Commentaire du Père Michel Gitton

17e dimanche ordinaire C

2006

Nous savons tous que le texte du Notre Père figure dans deux évangiles : celui selon saint Matthieu et celui selon saint Luc. Or, de l’un à l’autre, le contexte diffère grandement et l’insistance est loin de porter sur le même point. Dans saint Matthieu, Jésus délivre le Notre Père comme la prière concise
et forte qui tranche avec le bavardage des faux dévots qui croient se faire entendre de Dieu à force de paroles, l’accent est mis sur l’attitude de pardon requise pour réclamer le pardon divin. Dans saint Luc, au contraire, le Notre Père est donné comme l’écho de l’expérience personnelle de Jésus, un aperçu de sa vie intérieure et l’accent est mis sur la demande confiante, instante, voire importune. Richesse de la Parole de Dieu, porteuse d’une telle diversité d’implications ! En tout cas, le ton est donné et ce dimanche, nous sommes invités à méditer sur le Dieu qui accueille la prière têtue, obstinée de ses enfants. Les formules de Jésus sont magnifiques et elles nous encouragent plus que toute considération à frapper à la porte avec une confiance tenace. "Frappez et l’on vous ouvrira". Nous qui nous décourageons si vite, qui croyons que Dieu est sourd, alors qu’il nous fait franchir l’épreuve qui creuse notre confiance et notre amour !

L’évocation de la prière d’Abraham en faveur de Sodome est située là bien à propos. Nous trouvons dans l’intercession du Père des croyants le jeu de la grâce, qui veut se servir des hommes, de leur prière et de leur amour, non pour arracher au ciel des faveurs, mais pour faire avancer l’œuvre de Dieu dans le monde. Si l’on voit si souvent dans la Bible Dieu et l’homme affrontés dans une prière où l’homme paraît contraindre Dieu (cf. le combat de Jacob ou encore l’intercession de Moïse pour son peuple), ce n’est pas parce que la bonté serait du côté de l’homme et la sévérité du côté de Dieu, c’est parce qu’il s’agit de faire avancer l’homme, de le faire peu à peu communier aux pensées divines en s’offrant lui-même davantage afin que puisse s’accomplir à travers lui la miséricorde de Dieu. Alors pourquoi l’opération ne réussit-elle pas ici ? Tout simplement parce que Abraham, encore trop craintif, trop pénétré des modèles païens de la divinité, n’ose pas aller assez loin et croire qu’un juste, un seul, puisse racheter aux yeux de Dieu le péché de toute une collectivité.

Avec Jésus, ce pas est franchi et c’est ce que nous montre saint Paul. Sur la croix, dans l’offrande du seul Juste que la terre ait porté, le "billet de la dette" est définitivement cloué, annulé. Jésus a été jusqu’au bout, non pour contraindre un Dieu sévère à faire grâce au vu des souffrances de son Fils, mais parce qu’un homme, enfin, a porté jusqu’au bout le poids de l’intercession, faisant rentrer dans les fibres de notre nature humaine cette grâce du don confiant, de l’abandon fidèle qui recouvre tous les péchés, rattrape toutes les révoltes orgueilleuses et guérit les ravages de notre égoïsme.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.