Commentaire du Père Michel Gitton

5e dimanche du Carême C

2006

Ce dimanche, qui n’est plus le "dimanche de la Passion" (appellation désormais réservée au dimanche suivant, celui des Rameaux) apporte néanmoins un renforcement dans le Carême, et l’attention se porte davantage maintenant sur la Croix comme le remède à notre péché (cf. la Préface, qui n’est pas l’une de celles du Carême, mais bien une Préface de la Croix).

Les trois lectures sont encore une fois inspirées par des motifs différents : le passage d’Isaïe rappelle l’exil à Babylone et le retour, suite de l’histoire mouvementée du Peuple de Dieu, saint Paul évoque en termes saisissants le dynamisme de la vie chrétienne toute "tendue de l’avant" vers le Christ, et l’Evangile nous parle encore une fois de la miséricorde avec l’épisode de la femme adultère. Néanmoins, on peut trouver un fil conducteur dans le thème de la "route dans le désert" que nous présente Isaïe, et qui symbolise notre chemin à nous, quand il s’agit de revenir vers la maison paternelle. Les Hébreux ont fait l’expérience d’une route qui s’ouvrait devant eux de façon inespérée. A nous, la vie chrétienne paraît souvent une course d’obstacles interminable : examens, résolutions, efforts, détachements, purifications… Il semble que nous n’en aurons jamais fini. C’est un peu ce qu’avait connu saint Paul avant sa conversion : les "œuvres de la Loi", comme il dit ailleurs, vaine recherche d’une justice qui se dérobe toujours.

Or, voilà qu’avec le Christ il a fait l’expérience que, par la foi, il touchait tout de suite au but. En acceptant de "tout perdre" pour s’attacher à Lui, en Le prenant pour Maître et en Lui remettant l’évaluation de sa vie, il franchissait en quelques heures une distance qu’il n’avait pu parcourir en des années. Ecoutons-le nous dire ces mots brûlants : "Le connaître, Lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances." Certes, saint Paul sait bien que, par un certain côté, il n’est pas au bout de ses efforts : il a été saisi par le Christ, il ne peut en douter, mais il lui reste à "courir", c’est-à-dire à correspondre jour après jour au don qu’il a reçu, pour un jour "saisir", c’est-à-dire décrocher le gros lot qui l’attend et qui est Jésus Lui-même. La vie chrétienne n’est pas l’accumulation laborieuse de vertus, c’est une remise joyeuse aux mains du Christ qui nous attire à Lui et qui, peu à peu, nous détache de nous-mêmes, nous assouplit, nous rend plus clairvoyants sur nos faiblesses et plus prompts à rebondir. Sans que jamais nous puissions nous assurer de notre progrès, regardant seulement de l’avant et ne nous estimant jamais arrivés.

Dans le contexte dramatique de l’Evangile, nous voyons Jésus, affronté au mal objectif, proposer un chemin de liberté et de renouveau. Devant le scandale de la transgression qui menace la société, les hommes n’ont qu’une solution : éliminer le fauteur de troubles. Jésus, qui est plus fort, offre à cette femme prise en flagrant délit d’adultère un pardon inespéré qui est bien autre chose qu’un blanchiment à bon compte, ou une tolérance du mal. Au lieu de l’humilier un peu plus par des leçons, des démarches ou des délais, il commence par la restaurer dans sa dignité, pleinement, et c’est là qu’il peut lui proposer de rompre avec le mal, de s’engager dans un chemin qu’elle va pouvoir assumer, sans être cette bête traquée qui accepte tout ce qu’on veut sur le moment pour recommencer à la première occasion. Mais cela, seul l’amour du Christ peut le faire.
Bonne route pour les deux dernières semaines de Carême !

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