Commentaire du Père Michel Gitton

23e dimanche ordinaire C

2006

C’est un peu au jeu de "qui perd gagne" que nous invite ce dimanche le Seigneur. Le passage de la Sagesse nous avait avertis : lourds comme nous le sommes, nous avons du mal à entrer dans les pensées divines. Pour nous, "un ’tiens’ vaut mieux que deux, tu l’auras’". Nous n’aimons pas risquer la sécurité de l’acquis pour des promesses, si belles soient-elles.

Pourtant Dieu est comme cela, il est le contraire du propriétaire assis sur son magot. La joie du Père est de faire de la place à son Fils, de tout lui remettre, sans réserve. Son pouvoir, son autorité, est un effacement, une ouverture à l’infini. Alors ne nous étonnons pas de voir Jésus nous tracer un singulier programme où la dépossession, le renoncement, l’oubli de soi sont la règle pour qui veut le suivre. Ne nous étonnons pas surtout de le voir justifier ces exigences inhumaines par des considérations d’intérêt bien compris. Celui qui agira ainsi est comparable à un sage bâtisseur qui mesure ses ressources avant d’entreprendre le travail, ou encore à un roi qui ne se laisse pas embarquer dans une guerre où il n’a pas la supériorité de l’effectif. Paradoxe ! Se laisser dessaisir de tout par amour du Seigneur est donc, en fait, le secret du bonheur, le seul moyen raisonnable d’atteindre le but de notre vie. Ce n’est pas en défendant coûte que coûte des joies fugaces et en partie illusoires que je trouverai la vie et la joie. Seules les mains ouvertes permettent à Dieu de nous combler. A l’image du Dieu-Trinité, nous sommes faits pour excéder nos limites et nous réaliser dans le don.

De cela, nous avons un exemple très concret dans la savoureuse histoire de l’esclave Onésime. Celui-ci, comme fugitif, est passible des châtiments les plus sévères, mais ne voilà-t-il pas qu’il est venu trouver saint Paul dans sa prison et s’est sincèrement converti au Christ, au point d’être baptisé. Dans la lettre qu’il lui confie pour son maître, l’Apôtre ne se contente pas de plaider sa cause ; il propose à son maître de faire l’expérience d’un marché inouï : non seulement recevoir Onésime sans le châtier, mais l’affranchir, et ainsi, au lieu de l’esclave qu’il avait perdu, de retrouver un frère. Le vrai gagnant dans l’affaire sera Philémon, qui, en acceptant de perdre une possession bien précaire, va trouver un bien définitif.

Si le billet de saint Paul nous est parvenu, c’est que le destinataire l’a pieusement conservé et donc qu’il a dû s’exécuter, pour sa plus grande joie.

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