2983-Espagne : Le risque de contagion

vendredi 1er juillet 2005

Baroud d’honneur ou réveil des consciences ? La grande marche madrilène contre la loi instaurant en Espagne le mariage et l’adoption homosexuels ne devrait pas empêcher le texte d’entrer en vigueur cet été, avec, pour la France un risque de contagion.

Madrid, 18 juin 2005 : la rue s’éveille. Immense – et pacifique – armée. Difficile à dénombrer d’ailleurs à en croire la variété des chiffres avancés (de 160 mille manifestants à 1,5 million selon les camps). On se croirait en France le 31 janvier 1999, sauf qu’à l’époque, un judicieux système de comptage avait évité pareille controverse. Mais pour le reste, les foules rassemblées à plus de six ans d’intervalle dans les deux capitales ne sont pas si différentes. La manifestation espagnole a eu quelque chose d’un second round de la française. Madrid conteste une loi en passe d’instaurer le mariage et l’adoption homosexuels ; Paris s’opposait à ce qui en était la prémisse : le pacs, véritable cheval de Troie des nouvelles revendications du lobby homosexuel en Europe.

Certes, pour certains observateurs qui notent que ces marches n’arrivent que vers la fin des processus législatifs, ce ne sont que des barouds d’honneur, sursauts de franges conservatrices de la société devenues minoritaires. L’inéluctable accélération des mœurs les aurait déjà dépassées. D’ailleurs, malgré son rejet logique par le Sénat, la loi espagnole devrait entrer en vigueur dès l’été. Mais pour d’autres, qui notent que ce sont toujours des minorités convaincues qui ont changé le monde, de nouveaux modes d’expressions prometteurs sont inaugurés. Ces foules témoignent d’une autre conception de la solidarité et de la protection des plus faibles, et de façon positive. A plus de six ans d’intervalle, les défilés sont également familiaux et festifs. Ici et là, les enfants sont au cœur des slogans. On a parfois oublié en France que le motif principal de la mobilisation contre le pacs, c’est bien la menace de la "parentalité gay", contrairement à ce que prétendait le garde des Sceaux de l’époque, Elisabeth Guigou. Les dénégations sincères de l’ancien Premier ministre, Lionel Jospin, aujourd’hui isolé au Parti socialiste sur cette question, ne font que confirmer la réalité du traquenard dans lequel il s’est laissé entraîner – et la France avec.

Paris – Madrid : la comparaison ne s’arrête pas là. Dans les deux cas, les organisateurs ont pris soin de ne pas entrer dans la surenchère d’agressivité qu’attend le lobby adverse. Même si, ici et là, un caméraman avisé trouvera toujours à capter, en marge des slogans officiels, les propos caricaturaux de quelque manifestant. "L’Eglise n’accepte pas que les homosexuels fassent l’objet de plaisanteries, d’insultes ou d’expressions inhumaines. Ce sont des personnes qui méritent tout notre amour, notre soutien et notre aide" avait prévenu au mois d’avril le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la famille. C’est que, dans les deux cas, ce sont les organisations chrétiennes qui fournissent le gros de troupes des manifestants. Dans ce qui fut la "très catholique" Espagne, une vingtaine d’évêques, dont un cardinal, ont été jusqu’à marcher en tête du cortège comme le firent il y a près de vingt-cinq ans leurs homologues de France pour l’école libre. Il serait cependant injuste de reprocher aux évêques de France de s’être désengagés quand le pacs était en débat. C’est davantage par souci d’efficacité que par excès de prudence qu’ils laissent les laïcs défiler dans la rue. La légitimité pour l’opinion publique des prises de position des autorités religieuses dans les débats politiques est plus faible en France que partout ailleurs dans le monde. De plus, en 1998, la conférence épiscopale française était courageusement montée au créneau contre le pacs : son communiqué dénonçant un texte "inutile et dangereux" reste un modèle du genre.

N’osait-il pas – à la manière du Christ dans l’Evangile – se référer à une intention subversive dissimulée derrière une question piégée ? Aujourd’hui encore, de façon plus informelle, les évêques français ne cessent d’alerter les politiques sur le même sujet, mais ces derniers leur avouent bien souvent, en privé, leur impuissance à endiguer la vague gay. Le risque de contagion à la France du nouveau mariage espagnol est donc sérieux. D’ailleurs, le soutien apporté à ses collègues espagnols opposés à la future loi par Franck Meyer, porte parole des douze mille maires de France déjà signataires de l’Appel son Appel de maires pour l’enfance, ne trompe pas.

Trugdual DERVILLE

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