Les enjeux d'une grève - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Les enjeux d’une grève

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Les mouvements sociaux contre la réforme des retraites vont-ils se poursuivre ? S’achemine-t-on vers une réédition des longues grèves de 1995 ? Il n’est pas déraisonnable de le croire, ou de le craindre, tant les indices sont nombreux.

Il y a d’abord une question de temps. La discussion du projet de loi sur les retraites se poursuivra au Sénat jusqu’aux environs du 20 octobre, ensuite, si tout se passe selon les vœux du gouvernement, députés et sénateurs se mettront d’accord sur un texte définitif qui devrait être promulgué à la fin de ce mois. En somme, les opposants à la réforme ont au minimum une vingtaine de jours pour se faire entendre. C’est un délai suffisant pour lancer une dynamique de radicalisation, surtout si le pouvoir affiche sa volonté de ne rien céder sur l’essentiel.

Une autre raison d’envisager la prolongation du mouvement est le soutien apparent de l’opinion publique. Si l’on en croit un sondage CSA publié par le quotidien « Le Parisien », 61% des Français sont favorables à une « grève durable ». Les syndicats savent bien qu’une grève ne peut se poursuivre sans l’appui des usagers (qui sont aussi des électeurs). Plus grave encore, ce soutien donne de solides arguments aux durs du mouvement face à des états-majors nécessairement plus modérés. Ni Bernard Thibault ni François Chérèque ne peuvent prendre le risque de se voir désavoués par leurs troupes.

Enfin, il y a la gauche qui ne va pas se priver de jeter de l’huile sur le feu. C’est de bonne guerre et on ne peut guère reprocher aux socialiste de rêver à une victoire contre le gouvernement sur un sujet aussi symbolique pour elle. De plus, une telle victoire serait pain béni pour Martine Aubry qui pourrait mettre son rival Dominique Strauss-Kahn en difficulté. N’oublions pas que, tout récemment, un rapport du FMI (dirigé par le même Strauss-Kahn) préconisait de retarder de deux ans l’âge du départ à la retraite dans les pays riches.

Toutes les conditions semblent donc réunies pour un conflit durable. Le gouvernement s’y est d’ailleurs visiblement préparé. Peut-être même le souhaite-t-il. Ce serait pour Nicolas Sarkozy une occasion rêvée de montrer sa fermeté.

Indépendamment du bien fondé de la réforme, nous pouvons donc nous attendre encore à un de ces psychodrames dont les Français ont le secret, et qui n’ajoutent rien à notre démocratie.