Commentaire du Père Michel Gitton

24e dimanche ordinaire C

2006

Des trois paraboles de la miséricorde aujourd’hui proposées, deux seulement (celle de la brebis et celle de la drachme perdue) font partie de la lecture obligatoire de ce dimanche, donc
l’évangile de l’enfant prodigue, si capital soit-il, n’est pas au centre de la configuration que nous propose l’Eglise en ce dimanche. Notons d’ailleurs qu’il nous a été lu cette année pour le IVe dimanche de carême.

A l’évidence, le thème de la perdition et du retour en grâce est récurrent dans les trois lectures. Le passage de l’ Exode a l’avantage de nous le montrer sous un jour dramatique. Le péché, quelle qu’en soit l’application, est toujours, à l’instar du veau d’or, idolâtrie. Ce qui veut dire non pas tant culte d’une image, vulgaire ou prestigieuse, de quelque dieu exotique, mais mainmise sur le vrai Dieu (le veau d’or ne se veut pas autre chose qu’une représentation de Yahvé, le Sauveur d’Israël). C’est une manière de réduire le contact avec la divinité à un rapport de maîtrise où l’homme s’assure des bienfaits divins et la présence rassurante du surnaturel. Au lieu d’accepter les libres initiatives de Dieu, avec le risque de son silence et l’imprévisible de ses manifestations, il est plus simple de l’avoir à disposition, dans une forme évocatrice - ou du moins de le croire. La gravité de l’idolâtrie n’est pas quelle offense Dieu, mais qu’elle blesse l’homme, épuise son élan vers le beau et le bien, l’asservit aux choses visibles, c’est-à-dire à l’influence du démon. C’est pourquoi Dieu est si sévère et va pousser Moïse à une intense intercession. Comme avec Abraham, mais avec plus de succès, Dieu confie à Moïse la tâche de la miséricorde. Devant la sainteté de Dieu, il devra porter laborieusement son peuple et compenser la fermeture due à l’idolâtrie, le repli narcissique sur soi, sur son intérêt, par l’ouverture d’une générosité sans faille, allant jusqu’à accepter d’être lui-même dépossédé de la promesse pour que ses frères en bénéficient.

C’est ce drame qu’il faut lire à l’arrière-plan des paraboles de Jésus. Le péché n’est pas une mince affaire, une défaillance dont Dieu aurait bien tort de garder rancune à l’homme si petit et si fragile. C’est un échec pour Dieu, une "perte" à laquelle il ne parvient pas à se résigner : l’homme est perdu en tous les sens du mot, il n’a plus d’avenir, plus de possibilité d’avancer. Les textes de l’évangile de ce dimanche ne cherchent pas à nous dire comment Dieu va délivrer l’homme de lui-même et lui retirer le venin de l’idolâtrie. Ils nous donnent juste le résultat : la joie, la joie folle, d’une retrouvaille inespérée, d’un amour renoué. Mais l’évocation de cette joie nous fait comprendre qu’il n’y a rien là de mécanique : aucune issue obligée (Dieu nous aime tellement que de toute façon…...), aucun dénouement programmé d’avance, comme le happy end d’un roman à l’eau de rose.

Saint Paul témoigne quant à lui de la réalité de cette aventure. Il sait le passage du péché à la grâce, des ténèbres à la lumière. Son idolâtrie à lui, son "blasphème", c’est d’avoir longtemps cru Dieu incapable de s’abaisser jusqu’à nous donner son Fils, c’est d’avoir préféré la sécurité que donne la Loi à l’aventure de la grâce. Mais il sait maintenant cette joie qui est la joie de Dieu. Et toute sa mission a été de la partager, car il a bien compris qu’un don si grand, si inattendu, n’était pas pour lui seul.

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