Commentaire du Père Michel Gitton

15e dimanche du temps ordinaire C

2006

"Quand on veut, on peut !" disent les uns. "Je voudrais bien, mais je n’y arrive pas !" répondent les autres. Tel est le dialogue de sourds qui se reproduit sans cesse, et même en nous-même, entre les exigences de la Loi et les faiblesses de la chair. Face à cette situation, le Christ n’est pas venu apporter de nouveaux développements à la Loi (en matière de charité fraternelle par exemple), ni une nouvelle insistance pour nous y obliger. Il est venu prendre en compte la situation réelle de l’homme blessé dans sa volonté, depuis le péché originel, pour le relever et lui rendre sa liberté.

Déjà le Deutéronome, à la fin de l’énoncé précis des lois d’Israël, nous laissait entrevoir que l’obéissance à la volonté de Dieu n’était pas le parcours du combattant, ou un idéal inaccessible pour le commun des mortels, mais que la Parole de Dieu, en ce domaine, était "tout près", "dans notre bouche et dans notre coeur". Loin de nous surplomber de toute sa hauteur, Dieu venait proportionner ses exigences à notre faiblesse. Première lumière sur notre route.

Saint Paul, dans le célèbre passage de la Lettre aux Colossiens, nous donne la clef du changement opéré par l’Incarnation. Jésus est le "premier né par rapport à toute créature" : il est donc de notre côté. Si Dieu le Père continue de nous attendre sur la ligne d’arrivée, il a envoyé son Fils se mettre avec nous sur la ligne de départ, pour faire avec nous l’épreuve de la course. C’est pourquoi il peut être dit le "chemin" (et pas seulement le but). C’est encore pourquoi saint Paul peut écrire que le Père "a voulu tout réconcilier par Lui (Jésus) et pour Lui, en faisant la paix par le sang de sa croix."

Ce n’est pas nous qui nous réconcilions, faisant un bout de chemin vers Dieu, qui, en retour, en ferait un dans notre sens. Cela, nous en sommes radicalement incapables. Jésus a fait tout le chemin, il a réalisé à notre place, et dans les circonstances les plus terribles, l’oeuvre d’adoration et d’obéissance filiales que nous n’arrivions plus à offrir. Et ainsi, positivement, il nous a réconciliés avec Dieu.

Alors seulement, nous pouvons entendre en vérité la parabole du bon Samaritain, sans l’appauvrir et la ramener à une banale leçon de service. L’homme tombé aux mains des brigands, c’est nous, c’est chacun de nous, dans l’échec de notre vie morale et spirituelle, dans l’incapacité d’aimer, d’être fidèle, de donner un sens à notre vie. Et Jésus, Lui, le plus étranger à notre manière d’être, l’homme de l’extérieur, le Samaritain, se fait le prochain de notre misère, la prend sur Lui, la porte comme il a porté la croix, après avoir soigné nos blessures par ses sacrements (signifiés ici par l’huile et le vin) et avant de nous confier à son Eglise, comme à l’auberge où nous pourrons prendre des forces "jusqu’à son retour".

C’est pour nous la seule issue : il s’agit d’accepter d’être soigné pour retrouver le dynamisme de notre vie faite pour Dieu.

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