Commentaire du Père Michel Gitton

32e dimanche ordinaire C

2006

Tout commence dans la Bible avec l’Alliance, le constat du lien privilégié entre Dieu et son Peuple et finalement avec chacun de ses membres. Cette conscience s’exprime, dans le Nouveau Testament, sous la forme d’une providence paternelle qui s’étend même à la création inanimée (les oiseaux, les lys des champs). De plus, le lien personnel entre Jésus et ses disciples s’expérimente comme un compagnonnage de tous les instants. Comme le dit saint Paul dans la lettre aux Thessaloniciens : « le Seigneur, Lui, est fidèle ». A travers la perspective de sa vie d’Apôtre, il fait l’expérience d’une assistance spéciale du Christ et de son Père : non que tout lui soit facile (il y a des gens qui lui "veulent du mal"), mais parce qu’il est assuré d’être "affermi" (c’est-à-dire rendu capable de tenir) et, en un sens, protégé" (c’est-à-dire échappant à ce qui lui nuirait définitivement).

Le récit du livre des Macchabées (désormais baptisé livre des Martyrs d’Israël) nous fait assister à un moment particulièrement dramatique de la fidélité d’Israël à la Loi de son Dieu. Il y a, en apparence, de quoi contester l’assurance de cette conduite providentielle dont nous parlions plus haut : fidèle, l’homme juif et religieux subit, à cause de sa fidélité même, un horrible supplice. Pourtant rien n’est renié de la confiance au Dieu de l’Alliance ; loin de s’échapper dans une résignation fataliste, ou d’espérer une vague immortalité de l’âme, chacun des sept frères, au moment de mourir, clame sa certitude de la victoire finale de Dieu sur le mal, jusque et y compris dans le domaine corporel : "C’est de Lui que je tiens ces membres et c’est par lui que j’espère les retrouver". On n’est pas plus clair : si à l’échelle de la vie présente, l’Alliance personnelle entre Dieu et son fidèle n’empêche pas ce dernier de souffrir, à l’échelle de l’avenir, le Seigneur aura le dernier mot.

Jésus vient dans un contexte où ces idées ont déjà fait leur chemin, mais pas auprès de tous. Il y en a en effet qui nient la résurrection, corollaire pourtant indispensable de la foi au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. C’est ce que Jésus leur déclare : si, lors de la scène du Buisson Ardent, Dieu se donne ce nom, c’est que pour Lui Abraham, Isaac et les autres ne sont pas des personnages abolis, effacés. Ils continuent d’exister pour Lui, et sa providence s’exercera un jour en leur faveur, jusqu’à leur redonner une existence corporelle. Si on a cette certitude, tout le reste s’ensuit et les prétendues impossibilités nées d’une perception trop courte des possibilités de Dieu, nullement limité par le cours de ce monde, cèdent. La résurrection suppose qu’on accepte de pousser à l’extrême la confiance en Dieu qui était celle d’Israël : accepter que Dieu soit, plus encore qu’on ne le pensait, le maître de l’impossible, le Seigneur de l’histoire, passionnément attaché à sa créature humaine.

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