Commentaire du Père Michel Gitton

28e dimanche ordinaire C

2006

L’homme sort grandi de l’épreuve du don d’autrui, s’il a su le reconnaître pour tel. Car ce n’est pas une mince affaire que de se découvrir gratifié de l’attention gratuite de cette personne semblable et différente qui me fait face. Je peux prendre ce présent pour une prison qui m’oblige (en tous les sens du terme). Je peux le saisir comme une proie ou un dû. Je peux le recevoir d’un air boudeur et distrait. Accueillir le don suppose que je me dessaisisse assez de moi-même pour reconnaître l’autre dans la grâce de sa générosité et que je me reconnaisse aimé, sans chercher à égaler ce cadeau, du moins pour l’immédiat, sans me sentir diminué pour autant.

Jésus, dans l’épisode du lépreux guéri, - comme Elisée dans l’histoire de Naaman - accueille les marques de reconnaissance qui lui sont prodiguées, et- y voit quelque chose qui fait grandir l’autre, lui permet d’être vraiment et profondément guéri de tout ce qui le diminuait. Et cette guérison glorifie Dieu, parce que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant.

Il y a peut-être plus encore dans l’épisode évangélique. Le geste du lépreux samaritain a ceci d’étonnant qu’il n’accomplit pas la recommandation de Jésus d’aller se montrer aux prêtres (aux sacrificateurs du Temple de Jérusalem). Et pour cause : lui, le Samaritain, n’a pas accès à la sainteté du Temple, spontanément il a compris que la seule possibilité pour lui d’approcher de la grâce de Dieu est de se tourner vers Jésus, vrai et unique prêtre officiant du culte en Esprit et en Vérité. Et c’est pourquoi il revient vers Lui, au lieu de s’éloigner comme les autres, contents d’un don dont ils ne mesurent pas les exigences.

La reconnaissance ne va jusqu’au jusqu’au bout que si elle se fait adhésion, libre participation aux vues de l’Amour. C’est ce que saint Paul a perçu et qu’il indique à Timothée. "Souffrir pour le Christ" n’est pas une manière sentimentale de parler, une mise en valeur suspecte de la souffrance. C’est une manière concrète de situer sa vie dans le prolongement de la grâce reçue. Non que le Christ exige une somme de sacrifices en compensation des dons qu’Il nous fait, mais parce que sa grâce, c’est précisément de nous traiter en adultes et de nous rendre capables d’agir en union avec Lui pour le salut du monde.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.