@ Dr. Edouard Belaga
Bonjour Docteur, et merci pour cette très intéressante, respectueuse, et enrichissante intervention.
Au risque de vous surprendre, nous partageons beaucoup d’avis, sans pour autant les exprimer de la même façon, ni avec la même approche, ou la même sensibilité...
Mais votre respect engendre forcément le mien en retour, ce qui est naturel.
Je reprends en particulier une partie très intéressante de votre post, qui mène précisément à ce qui semble être un des ponts les plus importants de ce sujet…
Vous écrivez ces lignes très intéressantes : « son cas est le cas d’automutilation, certes, avec l’aide de chirurgiens compétents.
[…] définition typique de ce phénomène, avec quelques idées pourquoi il se produise (Wiki) : L’automutilation est le fait pour une personne de s’infliger délibérément des blessures. Elle peut être faite dans plusieurs buts, comme se punir, ou pour se soulager de problèmes personnels ou professionnels."
Le terme « d’automutilation », ne me semble pas approprié, mais ce n’est finalement qu’un détail d’opinion inutile à débattre ici...
Je voudrai poser la question suivante : Qu’est ce qui, d’après vous, peut pousser une personne à s’automutiler (je reprends votre terme) de la sorte ? La définition que vous proposez offre déjà un petit panel de solutions.
Pourquoi une personne transgenre aurait elle besoin de « s’auto-punir » par exemple ? Peut être parce qu’on lui rabâche depuis le berceau que ce qu’elle pense et ce qu’elle ressent intimement et sincèrement, sans faire le moindre mal à personne est « mal », « honteux », « répugnant », « intolérable », « inacceptable », « dérangeant » … etc. au nom de la morale de certains « mieux-pensants » qui n’imaginent pas une seconde l’ampleur des dégâts que cause ce type d’idéologies et de doctrines.
Imaginez-vous la souffrance que ce rejet d’une différence (non souhaitée) peut engendrer ? Et la culpabilité qui en découle ? Culpabilité pour RIEN car ce sont des différences viables, qui ne dérangent ni ne sont dangereuses pour personne ! (mis à part ceux qui préfèrent s’occuper des fesses de leurs voisins plutôt que simplement des leurs, bien sur.)
Ici, je parle des personnes qui se font opérer pour finalement se « normaliser » en quelque sorte dans le genre qu’elles ressentent pour « légaliser » voir « légitimiser » ( !) leur identité aux yeux PRECISEMENT de ceux qui les rejettent.
Ce processus va mener une personne à modifier son corps chirurgicalement afin d’être plus « en conformité » avec les attentes sociales et morales justement, pour espérer être mieux tolérée (et non l’inverse) par l’entourage souvent hostile…
Je ne parle même pas de celles et ceux (et ils sont nombreux) qui se suicident uniquement à cause du fait qu’ils / elles sont homosexuelles ou transgenres, de peur d’avoir à affronter le rejet, les « recadrages moraux » (inutiles et sans effet), et les humiliations qui en découlent, non seulement pour elles mêmes, mais aussi pour leur proches.
(Rejet et humiliations que l’on rencontre, par exemple, ici même en lisant cet article, sur cet espace qui devrait être un lieu de tolérance, de compassion, et d’amour, et non pas un média pour attiser la haine, le rejet, et le malaise.)
Voici un lien (en anglais) sur le faramineux taux de suicide des personnes homosexuelles et transgenres avec quelques chiffres si le sujet vous intéresse : http://www.wegiveadamn.org/
Secondes « options » qui tend à expliquer une « automutilation » : « Se soulager de problèmes personnels ou professionnels. »
Je pense qu’il est très difficile d’imaginer le nombre de problèmes, de tensions, d’agressions de toutes sortes que peuvent provoquer le fait de naître avec un ressenti transidentitaire.
Lorsque ces tensions personnelles diverses (en grande partie crées par le regard, je jugement, et l’agression d’autres, il faut bien le rappeler) arrivent à leur paroxysme, le besoin de « prouver » son identité revendiquée pousse à se « normaliser » afin d’obtenir (ou espérer obtenir) une invisibilisation physique grâce aux interventions chirurgicales, sensées amener les gens à … vous foutre ENFIN la paix, tout simplement.
On espère la reconnaissance sociale que la société et la bonne morale n’a jamais daigné accorder du haut de ses immuables principes, et en devenant un peu plus « une femme » au sens ou l’entendent les gens les plus obtus, on tente bel et bien une INTERGATION sociale.
Mais là encore, les réactions sont variées, et parfois très violentes de la part d’un entourage qui ne comprend PAS (et c’est normal) ce ressenti ni ce besoin ni cet acte... Et qui réagit donc de façon totalement déplacée sur un acte intime qui ne regarde bel et bien que la personne elle-même, et personne d’autre.
Un acte d’intégration et de « normalisation » qui dans la tête de certains « spectateurs » ignorants du sujet et du ressenti des personnes concernées, serait un acte de « marginalisation » et d « anormalisation ».
Mais c’est à NOUS qu’il tient d’accepter ou non cet « effort ». (Car c’est est un !) A nous qu’il tient de soulager ou d’accabler de douleurs supplémentaires ces personnes…
Personnellement j’ai fait mon choix, et il me semble très conforme avec le message de compassion et de tolérance que propose initialement la religion.
Ce que je viens d’écrire ici, ce n’est pas pour vous contredire, ni (surtout pas !!) parler au nom de Martine dont le parcours et le ressenti n’appartiennent bien entendu qu’à elle.
Je voulais juste essayer, modestement de si possible, exposer une des pistes du rôle que joue la société, la politique, la religion, l’éducation, la famille et la morale dans ce processus qui mène des gens qui sortent légèrement des normes à de telles souffrances, et DONC, à de telles extrémités (NOTAMMENT le suicide).
Et ça, c’est suffisamment grave pour qu’on en parle, non ?
@Jérome
Jérome, je comprends très bien vos inquiétudes, et même tout ce qui peut vous amener à tenter de préserver une morale qui se veut rassurante à vos yeux, et que vous souhaitez (je peux parfaitement le comprendre) inculquer à vos enfants, par exemple, en tant que valeurs de vie, tel un héritage.
Je suis persuadée que les meilleures intentions vous animent, que votre foi est profonde, et que vous agissez dans ce sens certainement avec la conviction de « bien faire ».
Je n’ai pas la prétention de juger de ce qui est « bien » ou « mal », nous ne partageons pas les mêmes opinions, c’est tout, et je pense SINCEREMENT qu’il y a moyen, malgré tout, de se tolérer, et de vivre en bonne intelligence.
Si je me suis permise de réagir ici à cet article en particulier, c’est juste pour dire qu’on peut parfois faire beaucoup de mal à quelqu’un en pensant pourtant « bien faire » au fond de soi.
Que les principes qui nous conviennent à nous ne conviendront pas forcément aux autres, et rejeter l’autre à cause de sa différence, ou juste en partant du fait qu’il s’écarte trop de nos chers principes moraux, c’est injuste, ça fait mal, et ça fait des dégâts énormes.
La religion peut être un formidable outil d’épanouissement, mais peut devenir aussi une doctrine des plus meurtrières si on n’y prend garde. (Nous sommes aujourd’hui le 11 septembre, date qui nous rappelle un bien triste évènement justement relatif à cette vérité.) Le fanatisme, l’intégrisme, en bref, l’extrémisme n’ont absolument plus rien à voir avec la religion, mais sont uniquement basées sur les théologies morales, qui en ont découlé.
Tout est une question de dosage… certaines substances sont des remèdes à faibles doses, et deviennent des poisons en proportions plus fortes. Il en va de même, il me semble, pour tout, y compris la religion et la morale.
Que l’on s’injecte son poison, soit. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Mais qu’on l’injecte de force aux autres, je ne suis plus d’accord.
C’est tout ce qui compte en fait : le respect, la tolérance, et surtout L’EGALITE des gens, sur laquelle nous ne semblons une fois de plus, pas partager le même avis. Cette divergence d’avis sur l’égalité le respect et la tolérance n’est peut-être qu’un détail ici, dans ce post, sur ce site… mais concrètement dans la vie elle peut faire toute la différence pour tellement de gens entre le « bonheur » et le « malheur »…
Bref, l’idée de compassion qui est (ou devrait être en théorie) le moteur de toute religion.
Là aussi ça me semblait important qu’on en parle.
Sans rancune aucune Jérome =)
Bonne soirée à tous. (Et toutes)
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