Commentaire du Père Michel Gitton

4e dimanche de Carême C

2006

Dimanche de Laetare, qui tempère d’une note de joie notre marche de Carême, ce dimanche est un de ceux où l’on pense plus spécialement aux catéchumènes, objets en ce jour d’une prière spéciale d’exorcisme (scrutin, rien à voir avec les élections !). Les lectures nous font avancer dans notre méditation sur le péché et le salut.

La première lecture, appelée par la suite de l’histoire du Peuple de Dieu, nous présente l’entrée en Terre Promise : les Hébreux vivront désormais de leurs récoltes, et plus de la manne. Il y a des secours provisoires, exceptionnels et une manière (plus habituelle pour Dieu) de passer par notre activité. Même avant la démarche de réconciliation, dont il va être question, Dieu compte avec notre réponse.

L’évangile merveilleux de l’Enfant prodigue et la très riche lecture de saint Paul dans la deuxième lettre aux Corinthiens posent tous les deux la question de l’initiative dans la démarche. S’il est un point auquel nous sommes devenus sensibles, c’est bien celui-là : notre Dieu est Celui qui fait le premier pas. Comme le dit l’Apôtre : "c’est Lui qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec Lui ; Il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés." Mieux encore : c’est Lui qui "mettait dans notre bouche la parole de la réconciliation." Tout ce que nous pouvons dire, notre aveu, notre supplication… c’est encore Lui qui les suggère et nous en donne la force.

Magnifique générosité du Père, mais qui nous laisse une petite inquiétude, car tout n’est quand même pas si simple : si toute la réconciliation vient d’un seul côté, ne sommes-nous pas traités comme des irresponsables ? Et puis : qu’en est-il de la gravité du péché, si souvent soulignée dans la Bible, s’il suffit d’un coup d’éponge pour tout effacer ? pourquoi, surtout, cela n’est-il pas intervenu plus tôt ? Et pourquoi cela a-t-il encore si peu d’effets ? La force du message évangélique réside là. Si tout part du Père, de son dessein bienveillant, de son amour fou pour l’homme, il ne va certainement pas agir sans nous. Tout l’art (toute la ruse, allions-nous dire), c’est de faire surgir dans l’homme, dans un homme au moins, au tréfonds de sa liberté, l’attitude du retour vers Dieu. Car nul ne sera sauvé, s’il ne fait le chemin, devenu rude et raboteux, qui le ramène à la maison paternelle, humble et contrit. Et comme, décidément, cela n’est plus possible, que dans la "terre de dissemblance" où le pécheur s’est mis, là où l’on dispute aux porcs leur nourriture, il n’y a plus de force pour vouloir changer, il n’y a même plus l’image du Père, tout au plus une caricature (celle du maître exigeant), il va falloir que le Fils, le vrai - pas le triste aîné qui n’a pas su vivre sans ressentiment sa proximité avec le Père - fasse le chemin que son petit frère ne peut plus franchir seul. Il va falloir qu’il assume le sursaut de celui qui ne veut pas se laisser mourir, qu’il prenne sa honte et sa faiblesse et qu’avec cela, pour lui, avec lui, il suive l’interminable chemin qui conduit à la demeure où l’attend le Père. Sans ce "non-dit" de la parabole de l’Enfant prodigue, la bonté du Père restera pour nous admirable, mais ne comblera pas la distance. Il ne suffit pas de se savoir pardonné (qu’est-ce que cela peut vouloir dire d’ailleurs pour le pécheur ?) pour être sauvé, il faut se laisser concrètement reconduire par le Christ, accepter que, par la foi et les sacrements, notre liberté soit laborieusement reconstruite.

Quelle lumière sur nos vies ! Quel aperçu sur Dieu !

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.