3103-L’avortement s’affiche dans le métro

lundi 21 janvier 2008

C’est une première, et un tournant. Après avoir instauré le délit d’entrave à l’IVG (qui permet d’interdire toute campagne hostile à l’avortement), le Parlement avait supprimé en 2001 celui de provocation à l’avortement, ouvrant théoriquement la porte à la publicité pro-IVG. Mais il fallait oser ce « visuel » que revendique aujourd’hui le Planning familial, accompagné de ses deux comparses habituels, l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (ANCIC) et la Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (CADAC). Un trio aux convictions interchangeables.

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Que découvrent les usagers des transports publics parisiens ? Un kaléidoscope de vi­sages du bonheur où s’ins­crivent trois mots-clés – sexualité, contraception et avortement – enjolivés d’un slogan : « Un droit, mon choix, notre liberté ». Une sentence qui a créé la polémique au moment de la Marche pour la vie du dimanche 20 janvier. Sur l’air de « si j’étais président de la République », les manifestants qui défilaient en faveur de « lois pour la vie » pouvaient considérer la campagne du Planning comme une nouvelle provocation. Cette 4e marche annuelle demandait à Nicolas Sarkozy que l’argent public finance « la venue au monde » plutôt que l’avortement selon les propos de Paul Ginoux-Defermont, porte-parole de la manifestation, repris par La Croix dans un article titré « Les ‘pro-vie’ reprennent espoir ». Dans Le Figaro, Delphine de Mallevoüe rapporte quant à elle l’indignation des manifestants contre la campagne de publicité du Planning familial, non seulement d’un point de vue éthique, mais encore d’un point de vie politique.
Le Conseil régional d’Ile-de-France a en effet déboursé 300 000 euros d’argent public pour les 600 affiches de 4 mètres sur 3 du Planning fa­­milial. Publiquement ancrée dans la gauche libertaire, l’organisation féministe n’avait pas hésité à prendre officiellement parti contre l’élection de Nicolas Sarkozy au printemps dernier. Est-ce en guise de re­merciement que Francine Bavay, vice-présidente Verte du Conseil Régional apporte aujourd’hui sa caution aux arguments très idéologiques du Planning ? En tout cas, l’affichage ne s’est pas déroulé sans faire réagir. Les usagers du métro ont ainsi pu découvrir sur les panneaux de certaines stations une version enrichie du visuel où trois grands autocollants proposent un tout autre éclairage sur l’avortement. L’absence d’un bébé, les larmes d’une femme, le remords d’un homme, trois façons de revenir à la réalité d’un acte à forte portée, et, peut-être, de permettre au débat de s’ouvrir sur un autre mode…

Cependant, c’est pour ses retombées médiatiques que cette campagne d’affichage pour l’avortement est conçue. Plus que l’impact difficilement me­­surable d’un slogan éculé apposé pendant dix jours sur un sujet si intime, c’est sa médiatisation qui permettent au Planning d’avancer ses pions. Sur toutes les radios et télévisions, des apparatchiks d’un féminisme qu’on disait en perte de vitesse se sont ainsi relayés pour délivrer leurs préceptes sur l’avortement. De ce geste, ils occultent désormais toute la composante douloureuse, alors que, ces dernières années, le ton des médias sur l’IVG avait perdu de son angélisme, des femmes de plus en plus nombreuses ayant témoigné qu’avorter n’avait rien d’anodin.
C’est ce retour en arrière qu’a dénoncé l’Alliance pour les Droits de la Vie dans un communiqué publié au premier jour de l’affichage. Son président, le docteur Xavier Mirabel juge l’affiche « réductrice et dé­responsabilisante, passant sous silence les besoins d’aide exprimés par de nombreuses femmes enceintes ». Et l’association conteste qu’« une collectivité publique puisse cautionner les revendications du Planning » alors que ce dernier n’a pas hésité récemment à se dire « solidaire » du médecin barcelonais incarcéré pour avoir pratiqué des avortements à 8 mois de grossesse en falsifiant les dossiers de ses clientes.

Avec cette campagne, le Planning franchit un pas de plus dans l’explicitation de son idéologie : « l’avortement doit être quelque chose de normal, banal » explique à l’AFP Maïté Albagly, secrétaire générale de l’organisation. Cette banalisation assumée entraîne un autre aveu : « Nous ne sommes pas dans une logique de réduction du nombre d’IVG ». Un revirement – ou plutôt une clarification de positionnement – en complète contradiction avec les constats officiels des pouvoirs publics qui estiment anormal le nombre de 220 000 IVG annuelles (dont 25 % en Ile-de-France, pour 18 % de la population).
Certes, le Planning aimerait les voir baisser chez les jeunes, mais sa recette surprend : « Il faut accepter qu’ils aient une sexualité » ! En considérant l’avortement comme une fatalité dans la vie des femmes, puisque 40 % d’entre-elles y auraient recours, le Planning fait pourtant un constat d’échec des campagnes de promotion de la contraception. Accoler pour la première fois les deux mots dans une même publicité, c’est confirmer une logique et exposer une contradiction.

Sans doute cette énième campagne n’aura-t-elle pas un retentissement pratique aussi fort que ses initiateurs le voudraient, la liberté étant rétive aux slogans injonctifs. Faut-il y déceler le baroud d’hon­­neur de féministes histo­riques désabusées, qui n’arrivent plus à mobiliser et se désolent du désenchantement observé chez les jeunes générations par rapport à la pilule, mais aussi à l’avortement comme symbole de liberté ?
Mais le Planning intimide toujours les pouvoirs publics, et garde jalousement son territoire. Le numéro d’appel vers lequel les Franciliennes seront encore orientées restera le sien sans qu’une alternative sérieuse leur soit proposée, sans qu’on leur dise la vérité sur l’acte et ses retentissements.
Pour faire avaler la pilule de ses revendications inces­santes (avortements plus tardifs, élargissement des critères à des motifs psychosociaux, revalorisation de la rémunération des médecins engagés dans sa pratique…), le Planning recourt à la dialectique du ressentiment. Selon lui – malgré le démenti des chiffres – les Françaises sont empêchées d’avorter, et de le faire à temps.
Même la récente autorisa­tion obtenue de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé de faire administrer par les Centres de planification l’avortement médicamenteux ouvre un nouveau front d’acrimonie : les femmes seraient sous-informées de cette possibilité.

Maïté Albagly désigne en bouc-émissaire cette « société judéo-chrétienne qui transmet une certaine morale et [où] on culpabilise toujours aujourd’hui les femmes de vouloir avorter », ces der­nières étant, se­lon elle, « perçues comme des femmes irresponsables ou en situation de détresse. » Encore une nouveauté : ce critère de détresse que prétendait poser la loi de 1975 est à ranger aux oubliettes. On veut imposer l’avortement comme indolore quitte à recourir au déni. « Les femmes qui disent regretter leur IVG » rétorquait sur le plateau de LCI le docteur Elisabeth Aubény, une autre féministe historique, « sont des femmes névrosées qui regretteront toujours quelque chose. » Vivement un féminisme alternatif.

T.D.


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