Témoignage soixante ans après - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Témoignage soixante ans après

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De nombreux témoignages politiques touchent à des questions de foi, et de nombreux témoignages spirituels se réfèrent à la politique. Un livre qui associe les deux et les intègre d’une manière cohérente et profonde est beaucoup plus rare.

L’année dernière, un prêtre inspiré m’a suggéré de lire Witness/Témoin de Whittaker Chambers. C’est un gros volume, mais celui qui prend le temps de le lire en retire d’énormes bénéfices. Soixante ans après sa publication, et plus de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, son contexte – les efforts des communistes d’avant la Deuxième Guerre mondiale pour gagner un point d’appui aux Etats-Unis, et le commencement de la lutte des superpuissances après la guerre – peut paraître de l’histoire ancienne.

Mais aucun livre de ces cent dernières années ne s’applique plus directement à notre politique et aux luttes spirituelles inhérentes à la vie dans une époque matérialiste et laïque. Witness parle de l’engagement de Chambers dans le communisme et de ses activités – y compris l’espionnage – pour faire avancer cette cause, suivis par des doutes grandissants qui agissent parallèlement et se combinent à un éveil spirituel naissant (culminant dans sa foi à la religion Quaker). Finalement, il échappe au communisme, et s’efforce d’avertir une Amérique inconsciente des dangers auxquels elle est confrontée dans son propre pays.

Chambers appartient à ce que nous appellerions de nos jours une famille dysfonctionnelle, responsable entr’autre du suicide de son frère, et, beaucoup plus tard, de sa propre tentative de suicide. Son marxisme n’était pas simplement une digression de jeunesse ou un choix intellectuel pour un mouvement peu judicieux. Il a travaillé dur pendant des années en tant que communiste convaincu. Il a menti sous serment lors de l’investigation des accusations qu’il avait portées contre Alger Hiss, un chéri de Washington. D’après son propre récit, c’était un homme profondément imparfait qui a reçu par à-coup la grâce de poursuivre sa route, un petit pas à la fois.

Mais après la longue bataille publique qui a résulté en la conviction de son ami Hiss devenu plus tard sa ruine (Hiss bien qu’il ait protesté de son innocence jusqu’à sa mort, apparaît maintenant clairement comme un espion communiste), Chambers comprit que – soit malgré soit grâce à ses nombreuses faiblesses – il avait un rôle important à jouer dans l’histoire.

Chambers se souvient qu’à l’origine, il avait été attiré vers le communisme par ses deux promesses les plus importantes, le changement et l’espoir :

Le lien qui rattache les communistes à travers les frontières, à travers les barrières de langues et les différences de classe et d’éducation, méprisant les religions, la moralité, la vérité, la loi, l’honneur, les faiblesses du corps, et les irrésolutions de l’esprit, même jusqu’à la mort, est une simple conviction : il faut sauver le monde… Il s’agit du même pouvoir qui transporte les montagnes ; c’est aussi un pouvoir qui fait infailliblement agir les hommes. Il n’est pas nouveau… On murmurait sa promesse les premiers jours de la création sous l’arbre de la connaissance du bien et du mal : « Vous serez comme des dieux. » C’est la vision de l’homme sans Dieu.

Il continue : « Le communisme a un dernier attrait. Au lieu du désespoir, il offre le mot : espoir… Au 20e siècle, il semble impossible d’espérer sous d’autres termes. »

Après avoir observé que le monde de l’entre deux guerres était « sans foi, espoir ou caractère, » Chambers adopte le changement et l’espoir offerts par le communisme comme un «  choix contre la mort et pour la vie. » Mais dans les années qui ont suivi, il rejette «  tout le tissu de l’esprit matérialiste moderne… paralysant au nom du rationalisme l’instinct qui pousse l’âme de l’homme à rechercher Dieu.» Il comprend qu’en choisissant le statisme laïque et le collectivisme pour des raisons en apparence vertueuses et nobles, il avait choisi l’idée même dont le nihilisme essentiel rendait impossibles la vertu et la dignité humaine.

Chambers soutient qu’un « homme n’est pas avant tout un témoin contre quelque chose, mais qu’il est témoin pour quelque chose. Un témoin, dans le sens où j’utilise le mot, est un homme dont la vie et la foi sont tellement unies que lorsque vient le défi de se mettre en avant pour témoigner de sa foi, il le fait, sans tenir compte des risques, en acceptant toutes les conséquences. »

C’est une des raisons pour lesquelles il est devenu un puissant témoin contre toutes les formes de matérialisme, en faveur de Dieu et de la vie, de la nature et de la valeur de la personne humaine. Il a témoigné, non par sa participation politique de manière normale (bien qu’il vote), mais en dénonçant le système politique inhumain engendré par le marxisme. Il a ensuite témoigné contre une menace profonde envers ce qu’il y a de meilleur dans ce que les institutions politiques américaines représentaient autrefois.

Quand Chambers a décidé de rompre avec le communisme, il pensait qu’il rejoignait le côté perdant. Tandis qu’il partageait un grand nombre des idées philosophiques des conservateurs américains, il n’avait pas leur optimisme parfois radieux. Il jugeait l’Occident sur le déclin, et pourtant il croyait fortement aux vérités fondamentales des croyances et idées de l’Occident. Ces vérités sont en fin de compte la source et le but de son témoignage, de ce qui a rendu ce témoignage juste en dépit des chances contre son succès.

Enfin, bien qu’il ait gagné sa vie et publié des articles importants en écrivant et dirigeant des journaux, ses grands amours étaient sa foi, sa famille, et le travail et la terre de sa ferme. Il gardait une grande confiance dans les Américains – dans la plupart d’entre eux – malgré son scepticisme en constatant ce que les institutions américaines et les élites étaient devenues.

Witness présente un grand nombre de détails historiques que de nombreux lecteurs trouveront excessifs ou dérangeants. Mais ces détails étaient essentiels pour documenter la vérité du témoignage de Chambers dans le cas de Hiss et pour expliquer le sérieux de la menace communiste. Ils donnent au lecteur d’aujourd’hui un sens concret de la réalité à laquelle Chambers a fait face.

Le livre est aussi rempli de passages émouvants sur la transformation chrétienne de Chambers et de commentaires pénétrants sur l’Amérique, l’Occident, et l’esprit moderne. Il reste pour nous un défi dans une époque où témoigner avec audace pour la vérité est aussi important que jamais.

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Joseph R. Wood est un ancien fonctionnaire de la Maison-Blanche. Il a travaillé dans la politique étrangère, y compris les affaires du Vatican.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/qwitnessq-at-sixty.html

Photo : Whittaker Chambers