3077-L’esprit d’Assise

lundi 18 juin 2007

La visite que Benoît XVI a rendue à la cité de saint François dimanche était attendue par tous ceux qui espéraient du Pape des éclaircissements sur sa pensée et son attitude quant au dialogue interreligieux. N’est-ce pas d’Assise, il y a vingt et un ans, que son prédécesseur avait lancé un appel à la concorde entre croyants dans le cadre d’un rassemblement inédit où s’étaient retrouvés tous les responsables religieux du monde ? On se souvient des polémiques nées de cette initiative audacieuse où Mgr Marcel Lefebvre s’était signalé par la radicalité de son opposition. On avait même évoqué des réserves de la part du cardinal Joseph Ratzinger, inquiet de quelques aspects ambigus d’une réunion où la symbolique de certains lieux liturgiques n’avait pas été respectée. Il est donc important que le successeur de Jean-Paul II apporte tout son discernement pour une meilleure compréhension de ce qu’on a appelé l’esprit d’Assise.

Les auditeurs du Pape n’ont pas été déçus lorsqu’ils l’ont entendu proclamer sur l’esplanade, à l’ombre de la basilique St-François : “Assise nous dit que la fidélité à ses propres convictions religieuses, la fidélité surtout au Christ crucifié et ressuscité, ne s’exprime pas par la violence et l’intolérance, mais par un sincère respect de l’autre, dans le dialogue, dans une annonce qui fait appel à la liberté et à la raison, dans l’engagement à la paix, et pour la réconciliation”. En une seule phrase se trouvent ainsi condensées toutes les exigences propres au dialogue interreligieux tel que l’entend l’Eglise catholique, et avec les inflexions dont le Pape est coutumier à propos de la rationalité de l’affirmation de la foi. Il y ajoute la liberté, ce qui correspond à la cohérence d’une démarche intérieure. Le caractère éminemment personnel, qui conduit à ce que John Henry Newman appelait l’assentiment et dont il formulait la subtile grammaire, suppose le respect rigoureux de l’intimité de la conscience en accord avec les chemins de l’intelligence.

Les qualités intrinsèques de la conduite religieuse ne sont évidemment pas étrangères à l’esprit de paix et de réconciliation. Elles en soulignent au contraire les conditions d’une façon qui écarte en même temps les illusions d’une entente trop facile et les périls liés à la fascination du choc des civilisations. Il est bien entendu que la perte relativiste et syncrétiste se trouve exclue comme inadéquate au respect des convictions et de la droiture de la foi et comme dangereuse même pour un projet de paix et de compréhension entre les cultures. Benoît XVI a donc repris les intuitions fondatrices de Jean-Paul II, exprimées à Assise en 1986 et encore en 2002 à la suite des événements de septembre 2001. Il les a fortifiées dans la mesure où il les a immunisées contre les idéologies qui tentent de les dénaturer et de les dissoudre dans une trouble équivoque.

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