de Bright : « Dieu t’aime et a pour toi un plan merveilleux pour ta vie » conduit à une mauvaise interprétation de ce que signifie suivre Jésus.
Il est vrai, bien sûr, que les enseignements, la vie et la personne du Chrit offrent au monde une vision condensé de comment on doit aimer, espérer, croire. Mais la joie que le Christ nous a promis n’est pas un « merveilleux plan », mais une paix qui « surpasse toute compréhension » (Phil. 4 :7). Le message de l’évangile n’est pas le Pouvoir Positif de Norman Vincent Peale. C’est plutôt la réponse finale du Christ dans son échange avec le jeune homme riche (Mc 10 : 17-22) qui demande au début au Seigneur : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ». Jésus répond : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Ne sais-tu pas que seul Dieu est bon ? Tu connais les commandements : tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, tu ne frauderas pas, honore ton père et ta mère. »

Le jeune homme répond qu’il suit déjà les commandements depuis sa jeunesse. Notre Seigneur, le regardant avec amour, lui donne pour ultime réplique : « Il te manque une chose : va, vend tous tes biens, donne ton argent aux pauvres et tu auras un trésor au ciel, puis viens et suis-moi ». Le texte dit que lorsqu’il entendit ce que Jésus lui dit, le jeune homme « fut choqué, et s’en alla tout triste, car il avait de nombreux biens ».

Après avoir dit à ses disciples ce qui devait venir, ses souffrances et sa mort entre les mains de l’élite politique et religieuse, suivie de sa résurrection le troisième jour (Lc 9 : 21-22), Jésus leur dit : « Quiconque veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, prenne sa croix et me suive. Quiconque voudra sauver sa vie la perdra, et quiconque perdra sa vie pour moi la sauvera. Quel profit d’avoir toute la terre si l’on perd son âme ? Ceux qui ont honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte d’eux quand il reviendra dans la gloire avec celle du Père et des saints anges. » (Lc 19 :23-26)

A cette lumière, “Dieu t’aime et a un merveilleux plan pour ta vie” ne semble pas tout à fait correct, n’est-ce pas ? Et pourtant, pour certaines raisons, c’est de cette façon banale et superficielle d’évangéliser qu’à procéder la chrétienté américaine depuis les années 1950. C’était, je crois, un large succès, parce qu’à l’ère à l’intérieur de laquelle cette façon est apparue, les sensibilités morales et culturelles de la Foi chrétienne, quoique non vécues par tous, ou pas complètement par ceux disant qu’ils le vivaient intégralement, étaient considérés comme inconditionnellement vrais et la base standard à partir de laquelle on ne pouvait que difficilement juger qui que ce soit. Ainsi, il n’y avait nul besoin de prendre sa croix, puisqu’il ne semblait pas y avoir de colline sur laquelle mourir.
Mais les longues décennies de quasi-absence de la croix et de l’évangile de la souffrance, et la transformation selon laquelle suivre Jésus, c’est aussi bien faire venir le paradis en soi qu’aller au paradis, a abouti à des générations de chrétiens américains qui dépensent la moitié de leur dimanche à chanter des hymnes à un Jésus qui a plus l’air d’un petit copain que d’un Seigneur.

Pour cette raison, à mesure que l’hostilité à l’égard des chrétiens continue de monter aux États-Unis, spécialement sur des sujets où le gouvernement fait preuve de coercition sur des sujets de conscience religieuse, beaucoup de nos chers croyants, ne voulant pas méditer qu’il doivent souffrir comme le Christ a souffert, vont continuer d’acquiescer à l’esprit du monde et construire un Jésus conforme à l’image qu’ils s’en font. Ce Seigneur va finir par être d’accord, ou au moins ne pas s’opposer aux piétés de l’intelligentsia séculaire. Les pressions économiques, sociales et familiales vont sembler si incroyables, si en désaccord avec ce « merveilleux plan pour sa vie » qu’ils vont rapidement et avec beaucoup d’enthousiasme prendre de la distance avec leurs frères qui choisissent de prendre leur croix au lieu de regarder le bouton « j’aime ». Quoique ce soit qui soit mis dans la balance, honneur professionnels, responsabilités académiques, assurer un contrat d’affaire juteux, ou encore 30 pièces d’argent, cela va sûrement être décrit comme l’endroit auquel « le Seigneur nous conduit ».

Quoiqu’ils s’annoncent être des “évangéliques” ou “catholiques” dévots, ils vont plus que jamais incarner la croyance que H. Richard Niebuhr attribuait à ce qu’il considérait être la principale force religieuse aux Etats-Unis, le protestantisme libéral : « Un Dieu sans colère a mis des hommes sans péchés dans un royaume sans jugement à travers les annonces d’un Christ sans croix. »


Traduction de The Problem with God’s “wonderful plan for you”

Photo : Bill Bright à l’UCLA (Université de Californie, Los Angeles) dans les années 50 (Olympian Rafer Johnson est au centre)


Francis J. Beckwith est professeur de philosophie et d’étude de l’église à l’université de Baylor, où il sert aussi de directeur associé du programme de philosophie et de co-directeur du programme d’études philosophiques des religions.