Commentaire du Père Michel Gitton

7e dimanche de Pâques

2006

Ce dimanche entre Ascension et Pentecôte est des plus curieux. Nous y faisons une expérience qui n’est pas celle de l’absence (comme, par exemple, le Samedi Saint, lorsque l’église est sombre et les tabernacles vides), mais, après le départ visible de Jésus, nous devons soudain retrouver nos marques et recevoir autrement notre relation avec Lui.

Deux exemples préalables peuvent nous aider à voir comment la communication, loin d’être interrompue, se trouve au contraire transposée sur un mode nouveau. et dilatée. C’est d’abord le passage des Actes des Apôtres qui nous parle du martyre d’Etienne. Celui-ci est certes un homme courageux qui lutte pour ses convictions, mais son témoignage est celui d’un mystique soudain illuminé par la perception de la présence du Seigneur. Il voit "les cieux ouverts" et Jésus en gloire. C’est-à-dire que la scène qui se déroule sur terre, devant le sanhédrin, est ouverte par en haut. Ce n’est plus une affaire entre des hommes, Etienne sait maintenant que le vrai juge n’est pas le grand prêtre successeur de Caïphe mais le Christ lui-même en train de le regarder. Qui pourrait hésiter après cela ? Même si la suite est atroce, il ira jusqu’au bout, jusqu’à redire à sa façon : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font".

Nous sommes à la fin de l’Apocalypse, après les chapitres qui ont mis en scène toute l’histoire mouvementée de l’Eglise, persécutée mais finalement victorieuse, saint Jean se retrouve, comme au commencement, devant le Christ. Mais là, il ne voit rien, il entend "une voix". Il ne saurait douter que c’est le Seigneur et d’ailleurs celui-ci finit par se nommer "moi, Jésus…" Au-delà des péripéties symboliques qui ont défilé dans tout le livre, c’est le lien avec le Maître, à la fois mystérieux et très fort, qui subsiste et s’approfondit. Jean sait maintenant qu’une seule chose compte : il a donné sa foi à Celui qui est le maître de l’histoire et qui aura le dernier mot, parce qu’il en a proféré le premier. Sa prière, qui est celle de l’Eglise, se résume donc en un cri : "Viens !" C’est l’Epouse qui attend son Bien-Aimé.

Notre relation avec le Christ est élevée à ce niveau. Nous n’avons pas un maître pour soigner nos états d’âme et répondre à nos petites questions, nous avons le Christ "Premier-né de toute créature" et "Juge des rois de la terre". C’est cela notre ami. Nous ne le voyons pas toujours, mais lui nous voit. Il nous parle, et même bien plus que nous ne nous en apercevons. Et un jour – bientôt – il reviendra, pour notre joie.

Nous pouvons alors retrouver l’Evangile et la "prière sacerdotale" dont nous avons ce dimanche un extrait et y entendre les préoccupations de notre Maître à l’heure décisive de sa mort. Rien que de très grand, là encore. Le regard voit loin, au-delà du groupe des premiers disciples, c’est toute la suite, l’Eglise d’aujourd’hui et de demain, les peuples qui viendront à la foi, les croyants qui s’ignorent encore – c’est tout cela qu’embrasse Jésus en ce moment crucial. Comment ne pas croire qu’il fait toujours ainsi ?

Acceptons de grandir. Le Christ monté aux cieux ne nous traite plus comme des enfants. Avec lui nous devons regarder haut et loin.

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