AVORTEMENT

17 ans et marquée pour la vie

par Frédérique de Watrigant

lundi 16 mars 2015

C’est un tout petit livre mais il est à donner à ceux qui doutent encore que l’avortement soit vécu comme un drame pour celles qui le subissent. Colombe Schneck fait un simple récit qui se déroule en 1984 : il n’y est pas question de morale, ni de liberté mais de quelque chose de beaucoup plus grave qui s’appelle la vie et la mort.

Elle avait 17 ans et ne connaissait la souffrance que par la littérature. Choyée par ses parents, elle n’a jamais été privée de rien. Elle s’apprête à passer son bac, sans grande inquiétude, vient de découvrir Proust, habite le 6e arrondissement et s’habille en Agnès B. On l’a compris, Mai 68 n’est pas loin et surtout pas encore mis en question. C’est une jeune fille qui vit sa première relation sexuelle d’abord comme une expérience avec l’approbation tacite de ses parents, qui lui indiquent juste l’adresse d’un gynécologue. Le médecin est le seul à l’avertir que si elle ne prend pas la pilule, elle tombera enceinte. Mais quand on est encore une enfant dans sa tête, comment peut-on croire que l’on peut donner la vie ?

Il arriva très vite ce qui devait arriver. En quelques jours, la vie de cette petite jeune fille insouciante et heureuse bascule. Bizarrement c’est son père qui a les paroles les plus justes, qui ose lui dire que si elle choisit d’avorter, sa vie sera plus difficile. Colombe Scneck se contente de décrire les faits ; et elle n’y met aucun pathos. Mais en quelques pages, tout est dit, le choix de la mort tue non seulement son enfant, mais une partie d’elle-même. Parce qu’elle a fait entrer la mort dans son corps mais dans sa vie, celle-ci ne la lâchera plus. La mort, c’est d’abord ce silence dont elle va entourer l’événement et qu’elle ne brise que 30 plus tard avec ce livre. La mort c’est aussi celle de ses illusions sur la vie, qui n’est pas celle qu’on lui a promis. La mort, c’est enfin celle de son enfant, cet absent qui n’a pas de nom, mais qui l’a accompagnée tout au long de sa vie de femme, d’épouse et de mère.

Combien sont-elles ces femmes qui gardent leur secret, mais dont la vie a été détruite par un avortement, et à qui personne n’a eu le courage de dire qu’elles risquent d’en mourir ?

Colombe Schneck - Dix-Sept ans. Grasset

Messages

  • Je viens vous signaler aussi un autre livre sur le me^me sujet :

    Laetitia de Calbiac "Ne laisse pas les ténèbres me parler" aux Editions des Béatitudes

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