50 ans après Mai 68, il n’est plus interdit d’interdire…

par Denis Lensel

mardi 13 mars 2018

Ironie du temps qui passe, à l’heure du cinquantième anniversaire de Mai 68, au sein même des courants ultra-féministes qui ont longtemps puisé leurs discours dans l’héritage soixante-huitard, on assiste à la montée d’un néo-puritanisme qui se met à multiplier les interdits au cœur de la société… Alors que les militants gauchistes de 1968 s’étaient agités en s’appuyant sur le slogan libertaire « Il est interdit d’interdire », de sévères mises en garde pleuvent désormais au sujet des relations entre hommes et femmes. Menaces à l’appui. En particulier dans le domaine de la sexualité, qu’on avait jadis déclaré vouloir libérer, à l’époque – ancienne – de mots d’ordre provocants et laxistes comme cet autre slogan, souvent écrit sur les murs de Paris, « Jouissons sans entraves » …

Désormais, il s’installe un climat en réalité paradoxal où, du moins pour l’instant, beaucoup de modes proposées ou imposées aux femmes demeurent très relâchées, notamment sur le plan vestimentaire, mais où la gent masculine est mise en demeure avec virulence, dans le but officiel d’éviter toute attitude déplacée, inconvenante et irrespectueuse à l’égard de la gent féminine… D’ores-et-déjà, après le scandale international de l’affaire Weinstein, des hommes sont montrés du doigt et désignés à la vindicte publique sur les « réseaux sociaux ». Ce type de lynchage psychologique est cautionné aujourd’hui par des ligues de vertu d’un nouveau style, dirigées cette fois-ci exclusivement par des femmes qui semblent vouloir régenter la société du XXIème siècle.

Assurément, après environ cinq décennies soixante-huitardes de dérive psychosociologique et de dégradation des mœurs, cette volonté de censure des comportements peut trouver des raisons réelles et sérieuses : dans un contexte quasi obsessionnel favorisé par un environnement médiatique très laxiste, une ambiance pénible de harcèlement sexuel s’est installée çà et là, au détriment de la tranquillité des femmes. En outre, le phénomène des viols n’est hélas pas absent du paysage social. Et cela peut justifier évidemment une volonté d’assainissement de la vie en société, dans le sens du respect mutuel de tous, hommes et femmes. Respecter l’autre et ainsi se respecter soi-même… Mais en est-on vraiment là à l’heure actuelle ?

En attendant, cela ne justifie pas la mise au pilori quasi unilatérale sur la place publique de quelques hommes transformés en boucs émissaires, qu’il conviendrait désormais de « balancer » dans la fosse aux médias, en les assimilant à des porcs, sans passer par le moindre sas judiciaire et par la moindre enquête objective.

A l’époque de Mai 68, toute mise en garde contre le laxisme en matière sexuelle était dénoncée comme une indésirable police des mœurs. En 2018, voilà que des espèces de polices privées médiatiques se déchaînent sur les réseaux sociaux contre divers abus sexuels, vrais ou supposés, dans un climat plus proche de la délation que du vrai débat de société… Comme les temps ont changé ! Mais ne va-t-on pas d’un excès à l’autre, au détriment de l’harmonie sociale ?

Denis LENSEL

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