Commentaire du Père Michel Gitton

30e dimanche ordinaire C

2006

La pauvreté est un thème sensible au coeur des chrétiens. Il leur est difficile d’oublier la béatitude des "pauvres en esprit" et, à toutes les époques, l’appel à la pauvreté, tout comme l’invitation à l’amour des pauvres, ont réveillé des générosités incroyables. Malgré tout, le soupçon est venu : cette valorisation de la pauvreté sous toutes ses formes n’est-elle pas une complaisance malsaine dans ce qui diminue l’homme, au lieu de le faire grandir ? Prenons le temps d’écouter les lectures de ce dimanche qui, de diverses façons, nous renseignent sur le regard que Dieu porte, Lui, sur la pauvreté et les pauvres.

La première lecture est claire : le vieux sage sait que Dieu ne "défavorise pas les pauvres", et que, non content de faire mesure égale entre tous, sa bienveillance s’adresse par priorité aux plus faibles, justement parce qu’ils ont plus besoin que d’autres de l’intervention d’en haut, afin de s’en sortir, eux que défavorise la compétition économique. En réponse à cette bienveillance, le pauvre devine qu’il peut tout demander, jusqu’à l’importunité. Sa prière ignore le respect humain, parce qu’il a tout à gagner et rien à perdre.

L’Evangile, lui, nous parle de la pauvreté du coeur. Car le publicain n’est pas ce qu’on peut appeler un pauvre au niveau économique. il est au contraire un homme qui manie l’argent.
Mais sa pauvreté ne vient pas de là, elle découle de la conscience qu’il a de son indignité. A cause du métier qu’il fait, à cause des nombreuses occasions où il est amené à bafouer la Loi sainte d’Israël, il a conscience de son indignité et sa prière se fait humble et suppliante : « Seigneur, prends pitié du pécheur que je suis ». Avant même le ferme propos de changer de vie, avant même la réparation au moins symbolique du mal commis (cf. Zachée), la contrition, l’intime broiement du coeur à la vue du péché, le sauve. A l’inverse, le pharisien se situe comme un riche. Même si, pour la forme, il dit "merci", il se croit possesseur de ses mérites, il est installé dans un système où il n’attend rien. Le publicain supplie et sa prière déchire le ciel. Le pharisien se parle à lui-même plutôt qu’il ne s’adresse à Dieu.

Avec saint Paul, nous accédons à la pauvreté spirituelle du disciple au soir de sa vie. Il ne nie pas qu’il ait reçu, et beaucoup reçu, il reconnaît qu’il "s’est bien battu", mais, soutenu par la grâce de Dieu. C’est ce qui lui permet d’espérer une récompense qu’il estime méritée. Mais ces motifs de fierté n’empêchent qu’il est un pauvre, toujours aussi démuni devant la méchanceté de l’homme. Lui qui a vu se déployer dans sa vie la puissance de Dieu se sent toujours aussi fragile et exposé. Son assurance ne vient pas de lui mais de Dieu seul, dont il a appris à connaître un peu mieux les voies.

Cette pauvreté-là, comme les autres d’ailleurs, est une force.

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