PROPHETIQUE, SACERDOTALE ET ROYALE - France Catholique
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Le journal de la semaine

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PROPHETIQUE, SACERDOTALE ET ROYALE

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Deo volente, j’interviendrai cet après-midi dans un panel réuni sous l’égide de la Conférence épiscopale américaine et de l’Université catholique américaine sur le thème du rôle de l’Eglise face à l’immigration. Les organisateurs de ce type d’événements sont bien disposés et, contrairement à ce que pensent certains critiques de la Conférence épiscopale, recherchent souvent des voix dissonantes.

Néanmoins, c’est rarement le cas parce que, exception faite des discussions autour de la défense de la vie, les conservateurs sociaux sont de piètres participants. Ils évitent ces rencontres. C’est certes une tâche inconfortable et souvent sans résultat, mais quelqu’un doit le faire.

J’ai déjà écrit sur le sujet de l’immigration qui me touche de près dans ma vie quotidienne. La famille de mon épouse, des Slaves catholiques réquisitionnés et déportés vers des camps de travail par les Nazis, évadés, immigrèrent – légalement, et à grand prix, avec beaucoup de difficultés. Ma femme enseigne dans une école catholique dont l’effectif est à dominante hispanique, la plupart des familles résidant ici à titre illégal.

En dépit de son expérience, d’avoir grandi dans une culture et une langue étrangères, elle croit viscéralement – comme beaucoup d’autres Américains – qu’il est « mal » de traiter les illégaux à la légère. Elle et eux ne considèrent pas que, bien qu’il y ait eu infraction à la loi, ces immigrés sont des « sans papiers ». Ils ont pour eux l’argument de la « justice sociale ». Est-il « juste » de traiter les illégaux au même titre que des citoyens américains ou des immigrés légaux ou des gens qui auraient commis une légère infraction comme une violation du code de la route ? Ou de conférer aux enfants des immigrés illégaux, tout innocents qu’ils soient, les mêmes avantages sociaux ?

Vrai, mais pour autant peut-on déporter dix à vingt millions de gens à moins d’être un Staline ou un Mao ? L’Amérique est une nation d’immigrants et, quoi qu’on en dise, ne descendra jamais cette pente. Nous devons donc trouver une solution – exigeante, voire même dure, il n’y a pas de solution « rêvée » – qui permette de régulariser ceux qui sont là et de dissuader d’autres de violer la loi à l’avenir.

L’Eglise peut contribuer à cette transition de trois manières : prophétique, sacerdotale et royale. Il est certes peu habituel d’avoir recours à des catégories bibliques plutôt qu’à des approches politiques sur des sujets civiques, mais je demande votre indulgence.

Prophétique : l’Eglise est dans son rôle quand elle s’oppose à des éléments culturels non-chrétiens. Selon les termes du cardinal George, toutes les cultures ont des aspects angéliques et des aspects démoniaques. Pour ce qui concerne l’immigration hispanique en particulier – véritable objet du projet de réforme de l’immigration -, l’Eglise doit faire attention quand elle se veut prophétique et culturellement à contre-courant. « Sois un orateur/ Mais avec les mots adéquats », comme dit le poète Wallace Stevens.

Par exemple, l’Eglise nous enjoint régulièrement « d’accueillir l’étranger au milieu de nous ». Mais l’Amérique le fait déjà, légalement et en grand nombre. Depuis 2000, nous avons enregistré plus d’un million d’immigrants par an, légaux et illégaux. Nous accordons chaque année le statut de résident permanent à 1,25 million. Les taux de naturalisation se sont accrus de façon importante dans les dernières décennies. Ceci n’est pas la marque d’un pays xénophobe. Gardons nous de tomber dans la « cause prophétique » et les sermons faciles sur le thème de l’accueil de l’étranger. La plupart des Américains sont déjà convaincus, et ressentent difficlement qu’on leur fasse la leçon sur ce qu‘ils regardent comme étant essentiellement une question de droit.

De la même manière, l’Eglise doit éviter de jouer la carte raciale. Y a-t-il un préjugé antihispanique aux Etats-Unis ? Oui, bien sûr. Est-ce un facteur important dans les discussions sur l’immigration ? Pas vraiment. La question est principalement culturelle : les gens détestent le crime, la délinquance, l’exploitation du système, etc. par les illégaux. Le facteur de la tension la plus vive tient au seul fait de l’accroissement des nouveaux hispaniques. Dans le passé, des tensions ethniques sont apparues – heureusement dissipées. Se vouloir prophétique quant au respect des cultures doit inclure la reconnaissance de notre propre culture. Les Américains peuvent se sentir menacés ou désorientés par les défis incontrôlés au mode de vie.

Sacerdotale : Ce qui nous amène au côté sacerdotal. Le souci pastoral pour tous, que les Catholiques comprennent parfaitement, inclut nécessairement ceux qui sont déjà ici. Qu’il soit besoin même de le rappeler est révélateur. Aucune nation (en tant que telle) ira au ciel ou en enfer. Mais il y a quelque chose de sacré dans les communautés humaines historiques. Nous sommes liés par nos lois, y compris les règlements sur la citoyenneté et le passage de nos frontières. Et nous sommes aussi liés par un sentiment d’appartenance des uns aux autres. L’Eglise a trop longtemps regardé la nationalité comme une sorte de maladie alors qu’en pratique, il est naturel que les gens se rassemblent autour d’une langue et une culture. Il est bon qu’il en soit ainsi, à la condition que nous reconnaissions que les autres sont également attachés à leurs propres cultures. Les Prophètes jugent les cultures, mais les prêtres les recouvrent d’un voile sacré qui permet à la solidarité nationale à jouer.

Royale : Les catholiques constituent une Eglise, contrairement à certains Evangéliques qui privilégient la secte. Le catholicisme croit devoir s’adresser à l’ensemble de la société. Appartenir au Royaume, traduit en langage moderne, signifie comprendre l’importance du Bien Commun. Et le fondement du Bien Commun dans une société pluraliste est la règle de droit.
Ceci peut sembler trop dur à des croyants qui croient à la loi d’amour. Or l’amour dans un cadre social est mieux défendu par la règle de droit. A vrai dire, l’Eglise est la mieux placée pour enseigner à ces immigrés hispaniques, qui ont souffert sous un régime injuste, le respect et la confiance dans les institutions. Les partis politiques, les syndicats et les paroisses catholiques ont joué ce rôle pour les générations antérieures d’immigrés. Il convient de retenir la leçon. Mais pour agir efficacement, il faut faire de l’assimilation une valeur. C’est, hélas, ce qui fait question aujourd’hui, pour de bonnes et de mauvaises raisons.

Les questions d’immigration étant d’abord des questions de législation, l’Eglise doit faire preuve de finesse dans la manière dont elle réagit aux nouveaux développements juridiques. Le cardinal Mahony – imprudemment, je le pense – a dénoncé la loi sur l’immigration adoptée par l’Etat d’Arizona comme du nazisme et appelé la population à la désobéissance civile – donc à de nouvelles violations de la loi. C’est peut-être populaire à Los Angeles mais est-ce judicieux sur une question qui continue à être débattue dans l’enseignement social de l’Eglise ? Les avortements suppriment des vies humaines, et pourtant la hiérarchie n’a pas vraiment prôné une large désobéissance civile. Les catholiques, et d’autres, tirent les conclusions qui s’imposent d’une telle attitude.

Prophétique, sacerdotale, royale – exigeante, mais le Christ n’a jamais dit que ce serait facile. Et si ce ne sont pas les Catholiques, qui d’autre ?