Quel que soit son éventuel succès, la journée du 19 mars marquera une période difficile pour le gouvernement et le chef de l’Etat. On sait que nous sommes partis pour une longue période de crise et que les dégâts sociaux seront nombreux, mais un élément nouveau et inquiétant vient encore aggraver la donne : l’espoir n’est plus vraiment au rendez-vous.
Qu’il s’agisse des salariés menacés de l’usine Continental à Clairix, des chercheurs ou des lycéens, sans parler des fonctionnaires, tout se passe comme si les manifestants avaient perdu toute perspective, comme si l’avenir leur restait entièrement bouché. Cela est si vrai que les syndicats sentent clairement la menace. Lorsqu’il traite de rapaces les partisans d’Olivier Besancenot qui font le tour des entreprises en difficulté, Nicolas Chérèque montre en fait sa peur de voir les mécontentements et les revendications détournés vers l’impasse révolutionnaire. Les sondages favorables au parti du jeune facteur montrent d’ailleurs que cette crainte est fondée. Aujourd’hui, une grande partie de la population, y compris, les électeurs de droite, est désemparée devant une économie devenue folle et que personne ne semble maîtriser, ni même comprendre.
Du côté de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, les réponses ne paraissent guère à la hauteur du désespoir social. Tandis que le président de la République se voit offrir un somptueux séjour au Mexique, le gouvernement tente de colmater les brèches, sans vraiment convaincre. Il y a eu d’abord l’annonce de Christine Boutin qui veut empêcher les expulsions non accompagnées de solutions de relogement, puis celle de Christine Lagarde, ministre de l’Economie concernant l’encadrement des crédits à la consommation. De telles initiatives sont sans doute méritoires, mais, en l’absence de moyens financiers (les caisses sont vides), elles demeurent vouées à décevoir. L’impuissance du politique devant la déliquescence de l’économie a rarement paru aussi claire, ni aussi dramatique.
Alors que s’approchent des élections européennes qui concernent tout de même l’avenir de notre pays, la situation est pour le moins préoccupante. Elle pourrait devenir grave si la mobilisation du 19 mars débouchait sur une radicalisation et des débordements que personne ne peut sérieusement souhaiter.
Serge PLENIER
