Commentaire du Père Michel Gitton

25e dimanche ordinaire C

2006

L’évangile de l’intendant malhonnête suscite toujours des interrogations, et provoque même un véritable scandale : comment Jésus peut-il proposer en modèle un personnage aussi immoral ? On feint souvent de ne voir dans la parabole qu’un éloge suspect de l’habileté et de la débrouillardise. Restitué dans son contexte, et avec le parallèle du texte d’Amos dans la première lecture, nous saisissons mieux qu’il ne s’agit de rien de tel.

L’accent est plutôt mis sur le détachement nécessaire : "Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent". Celui pour qui l’avoir est tout ne connaît plus de repos. Il est sans cesse inquiet et cherche à se rassurer en poursuivant l’acquisition à tout prix, l’acquisition pour l’acquisition. Il cherche son intérêt au détriment de tout autre. Il est prêt à écraser le pauvre, comme on le voit bien dans le texte du Prophète. Il ne voit dans les jours de congé liés aux fêtes d’Israël que des contraintes qui empêchent la productivité. La riposte vient, cinglante, au nom de la "Fierté d’Israël" : "Non, jamais je n’oublierai leur méfait".

Cette protestation nous aide à comprendre, en positif, ce que recommande Jésus : une liberté intérieure face à la possession, qui nous permette d’user de l’avoir, de l’argent, des biens de ce monde, mais dans l’optique d’une réalité plus haute, comme de simples moyens au service de Dieu et du prochain. Dépenser de l’argent pour faire un cadeau royal au pauvre qui n’en demandait pas tant, liquider nos garanties pour venir en aide à celui qui en a vraiment besoin, perdre le nécessaire pour gagner le ciel, ce sont des coups d’audace qui font soudain avancer notre vie dans le sens d’un plus-être. Et c’est bien cela que le Seigneur, malicieusement, retient dans la petite histoire de l’intendant trop avisé : il a compris à temps que sa position installée n’allait pas durer longtemps, alors il a risqué le tout pour le tout, il a profité de ce dont il avait (pour peu de temps encore) la charge pour gagner les faveurs d’amis haut placés. A nous d’en faire autant avec ce bien fragile qui nous est confié.

Saint Paul, dans un autre registre, nous donne une pareille leçon de réalisme spirituel quand il nous demande de prier pour ceux qui nous gouvernent. Tant que nous regretterons le passé, tant que nous cultiverons des pensées revanchardes sur le monde et la société, nous serons en position de faiblesse, et sans doute loin de la confiance en Dieu maître de l’histoire. Même si le cours des choses ne se passe pas comme nous voudrions, ne nous enfermons pas dans notre tour d’ivoire, ne nous laissons pas empoisonner par nos rancoeurs. Acceptons de prier pour nos chefs d’Etat (et du temps de saint Paul, celui dont dépendaient les chrétiens s’appelait Néron), acceptons d’intercéder pour ce monde triste et malade qui nous agresse souvent, et nous serons ainsi bien plus efficaces, quoique sans illusions.

En nous délivrant des idoles, Dieu nous veut libres pour Lui.

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