3106-Guillaume Mirabel, témoin de la Pâque

lundi 11 février 2008

L’entrée dans le grand carême qui précède la Pâque est bien autre chose qu’un rituel pour ponctuer une année religieuse. L’imposition des cendres tout comme le jeûne, l’aumône ou les pénitences n’appartiennent pas seulement à une éthique de l’ascèse pour un idéal de perfection intérieure. Dans le christianisme, le rituel est ordonné à la participation au mystère du Christ engagé dans une ultime marche vers Jérusalem. Aussi les quarante jours du carême offrent-ils une concentration exceptionnelle de réflexion et de contemplation, dont les textes proposés chaque dimanche sont autant de scansions fortes. Par exemple, l’évangile des trois tentations nous conduit au cœur de la révélation du Dieu vivant. Le Seigneur qui échappe aux pièges de Satan ne se montre pas supérieur à la malice du tentateur, il révèle son secret profond. Ainsi que le montre Benoît XVI dans son livre sur Jésus de Nazareth (Flammarion) : Le Christ nous révèle Dieu et Dieu seul. Et il y a là quelque scandale aux yeux du monde. Celui que le même Benoît XVI démasque dans son encyclique sur l’espérance. Le royaume n’est pas d’ici-bas, l’athéisme moderne dénonce avec indignation cette impossibilité : Le royaume humain reste un royaume humain, et celui qui affirme qu’il peut ériger un monde sauvé approuve l’imposture de Satan et fait tomber le monde entre ses mains.

La marche vers la Passion est un démenti cinglant à l’espoir de la réussite humaine du Royaume. Le Christ, nous dit le Pape, ne s’est pas jeté du pinacle du Temple, il est descendu dans l’abîme de la mort, dans la nuit de l’abandon. Il a osé le seul saut de l’Amour, faible de toute protection humaine, fort du seul Amour du Père. Nous sommes invités nous-même à travers le cheminement du carême à nous livrer à l’abandon de la foi, à l’imitation de Celui qui seul nous a ouvert les portes de la Vie. Ce langage nous porte dans notre expérience la plus déterminante.

Ainsi, quel signe sur cette montée vers Pâques 2008, que la mort - le 8 février dans un accident de la route - de Guillaume Mirabel, 21 ans ! Il était séminariste de la communauté Saint-Martin. Fils d’une admirable famille vouée à la défense de l’existence la plus démunie - son père est le président de l’Alliance pour les Droits de la Vie - il fait partie de ces prédestinés dont parlait Bernanos et qui sont comme voués à la ressemblance et à l’imitation la plus haute. Appelé à la grâce du sacerdoce, Guillaume a anticipé l’appel suprême. Il est témoin de la Résurrection, conformé au Christ avec qui il a accompli l’ultime saut dans la miséricorde et la Joie de Dieu.

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