Un grand théologien, Saint Thomas d’Aquin
(Botticelli, vers 1500)
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Une bonne amie se plaignait l’autre jour: après un excellent exposé sur la théologie du corps par un vicaire de sa paroisse, elle avait entendu un paroissien se plaindre: «j’ignorais qu’il fallait se déguiser en penseur pour aller à l’église.» Un beau discours sur un sujet solide, et tout ce que ce bonhomme pouvait dire: « trop cérébral ! »
Je crains que ce soit un état d’esprit trop répandu parmi les catholiques américains: l’église n’est pas un lieu de réflexion. Cette attitude n’est qu’exacerbée par les Universités catholiques qui se prétendent le « lieu de la pensée pour l’Église ». Si le Concile Vatican 2 a, insistant sur le rôle des laïcs, voulu nous enseigner quelque chose, c’est bien que la « pensée » de l’Église s’élabore parmi et avec tous les membres du Corps du Christ. On n’abandonne pas la sainteté aux prêtres et aux nonnes ; de même on n’abandonne pas la réflexion sur la foi aux théologiens.
Enseignant la théologie dans une Université catholique j’entends souvent une question de mes étudiants catholiques: « pourquoi suivre des cours sur le catholicisme, et devoir lire tant de livres? Je crois en Dieu. Je dis mes prières. Je vais à la messe.» Et je réponds: le but de la théologie est d’accroître la compréhension de la foi. Et mieux comprendre sa foi fait partie de « vivre sa foi ». Il faut tout d’abord connaître ce qu’on croit pour pouvoir dire qu’on a la foi.
Ne trouveriez-vous pas bizarre que quelqu’un répète sans cesse « j’ai la foi, j’ai vraiment la vraie foi,» et répondant à votre question « très bien, en quoi croyez-vous?» — réponse unique: « je ne sais pas, mais je sais vraiment que j’ai la foi.»
Habitant dans le Sud, j’entends souvent chez les Pentecôtistes des sermons sur le nom de Jésus. « Croyez-vous en JÉ-SUS ?» « OUI ! » hurle la foule. Ce serait plutôt gênant si on demandait à un membre de la congrégation: « qui donc est ce Jésus?,» et que la réponse soit: « pas la moindre idée, mais j’aime le nom de JÉ-SUS. » Il faut bien avoir quelque chose pour y croire, ou, en Chrétienté, il faut bien quelqu’un en qui croire. Et il faut bien connaître un petit minimum de ce en quoi ou en qui on croit. Une foi qui ne grandit pas est voie de disparition.
De plus, qu’arrivera-t-il à votre avis dans une société telle que la nôtre, où nous bénéficions d’un enseignement général de haut niveau, si les catholiques n’ont pas une solide compréhension de leur foi? Titulaire d’un doctorat en droit, en économie, en sciences, si vous n’y connaissez pas plus en matière de religion qu’un élève de CE2, quelle, croyez-vous, sera la motivation de votre existence ?
En bref, les gens se comportent selon leur savoir, et si leurs connaissances ne proviennent que d’un enseignement séculier, alors ils n’envisageront que des perspectives terre-à-terre. Et, finalement, leur foi peut sembler puérile — longue tignasse, guitare, et on se tient par la main en chantant « Kumbaya ». C’est bien bon pour se sentir à l’aise, mais ça ne sert pas à grand’chose quand il faut réfléchir à des problèmes sérieux tels que « plus de taxes ou non », « éponger la dette du tiers-monde ou non », « autoriser ou non la recherche sur les cellules-souches ».
Les Écritures nous disent que notre foi devrait être « telle celle d’un enfant » — c’est-à-dire simple, honnête, naïve. Rien à voir avec une foi « puérile ». Ayant une foi puérile, les adultes la transmettent à leurs enfants, même s’ils n’y attachent pas eux-mêmes beaucoup d’importance. Mais alors la foi cesse de s’intéresser aux choses de ce monde — en particulier aux vraiment graves et difficiles questions morales de la vie quotidienne. Ne nous étonnons pas si de nombreux catholiques n’attachent guère d’importance à l’enseignement de l’Église en matière de morale, alors qu’ils n’ont pas plus de connaissance qu’un élève de CE2 sur cet enseignement de l’Église.
Si vous voulez que votre foi soit toujours vivante, et non pas seulement une « affaire du dimanche », alors il vous faudra approfondir et encore approfondir la compréhension de votre foi. Il faudra vous réconcilier avec l’idée que la foi chrétienne n’a pas de vertu « thérapeuthique ». Elle n’est pas là simplement pour que vous vous sentiez mieux. Elle a pour but de réorienter votre compréhension du monde, et ainsi changer votre mode de vie. Nous sommes créatures de pensée et de volonté, ainsi donc Dieu vient à nous non seulement pour susciter nos émotions, mais aussi pour instruire notre intellect.
Le Pape Benoît a fortement insisté là-dessus dans son merveilleux « Discours de Ratisbonne ». La foi dissociée de la raison peut être dangereuse, comme, par exemple, le terrorisme islamique. Ainsi le Pape nous incite à « oser mettre totalement en œuvre la raison », à n’en pas dénier la « grandeur » [en français dans le texte]. Et selon le Saint Père, « Voici le programme par lequel une théologie fondée sur la foi biblique s’insère dans les débats actuels. Ne pas agir selon la raison, ne pas suivre le « logos » (la parole), c’est aller contre la nature de Dieu. C’est vers cet immense « logos », vers cette vaste raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans un dialogue de cultures. C’est, retrouvons-la, la grande tâche de l’Université.» C’est également, puis-je le suggérer, la grande tâche de chaque chrétien qui bénéficie de l’enseignement séculier actuel.
Si nous vivions des temps de simplicité, avec une culture de simplicité, nous aurions peut-être une foi toute simple. Ce n’est pas le cas. Nous vivons dans un monde compliqué, avec une culture post-moderne, post-chrétienne. Cessons d’être puérils et de nous « déguiser en penseurs ». Nous devons nous mettre à penser avec l’Église.
Randall Smith
Pour aller plus loin :
- Commencer à lire Saint Thomas d’Aquin
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- À toi, Paul VI tant aimé, avec toute l’Église : merci !
- La paternité-maternité spirituelle en vie monastique est-elle menacée en Occident ?
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