Commentaire du Père Michel Gitton

14e dimanche du temps ordinaire C

2006

L’Eglise, qui vit depuis toujours du don précieux du Corps et du Sang du Christ, a éprouvé un jour le besoin de s’arrêter sur ce trésor et de le fêter pour lui-même. Cet "arrêt sur image" (un peu analogue à celui qui nous fait fêter, en une autre saison, la Croix glorieuse) est un privilège de ce mois de juin, dans le prolongement de la Pentecôte.

Les lectures qui nous sont proposées en cette année C attirent notre attention sur les lointains préparatifs de l’eucharistie dans la religiosité naturelle des hommes de tous les temps (symbolisée par la démarche de Melchisédech, première lecture) et dans les gestes du Christ au cours de sa vie publique (la multiplication des pains, l’évangile). C’est seulement là que nous retrouvons l’eucharistie proprement dite, avec le récit de l’institution (tel que nous le transmet saint Paul, deuxième lecture).

Mais nous pouvons aussi relire ces textes à travers les trois dimensions de l’eucharistie : sacrifice, présence et communion. Le texte de la Genèse nous montre le pain et le vin présentés comme des dons de bienvenue, c’est-à-dire comme une première forme d’oblation. L’homme sait depuis toujours qu’il ne peut se présenter les mains vides devant son Seigneur et Maître. Et, en Jésus, nous apprenons à faire de nos vies "cette offrande vivante, sainte, agréable à Dieu" (Romains 12, 1). Mais ceci n’est possible que parce que Lui-même l’a fait en perfection, et qu’il continue à le faire avec la matière de nos eucharisties. En elle, il s’offre à son Père d’une manière toujours renouvelée dans les dispositions oblatives de son cœur, au profit de tous les hommes.

Le passage de saint Paul nous dit bien l’intention du Seigneur Jésus de se livrer ainsi, pour réaliser la nouvelle et éternelle Alliance dans son sang. Mais le don ainsi réalisé ne se limite pas à effleurer en quelque sorte ces éléments matériels qui lui servent de signe, il les pénètre de part en part. "Ceci est mon corps", "Ceci est mon sang" a dit Jésus en rompant le pain et en partageant la coupe. Le réalisme du don va jusqu’à l’ irruption de son corps dans l’épaisseur de notre monde matériel. Derrière ce pain et ce vin, sans que les apparences soient changées en rien, c’est le Christ Lui-même qui a pris la place des éléments et s’y donne à notre foi et à notre amour.

Alors ne nous étonnons pas qu’un tel don aille jusqu’à l’union, c’est-à-dire que Jésus ne veuille pas seulement nous rencontrer mais qu’il ait voulu se donner en nourriture. La multiplication des pains en est l’annonce. Déjà le Seigneur s’était donné à cette foule qui le suivait, à travers sa parole et ses miracles. Mais il sent qu’il n’en a pas fait assez, tant qu’il ne les a pas nourris, c’est-à-dire fortifiés, réconfortés, tant qu’il n’a pas pénétré leur intérieur pour leur communiquer une part du feu qui brûle en Lui. Bien sûr, ce geste est encore provisoire et symbolique, mais il en dit tellement sur le cœur aimant du Sauveur !

Sachons goûter dans l’eucharistie l’extrême de cette volonté de proximité : "Donnez-leur vous-mêmes à manger !"

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