Commentaire du Père Michel Gitton

1er dimanche de Carême C

2006

On chercherait en vain dans les lectures de ce dimanche un fil conducteur, chacune est appelée par une logique différente : l’Evangile nous donne le récit des Tentations de Jésus au désert, comme c’est l’usage en ce premier dimanche de Carême, pour nous montrer comment Jésus a pratiqué, lui, son Carême. La première lecture nous donne le maillon initial de l’histoire du premier Peuple de Dieu, qui se poursuivra dans les semaines suivantes ; aujourd’hui nous avons, résumée, l’histoire patriarcale, la migration du clan d’Abraham de l’Euphrate au Nil. Quant à la lecture de l’apôtre Paul, elle nous indique, et ceci est important au début de notre marche vers Pâques, le mécanisme de la justification et du salut, qui commence par une adhésion du cœur aux vérités centrales de la foi et se poursuit par une confession explicite de cette foi, aboutissant aux sacrements.

Néanmoins, derrière tous ces éléments précieux qui valent chacun pour eux-mêmes, nous pouvons retrouver cette conviction fondamentale que l’homme ne se sauve pas lui-même et qu’il lui faut accepter de se mettre en mouvement pour retrouver le chemin de la maison paternelle. C’était déjà le thème de l’appel d’Abraham qui doit apprendre à partir, à quitter le cadre familier pour s’aventurer sur un chemin où sa seule garantie est la parole entendue, qui renouvelle ses interventions aux étapes-clefs et précise ainsi, peu à peu, la direction. En feignant d’attribuer à un seul personnage, d’ailleurs non nommé, une grande partie de cette histoire, le “ petit credo historique ” (comme on l’appelle) du Deutéronome nous montre que ce trajet de foi est celui de tout israélite et finalement de tout homme. Si le péché est enfermement dans les sécurités que donnent les cultes de la fécondité et l’idéologie des pouvoirs politiques, le peuple de Dieu apprend cette “ pauvreté ” qui prépare sa liberté.

Saint Paul, en s’inspirant d’une autre phrase du Deutéronome, nous montre bien ce qui unit la foi d’Abraham à celle du croyant qui adhère au message du salut. Accepter Jésus-Christ, Fils de Dieu venu parmi nous, mort et ressuscité dans la chair, désormais assis à la droite de Dieu, le suivre et lui conformer sa vie, c’est proprement s’expatrier, quitter les rives hospitalières des religions naturelles, des philosophies à la mode, des pratiques ésotériques, etc. C’est s’aventurer dans une relation inédite avec un Dieu qui se révèle et se laisse chercher, qui nous dessine une tâche et nous confie notre prochain.

Il ne reste plus qu’à entendre l’évangile des Tentations. Le récit de saint Luc nous fait assister, à la mise en route de Jésus, qui quitte le Jourdain et l’oasis de Jéricho pour la solitude inhospitalière du désert où il sait bien qu’il rencontrera l’Ennemi, familier de ces lieux. Jésus, comme le lutteur qui s’avance seul face au champion de l’armée adverse, va se mesurer à notre place avec le Tentateur. Au lieu de se laisser surprendre, il va le défier sur son propre terrain. Là encore, la condition humaine apparaît dans sa vérité : il s’agit de faire un premier pas, de s’exposer, non d’abord à l’Ennemi, mais à la Parole de Dieu, qui nous convie à une vie plus haute et plus forte. Ce chemin est jalonné d’épreuves, mais à la différence des fallacieuses sécurités de la vallée, l’adversaire est obligé de s’y montrer et de dévoiler son odieux chantage. Là où l’homme d’habitude vit dans la complicité inconsciente avec le mal, celui-ci prend ici un visage. Il ne nous reste plus, comme Jésus, qu’à tenir bon, en s’abritant dans la Parole de Dieu.

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