Commentaire du Père Michel Gitton

16e dimanche ordinaire C

2006

Quelle réciprocité Dieu demande-t-il à l’homme ? En demande-t- il vraiment une ? Si l’amour n’est jamais au niveau du "donnant-donnant", il ne saurait non plus se désintéresser de l’attitude de l’être aimé. Alors ?

Le récit de l’hospitalité d’Abraham à Mambré a toujours été vu comme le plus haut exemple d’accueil du Créateur par sa créature. C’est à ce titre qu’il a été l’objet d’innombrables représentations, en mosaïque ou en peinture. Dieu s’y présente comme il est, c’est-à-dire dans son être mystérieux, à la fois un et trois, la charité d’Abraham va consister à reconnaître et à accueillir cette charité divine, cet amour qu’est Dieu. Son accueil n’a rien de craintif ni de servile : il reconnaît la dignité de son hôte et réclame l’honneur de le servir. Même en tenant compte des habitudes orientales d’hospitalité, sa magnificence dépasse la mesure, le pain qu’il avait promis au(x) visiteur(s) se transforme en festin, sans qu’il le fasse remarquer. Il se tient debout près de lui (eux), dans l’attitude du serviteur, prêt à exécuter un ordre. Et c’est cette charité délicate, puisée à la source de Dieu, qui va recevoir en récompense la fécondité, une fécondité inespérée. Dieu n’est pas en reste en matière de don.

Saint Paul nous explique à sa façon la place qu’il est appelé à occuper dans la transmission des dons de Dieu. Son oeuvre est fondée sur une étroite association à la Passion du Christ et à sa Résurrection. Non que le Seigneur ait besoin de la souffrance de l’Apôtre, comme si la sienne n’était pas suffisante ! Le Christ nous donne tout gratuitement, sans rien exiger d’autre que notre amour. Mais sa façon à lui de nous prendre au sérieux, de nous faire bénéficier de sa force de Ressuscité, c’est de nous associer au processus par lequel il a sauvé le monde. Non, décidément, il ne "manque" rien aux souffrances du Christ pour son Corps, ou plutôt il ne manque qu’une chose, c’est nous, c’est la pierre que nous avons l’honneur de porter à l’édifice et qui nous construit en même temps que nous construisons l’œuvre de Dieu.

Tout cela nous prépare à lire le merveilleux épisode de l’évangile, la réception chez Marthe et Marie. Jésus s’y révèle à la fois critique, pour un service trop empressé, trop agité, qui s’étale et fait valoir ses mérites, et tellement sensible à l’écoute de Marie, à son attitude pleine de foi et d’attention qui lui permet de communier en profondeur aux pensées du Christ. Tout est là : Dieu est désintéressé de tout, sauf de notre amour. Il n’a besoin ni d’offrande ni de sacrifice, mais il attend nos coeurs donnés librement et notre humble participation à l’oeuvre de notre relèvement.

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