Commentaire du Père Michel Gitton

29e dimanche ordinaire C

2006

Les lectures de ce dimanche nous invitent à la prière instante et aussi à l’insistance "à temps et à contretemps" dans l’annonce de Parole. En d’autres circonstances, on nous recommande la discrétion, et Jésus nous dit de ne pas rabâcher, comme les païens. Preuve que la réalité est complexe et qu’il faut se garder de réduire à quelques formules la richesse de ce que nous donne le Seigneur !

Mais, puisque insistance il y a, on commence par la grosse artillerie : la prière de Moïse pendant la bataille contre les Amalécites au Sinaï. Moïse, qui ne combat pas lui-même, se tient sur la montagne et prie les bras étendus. Quelle merveilleuse image de notre prière qui dure et qui pèse ! C’est ainsi que s’exprime le poids de sérieux de notre demande, et la confiance que nous mettons en Dieu. L’exaucement est à ce prix. Non pas qu’on achète les faveurs de Dieu par nos prières, mais notre demande et notre patience entrent comme de mystérieux ingrédients dans son plan, ouvrant la voie à la venue de sa grâce notre monde. C’est l’oubli de notre Créateur, l’absence de regards jetés vers lui qui maintiennent ce monde dans son opacité et empêche Dieu d’y agir.

Jésus s’arrête davantage sur notre expérience intérieure dans cette prière qui dure et qui paraît infructueuse. Grâce à une savoureuse parabole, pleine de paradoxes et d’humour, il compare Dieu à un juge injuste. C’est bien ainsi que nous l’imaginons spontanément, quand l’urgence se prolonge et que nous ne voyons rien venir à l’horizon. Jésus, comme souvent, prend au mot nos conceptions trop courtes et en les reprenant les fait éclater. Même ce juge inique est capable d’entendre la requête si elle lui parvient avec une rare obstination ! La justice de Dieu échappe à nos prises, elle n’est pas la faveur facile d’un Dieu débonnaire, elle n’a rien de la froide équité qui est censée régir les rapports sociaux. En un certain sens, oui, "elle se moque des hommes" et de leur prétention à la justice, et elle "ne respecte pas Dieu", c’est-à-dire l’idée que nous nous en faisons, elle vient nous déranger, pour mieux nous combler. Et c’est pourquoi le Seigneur semble si souvent tarder, se réservant les occasions inespérées de sa venue parmi nous. Reste la nécessité de tenir, sûrs que rien n’est perdu de notre prière, que tout a été vu, gardé, et que nous en verrons le fruit à l’heure imprévue et connue de Dieu seul. Mais, devant l’épreuve que représente cette attente, Jésus nous convie à tenir bon, pour ne pas lui offrir le spectacle désolant d’une foi qui se serait tarie sur la terre.

C’est dans ce cadre que saint Paul peut recommander à Timothée de tenir bon dans sa charge de "veilleur", charge de proclamer sans répit la Parole, de la faire parvenir partout. Parce que notre monde doit vivre ce temps comme celui d’une attente, il importe que le missionnaire chrétien, et, derrière lui, tout baptisé, n’hésite pas à réveiller les endormis et à fortifier les faibles.

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