Commentaire du Père Michel Gitton

26e dimanche ordinaire C

2006

Notre habitation ici-bas est régie par le temps. Temps de la naissance et de la mort, temps de la conversion et de la grâce. Notre malheur est de ne pas saisir justement ce rapport au temps, de le gâcher par la hâte et l’inquiétude, ou de le laisser couler sans but, attendant qu’il procure seulement l’éphémère satisfaction de nos besoins.
Tel est le cas de celui que nous appelons le "mauvais riche" ; même si le texte n’insiste guère sur le mal qu’il commet, il est au moins clair qu’il s’étourdit de plaisirs, au point d’oublier ceux qui souffrent à proximité de sa maison. Sa vie est remplie de ces satisfactions qui lui sont devenues nécessaires : les plaisirs de la table et le luxe vestimentaire. Cela se renouvelle "chaque jour". Sa vie n’a plus d’autre horizon que ce présent sans but. C’est pourquoi il a tant de mal à admettre qu’il puisse y avoir une rupture ; même au-delà de la mort, il voit encore les choses comme si tout devait continuer comme avant : les pauvres au service des riches, monde centré sur lui et sa famille.

Le reproche d’Amos contre la "bande des vautrés" est du même ordre. Ceux qui festoient, alors qu’Israël et Juda sont menacés par leurs ennemis, s’étourdissent un moment mais le réveil sera terrible. La recherche effrénée du plaisir va de pair avec un oubli du temps que Dieu nous donne, une manière de se cacher dans une bulle sans plus regarder en face la vie qui nous est proposée, sans plus chercher à y faire des choix et inventer la suite. Cette fuite est proprement effrayante, elle rend l’homme étranger à son histoire, dépossédé de son humanité.
C’est pourquoi le résultat, poussé à ses ultimes conséquences, est l’enfer, c’est-à-dire une soif inextinguible, dans un isolement total. Celui qui a asséché peu à peu dans sa vie toutes les sources d’eau vive ne connaîtra que cette aridité insupportable. Celui qui s’est méthodiquement coupé de toute vraie relation avec autrui ne connaîtra que l’éternelle solitude, c’est lui qui aura créé ce "grand abîme" au milieu duquel il trône dans son autonomie dérisoire. L’enfer n’est jamais, après tout, que la prise au sérieux par Dieu de notre libre enfermement.

Tout à l’inverse, saint Paul nous dévoile ce que peut être un rapport juste à ce temps où Dieu nous a placés pour apprendre à aimer. A son disciple Timothée, il révèle la qualité du présent, cet aujourd’hui de Dieu qui demande à être vécu dans la mémoire de ses hauts faits passés et l’attente confiante de son ultime intervention. Ce point fragile où nous sommes est le résultat de mille attentions de Dieu qu’il faut apprendre à déchiffrer et à relire dans la reconnaissance, il est aussi l’ébauche, bien insatisfaisante encore, d’un accomplissement que nous attendons de la manifestation du Seigneur. Le temps n’est plus un temps "perdu", un temps "gâché" ; il devient le terrain de notre expérience filiale, le lieu de notre apprentissage du ciel.

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