Commentaire du Père Michel Gitton

2e dimanche de Carême C

2006

Comme pour tous les dimanches de carême, chacune des trois lectures qui nous sont offertes répond à une logique propre. La seconde, particulièrement, porte l’exhortation spirituelle que l’Eglise nous adresse un peu vigoureusement en ce temps de carême. Après nous avoir fait un peu trembler en nous parlant des mauvais chrétiens, qui vivent en "ennemis de la croix du Christ" (peut-on dire quelque chose de plus terrible ?), l’Apôtre poursuit en nous invitant à porter courageusement notre condition partagée : la tête au ciel et les pieds sur terre. Nous tenons la victoire et nous prenons tous les coups ! Le conseil est encore une fois : "tenez bon !". Le ton de tendresse qui traverse la dernière phrase et nous rappelle notre solidarité chrétienne nous rend plus supportable cette longue endurance.

Mais l’Eglise tient, en ce dimanche, à nous laisser entrevoir plus largement les vastes perspectives où s’inscrit notre combat au quotidien. C’est d’abord un épisode mystérieux de la vie d’Abraham le renouvellement de l’Alliance dans une scène nocturne qui n’est pas sans annoncer la Transfiguration dont nous entretiendra l’Evangile. Dieu promet, mais Abraham ne voit rien venir, sa foi n’empêche pas qu’il demande humblement un signe : "comment vais-je savoir ?". Le signe va être le "passage" de Dieu, tel un brasier ou une torche enflammée au milieu des quartiers d’animaux préparés par le patriarche. Comprenons qu’en ce temps-là, les rituels d’alliance entre deux souverains prévoyaient qu’ils passent l’un et l’autre au milieu des morceaux du sacrifice, pour indiquer le lien qu’ils voulaient établir entre eux, se condamnant, en cas de défection, à connaître le sort des victimes. Là, c’est Dieu seul qui passe, Lui seul qui s’engage. Abraham, à demi endormi, discerne ce signe dont il est comblé sans avoir rien fait d’autre que de préparer les éléments pour que Dieu agisse.

Avec la Transfiguration (classique en ce deuxième dimanche), nous avons un repère de plus. Le Baptême avait ouvert le ministère de Jésus par un signe trinitaire, la Transfiguration, située à peu près au milieu de la vie publique, révèle l’enjeu des épisodes contrastés de la mission galiléenne. Celui qui parle et agit, qui guérit et pardonne, qui partage la vie des hommes, est en même temps l’accomplissement e toute l’Histoire sainte (synthétisée par les deux figures de Moise et d’Elie, la Loi et les Prophètes) ; il est surtout le Fils bien-aimé (ou plutôt "choisi", "élu" de toute éternité, comme l’indique la variante de saint Luc, selon toute vraisemblance), que le Père nous dit d’écouter. Le Seigneur, qui a entraîné ses apôtres sur la montagne, n’oublie pas que le plus dur reste à faire : avec Moïse et Elie, il parle de son "départ", qui doit s’accomplir à Jérusalem, et nous savons ce que cela veut dire. Les trois qui l’accompagnent seront aussi les témoins de l’agonie à Gethsémani. La gloire entrevue n’est qu’une avance sur ce qui doit suivre, mais rien n’empêchera Jésus d’aller jusqu’au bout. Et c’est là qu’il nous entraîne : nous laissant deviner le bout de la route, déjà mystérieusement présent dans chacune de nos liturgies, et ne nous dispensant pas du rude chemin qui mène à Jérusalem et qui, pour nous, cette année encore, prendra la forme de notre montée pénitente vers les Jours saints

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