3117-Mai 68 dans l’Eglise

lundi 28 avril 2008

Le quarantième anniversaire de Mai 68 provoque, par-delà des polémiques assez artificielles, d’intéressantes tentatives de mises en perspectives historiques, alimentées par les témoignages des uns et des autres. Et il y a un aspect important de ces événements qui commence seulement à être évoqué, après avoir été longuement tabou : celui de la crise ouverte dans l’Église par une contestation qui fut cruelle et dévastatrice. Mgr Gaidon, ancien évêque de Cahors, a publié récemment son témoignage vécu (1), alors qu’il était supérieur du grand séminaire de Dijon, et que le diocèse était secoué par l’activité d’un groupe de prêtres en rupture à l’enseigne de Échanges et dialogue. Le père Jean-Miguel Garrigues a raconté (2) comment le centre de formation des Dominicains, le fameux Saulchoir, sur lequel le drapeau rouge avait été hissé, se trouva soumis à la férule des assemblées générales et à la dictature idéologique de quelques-uns. La livraison de mai de la revue Esprit contient un article de Jean-Louis Schlegel qui rend compte de ce qui s’est passé alors du côté des jésuites, et qui n’a rien à envier aux tribulations de l’ordre de saint Dominique. On retient le ton particulièrement amer de cette relation qui s’étend aux années qui suivront, qualifiées par l’auteur « d’années plutôt violentes, de braise et souvent de plomb ».

J’aurais moi-même pas mal de choses à ajouter sur le sujet, notamment sur ce qui s’est passé alors dans le diocèse de Paris. Mgr Daniel Pézeril qui avait été l’auxiliaire du cardinal Marty m’avait un jour relaté comment, avec son arche­vêque, il avait tenté de répondre à la profonde dépression du clergé parisien en visitant chaque curé l’un après l’autre… Ce qui n’avait pas empêché le départ de promotions entières de jeunes prêtres ou de séminaristes. Le cardinal Lustiger lui-même, dans le grand entretien qu’il me donna pour KTO, tout à la fin de sa vie, avait principalement dénoncé une dérive idéologique, ce qui détermina les options de son épiscopat.

D’une certaine façon nous vivons encore des séquelles de cette dépression. Et pourtant, sur le moment, le philosophe Maurice Clavel avait espéré qu’il pourrait en sortir un bouleversement spirituel et un réveil… pour peu qu’on la fît sortir de ses cadres intellectuels mor­tifères. Quelque chose aspirait à surgir qui ressemblait à une nouvelle naissance, celle d’une conversion radicale dans une fidélité absolue à l’Esprit qui change les cœurs…

(1) Maurice Gaidon, Un évêque français entre crise et renouveau de l’Église, éditions de l’Emmanuel.
(2) Jean-Miguel Garrigues, Par des sentiers resserrés, Presses de la Renaissance.

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