Commentaire du Père Michel Gitton

3e dimanche de Carême C

2006

Certains regretteront peut-être l’Evangile de la Samaritaine, traditionnel ce dimanche, mais attribué désormais à l’année A. Il est toujours possible de l’utiliser, surtout pour des assemblées où se trouvent des catéchumènes. Mais nous profiterons, quant à nous, des lectures qui nous sont offertes en cette année C.

Le parcours de l’Ancien Testament nous mène cette fois jusqu’à Moïse : nous y assistons à sa vocation, qui est en même temps la révélation du Nom divin. Saint Paul, sans qu’il y ait de rapport direct entre les deux textes, évoque les évènements de l’Exode, annonce et prélude de la Rédemption opérée par Jésus-Christ, et nous montre qu’il ne suffit pas d’être enrôlé dans le Peuple de Dieu pour être assuré d’échapper au châtiment.

Quant à Jésus, il nous fait entendre des paroles graves sur l’urgence de la conversion, en réponse à l’éternelle question que nous pose la mort soudaine et absurde des victimes de catastrophes naturelles ou des violences humaines.
En réalité, Jésus aborde directement la question du mal, de son origine et de son extension. C’est un des passages où il sous-entend le plus clairement l’existence du péché originel. Car comment comprendre autrement sa réponse à la question de ses auditeurs ? Ceux-ci veulent l’amener à trouver un responsable, selon la croyance en une rétribution directe, qui se fonde en partie sur la Bible : à telle faute correspond tel malheur. Or, il est clair que les choses ne se passent pas toujours ainsi.

Pourtant, Jésus ne nie pas absolument le lien qui existe bel et bien entre le péché et la souffrance. Au paralytique guéri, il dit : "ne pèche pas, il t’arriverait pire encore" (Jean 5, 14). Mais, pour lui, le lien est beaucoup plus général : c’est l’ensemble des péchés accumulés depuis les origines, depuis la faute première, qui pèse comme un fardeau insupportable sur l’humanité. Les conséquences en sont absurdes, parce que le mal est ainsi. Et nul ne peut prétendre tirer individuellement son épingle du jeu. Sans une conversion, c’est-à-dire un retournement total qui prépare et hâte la solution d’ensemble que Dieu veut apporter par la Résurrection, il n’y a pas d’issue.
Celle, précisément, qui se dégage de la manifestation du Sinaï. Dieu y apparaît dans le signe mystérieux du Buisson ardent, lequel nous dit l’incandescence qui flamboie au sein de la Trinité. Et son premier mot n’est pas une déclaration de puissance, c’est l’expression de Son infinie compassion devant la souffrance : "J’ai vu, oui j’ai vu la misère de on peuple." Le nom même qu’il revendique, en réponse à la demande de Moïse : Je-Suis (Celui qui suis), dit l’abîme de son être sans rivage et qui pourtant n’a rien d’évanescent : Je suis bien là. Il faut nous y faire : le Dieu-Amour n’a pas créé le monde comme une mécanique parfaite, il lui a laissé une part de fragilité pour répondre à l’ouverture de Son cœur à Lui, cette fragilité ne voulant pas dire la mort et la souffrance, mais seulement un chemin nécessaire pour grandir dans la confiance. Et comme celui qui commençait à peine à marcher s’est arraché des mains de son Père ("celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber", nous dit saint Paul), il a plongé lui-même et toute la suite dans le malheur. "Celui qui est", vigilant mais légèrement en retrait, pour ne pas casser sa liberté, prépare maintenant le jour et l’heure.
"Oui, Je connais ses souffrances, Je suis venu pour le délivrer".

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