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Veillée de prière à Notre-Dame

par Gérard Leclerc

lundi 21 novembre 2011


« Alors qu’un spectacle s’apprête à insulter la personne du Christ en croix, le cardinal André Vingt-Trois invite jeudi 8 décembre à 20h ceux qui le veulent à une veillée de prière à Notre-Dame de Paris au cours de laquelle seront proposées une méditation de la Passion du Christ et la vénération de la couronne d’épines. » Dans sa concision, ce communiqué de l’archevêque de Paris exprime tout l’enjeu de la querelle actuelle, à propos des pièces de théâtre qui blessent la conscience des chrétiens. Certes, il y a des différences considérables entre la pièce de Romeo Castellucci (Sur le concept du visage de Dieu) et celle de Rodrigo Garcia (Golgota Picnic). La première ne se veut pas hostile au christianisme, la seconde veut délibérément provoquer. Mais dans l’un et l’autre cas, c’est bien la sensibilité chrétienne qui est mise à l’épreuve, au risque de réponses musclées dénoncées par les partisans de la «  liberté d’expression  ».

Il y a fort à parier que ces partisans de la liberté réagiraient tout aussi violemment si on moquait leurs propres icônes et leurs causes militantes. Mais il est vrai aussi que la loi protège l’expression des opinions extrêmes et que toute une tradition voltairienne favorise la culture du déni et de la dérision à l’égard du domaine religieux. Peut-être y a-t-il dans ce type d’agression la chance d’un réveil spirituel. Lorsque nos convictions les plus intimes et nos sentiments les plus fondateurs se trouvent brutalisés, l’heure est venue de répondre ouvertement de la foi qui éclaire nos vies.

La difficulté, c’est de déterminer les moyens les plus appropriés à cette réponse, qui doit éviter les processus violents et tout autant l’abstention trop prudente. La veillée de prière à Notre-Dame aura pour but de faire méditer sur le mystère de la Rédemption, celui-là même que Rodrigo Garcia dénature à coups de psychanalyse sauvage. Ce en quoi il reflète toute une tendance de la culture contemporaine hantée par la foi qu’elle voudrait pulvériser. C’est à une culture explicitement chrétienne qu’il appartient de proposer une autre perspective, celle d’ailleurs dont témoigne l’art occidental que l’on veut prendre à contre-pied. Nous serons nombreux à Notre-Dame de Paris, en la solennité de l’Immaculée Conception, pour méditer et vénérer la Passion du Seigneur. Nous ne manquerons pas de prolonger également la lumière de cette veillée, par toute la créativité propre à interpeller nos contemporains sur le mystère de la Gloire et de la Croix. 

9 Messages de forum

  • 22 novembre 2011 15:13, par Grégoire Palamas

    Pourquoi les directeurs de théâtre qui accueillent ces médiocres pièces antichrétiennes écrites par des auteurs de troisième ordre ne montent-ils pas le "Mahomet" de Voltaire qui, lui, est un très grand écrivain ? Tous les amoureux de la langue française s’en réjouiraient.

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  • 22 novembre 2011 20:25, par Philippe Pouzoulet

    On aura compris où veut en venir Civitas après avoir écouté son dirigeant, M. Escada, qui s’est produit chez Eric Zemmour dans Paris Première.

    Civitas fait du lobbying pour une loi anti-blasphème. Où comment restaurer la France chrétienne en poursuivant l’offense devant le juge pénal...

    L’ironie de l’histoire veut que ce soit Tarik Ramadan, assis aux côtés de M. Escada, qui ait eu la parole de discernement, en disant comprendre "l’offense" ressentie par les chrétiens en raison du "Golgotha Picnic" mais en ajoutant que les moyens d’y réagir choisis par Civitas étaient "contre-productifs"... On ne saurait mieux dire.

    De fait, Le Monde s’est fait un plaisir de mettre en ligne la photographie de quelques moines venus conduire une prière musclée et tonitruante devant le théâtre toulousain où le spectacle est "commis" et dont le look farouche et le regard furibond n’auraient pas détonné dans un rassemblement de salafistes. Mais Dieu était-il dans ce concert de cymbales ?

    Il ne s’agit pas que d’une boutade. Nous avons affaire à des salafistes chrétiens qui, tablant sur la réaction de dégoût et d’offense de nombreux catholiques, comptent faire avancer leur projet de restauration d’Etat chrétien sinon au parlement, du moins dans les chapelles catholiques.

    M. Escada, qui ne manque pas d’air, à défaut d’avoir toujours l’onction de l’Esprit Saint, s’est payé à l’antenne le luxe de dénier au cardinal Vingt-Trois le droit de parler au nom des catholiques et de mettre sa parole au même niveau que celle de ce dernier. Cela s’appelle du relativisme.

    On nous permettra d’attendre patiemment la méditation du cardinal-archevêque de Paris le 8 décembre prochain, devant la Couronne d’épines. La moindre des choses, M. Escada, c’est d’écouter ce que les évêques ont à dire quand on se veut catholique...

    Il ne suffit pas de contempler le spectacle des insultes et des blasphèmes que d’aucuns, encore aujourd’hui, croient "artistique" de jeter à la face du Christ. Le Père Daniel-Ange y a magnifiquement répondu dans FC. Il faut encore que ce soit l’occasion pour certains catholiques de persévérer dans le très mauvais service qu’ils rendent à l’Eglise en fourvoyant un certain nombre de jeunes dans des happenings qui reproduisent par mimétisme les modes d’action des minorités bruyantes, sexuelles ou autres : "act up chrétien" pour cathos tradis...

    Du coup, l’on ne sait plus trop à qui s’adresse en priorité le " Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font"...

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    • Veillée de prière à Notre-Dame 23 novembre 2011 20:52, par Melmiesse

      il me semble que vous vous trompez de cible ce qui vous choque ce n’est pas le Christ outragé mais ceux qui manifestent leur désapprobation ! j’en vois qui vont rire : Machiavel dirait "divisez pour régner"

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      • Veillée de prière à Notre-Dame 23 novembre 2011 21:46, par Philippe Pouzoulet

        Plutôt que d’aller manifester avec Civitas, je me permettrai de vous conseiller la lecture du Cardinal John Henry Newman, aidée par l’excellent commentaire de Vincent Gallois, curé de Saint-Sernin à Toulouse, sur la lettre au duc de Norfolk ("Eglise et conscience chez J.H.Newman", Artège, 2010). Elle vous aidera à comprendre que ce n’est pas en organisant des commandos anti-Golgotha Picnic, comme autrefois il y en eut des commandos anti-IVG bardés de chapelets, qu’on réveillera la conscience de nos contemporains. Bien au contraire, les mêmes erreurs feront les mêmes dégâts dans l’opinion. Quant à ce qui divise aujourd’hui les catholiques, c’est bien le refus par certains des enseignements du Concile Vatican II notamment sur la liberté des consciences. Manifestement, les gens de Civitas ne sont pas au clair de ce côté-là...

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        • Veillée de prière à Notre-Dame 24 novembre 2011 16:26, par Melmiesse

          en écrivant, je pensais à la réponse du Christ à Saint Jean qui informait Jésus "il y a quelqu’un qui ne nous suit pas et qui expulse les démons en ton nom" ; et Jésus a répondu "ne l’en empêchez pas : qui n’est pas contre nous est pour nous , il ne peut pas agir en mon nom et sitot après parler mal de moi" De plus je ne vois pas le "discernement "de Tariq Ramadan avec tant de bienveillance : je devine ce qu’il y a derrière

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  • 24 novembre 2011 07:14, par cording

    Toutes ces manifestations anti ne font en définitive que de la publicité à des spectacles qui portent atteinte à la sensibilité chrétienne qui est aussi la mienne. Cependant celle de Mgr Vingt-Trois est la plus mesurée, la plus respectable ; la mienne est d’ignorer ces spectacles qui font partie de l’esprit antichrétien de notre époque.

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  • 26 novembre 2011 10:04, par Renaud

    Voici donc ce à quoi s’emploie la société française, spécialement parisienne. Ce pays commence à m’indisposer sérieusement ! La dérive dialectique cultivée avec complaisance par les petits Machiavel poltiques et médiatiques d’aujourd’hui continue son travail de sape : faschos vs république laïque, fondamentalistes (ou intégristes) vs Église rampante ralliée au système, etc, tous se lançant les mêmes excréments à la figure. Il n’y aurait pas les "fondamentalistes" et les "fascistes" qu’on en inventerait ; il semblerait même qu’on les ait réinventés. Nous sommes bien arriérés. On est toujours en retard d’une "guerre". Tout ceci est pitoyable ! Je souhaite me tromper.
    Mais l’on semble perçevoir des signaux "anodins" qui, je l’espère, ne dissimulent pas des forces plus graves que leurs apparences consternantes y compris dans les théâtres et le choix des pièces qu’ils font. Mais ces signaux indiqueraient que l’écheveau "intello" muritait à grande allure (la crise aidant) pour que de petits malins qui s’y connaissent pour manipuler les sociétés fourbissent à tout propos (média = caisse de résonnance) les antagonismes (les vrais comme les faux) qui dormaient trop bien au sein d’une société, jusqu’à produire plus tard des affrontements qui pourraient être activés davantage par la crise et qui serviront les ennemis des hommes, car ils viennent des ennemis de Dieu.
    Renaud

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  • 26 novembre 2011 13:26, par admin

    Au sujet des spectacles impliquant la personne du Christ
    Entretien avec Mgr Raymond CENTENE, évêque de Vannes
    pour le journal diocésain « Chrétiens en Morbihan »
    (Parution du 26 novembre 2011)

    1) Monseigneur, récemment la presse a fait mention du soutien que vous avez apporté aux manifestants qui réagissaient à la pièce de théâtre « Sur le concept du visage du Fils de Dieu ». Qu’en est-il ?

    Depuis quelques temps, un certain nombre de représentations artistiques utilisent des symboles religieux avec des intentions ou dans des contextes qui heurtent la sensibilité des croyants. Citons l’exposition en Avignon d’une photo d’un crucifix plongé dans un flacon
    d’urine ou le spectacle de Rodrigo Garcia « Golgota Picnic » programmé à Toulouse et à Paris, dans lequel le Christ en croix, la plaie du côté bourrée de billets de banque, est traité de « fou » de « chien de pyromane », de « messie du sida » et de « putain de diable ». Dans son spectacle « Sur le concept du visage du Fils de Dieu », Roméo Castellucci met en scène un vieillard incontinent et son fils, qui, par trois fois, le nettoie et change ses couches souillées.

    Cette déchéance est vécue sous le regard d’un immense portrait du Christ que des enfants bombardent de grenades (Cette scène, dans laquelle des enfants jettent des grenades en plastique sur le visage du Christ, prévue dans le scénario initial, a été jouée en Avignon, puis retirée des séances parisiennes suite aux protestations, avant d’être réintroduite lors des représentations à Rennes.), avant que ne soit versé sur lui un liquide évoquant les excréments dont s’est vidé le vieillard tandis qu’une odeur pestilentielle non moins évocatrice se répand dans la salle. Derrière la toile, des formes s’agitent jusqu’à la déchirer et la détruire. Une phrase inspirée du psaume 22 apparaît alors en lettres lumineuses : « you are my shepherd » (Tu es mon berger) pour devenir ensuite « you are not my shepherd » (Tu n’es pas mon berger). Et les médias de s’indigner non de la blessure infligée aux croyants mais du fait que certains d’entre eux disent publiquement leurs souffrances et leur incompréhension. En réponse à une lettre du président de l’Institut Civitas, adressée aux évêques de France, j’ai dit mon soutien et mes encouragements à ceux qui savent réagir « avec charité et fermeté » sans user « de violence aussi bien verbale que physique ».


    2) Votre position était-elle isolée au sein de l’épiscopat français ?

    Ma position me paraît s’inscrire dans la droite ligne du communiqué de Mgr Podvin, porteparole des évêques de France qui écrivait le 19 septembre dernier : « Ce n’est pas parce que le christianisme fut sociologiquement majoritaire qu’il doit être le fusible d’hystéries culturelles. De nombreux citoyens non chrétiens partagent notre colère. Si vous êtes de cet avis, ne demeurez pas impassibles ». Plusieurs évêques ont répondu à la lettre de Civitas. Pour l’un : « Oui, je vous encourage et j’encourage les chrétiens à manifester leurs réactions devant les spectacles provocants et insultants à l’égard de notre foi. » Pour un autre : « Tout comme vous, je ne peux que réprouver ces spectacles blasphématoires, Mgr Podvin a été chargé par notre Conférence de dire, en notre nom, notre réprobation tant sur leur contenu que sur leur financement. Nous ne pouvons qu’encourager les chrétiens à faire part de leurs sentiments. »

    Pour un autre encore : « Je crois qu’il est important de ne pas laisser l’inacceptable se banaliser. » Etc.

    3) La façon dont les médias ont relaté les choses vous semble-t-elle positive ?

    Le lien entre l’Eglise et les médias n’est pas simple et peut être frustrant. L’Eglise dit une parole d’éternité, les médias sont dans l’immédiateté. L’Eglise cherche à promouvoir la communion, les médias se tournent vers des individualités diverses. L’Eglise vise à la fraternité et à la concorde, les médias s’arrêtent volontiers sur des points de divergence. Cela met en évidence des approches qui peuvent être différentes mais, dans le même temps, il y a le risque de faire oublier tout ce qui unit.

    4) En apportant votre soutien à l’Institut Civitas, à l’origine des manifestations, ne craignezvous pas d’amalgames avec des courants que l’on qualifie d’extrémistes ou de fondamentalistes.

    Pas plus que je n’ai craint d’autres types d’amalgames lorsque je me suis indigné du sort réservé aux Roms pendant l’été 2010. Si on s’interdit de penser parce que d’autres pensent un jour la même chose, que reste-t-il de la liberté de penser ? Ce qui compte, c’est ce qui est dit et pas qui le dit, c’est la véracité du propos plus que la qualité de celui qui le tient. Traiter de fondamentalistes ou d’extrémistes tous ceux qui sont blessés par ces créations artistiques et qui le disent relève d’un raccourci journalistique plus que de la vérité.

    Les réactions qu’elles ont suscitées, même si on a le droit de les trouver inappropriées, ne méritent pas d’être traitées d’une manière aussi simpliste sauf si l’on cherche à discréditer son interlocuteur avant même de l’avoir entendu. C’est alors une sorte de violence supplémentaire, une mise en demeure de se taire, un chantage à la réputation, un totalitarisme rampant et très sophistiqué dans lequel on est sommé d’être le geôlier de sa propre conscience, le censeur de sa propre raison. La Croix du 7 novembre 2011 indiquait : « Tous les évêques font le même constat : le cercle des catholiques exaspérés dépasse celui des groupuscules intégristes et activistes ». Dans le même numéro du quotidien, le cardinal Ricard s’inquiétait de ce que « leurs actions sont légitimées et justifiées par des catholiques désarçonnés par la sécularisation et qui ont le sentiment d’être bafoués » tandis que l’archevêque de Dijon y estime « qu’il est de la responsabilité de l’évêque comme pasteur de prendre en compte le désarroi du peuple catholique choqué par la violence de certaines agressions contre les symboles du christianisme. »

    5) En fait, c’est donc à tous les chrétiens que votre message de soutien s’adresse ?

    Les chrétiens meurtris par ces attitudes ne sont pas ces intellectuels habitués à épiloguer sur le sens improbable d’une toile cubiste, ce sont les petits, les humbles, les jeunes, les convertis, d’où la véhémence dont est empreinte l’expression de leur sincérité.

    C’est à eux que mon message s’adresse d’abord. Mais ils ne sont pas les seuls à être choqués. Le porte-parole des évêques de France affirmait dans son communiqué du 19 septembre « de nombreux citoyens non chrétiens partagent notre colère ».

    6) Pourquoi des non chrétiens partagent-ils cette même indignation ?

    Parce qu’au-delà de l’irrespect avec lequel sont traités les symboles du christianisme et des blessures que cela suscite chez les croyants, ce débat soulève une question anthropologique beaucoup plus profonde. C’est la question de la place du sacré dans nos sociétés et de son rôle dans l’humanisation. Depuis la nuit des temps, c’est le sens du sacré et de la transcendance qui a permis à l’humanité de s’élever au-dessus des instincts de l’animalité. Il n’y a pas de civilisation qui ne l’ait eu pour compagnon de route et c’est lui qui a permis l’émergence de la culture par laquelle « l’homme devient plus homme » selon la belle expression de Jean-Paul II. C’est encore le rôle régulateur du sens du sacré qui a permis à la force du droit de prévaloir sur le droit de la force et, partant, de vaincre la barbarie. Lorsque l’Evangile évoque un juge inique, il le décrit comme quelqu’un « qui ne respecte pas Dieu et se moque des hommes ».

    Le second terme découle du premier. La négation du sacré met en péril l’homme lui-même et le sens de sa vie, si bien que l’on a pu dire « après la mort de Dieu, la mort de l’homme ». De ce point de vue-là, le vieillard incontinent de Castellucci illustre bien cette déchéance de l’humanité, fille du nihilisme, et Pascal ne l’aurait pas désavouée comme illustration de la « misère de l’homme sans Dieu ». « Tu n’es pas mon berger ».

    7) Comment pourriez-vous définir le sacré ?

    C’est l’Être ou l’ensemble des valeurs sur lesquels l’homme ne peut pas mettre la main. Ce qui est intangible. Ce qui est digne d’un respect absolu, qui ne peut être ni enfreint ni violé.

    Dans l’économie chrétienne, l’Incarnation du Verbe de Dieu donne à l’homme cette valeur rappelée avec force par la phrase de saint Irénée : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». L’homme est capable de Dieu, Capax Dei, l’humanité est le réceptacle de la personne divine. Le visage du Christ devient alors visage de l’humanité. Pilate ne s’y trompe pas lorsqu’à la sortie du prétoire il présente le Christ en ces termes : « Ecce homo » (Voici l’homme). Désormais, comme nous le chantons parfois « tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ». Dénier à l’homme cette image revient à le désacraliser, bafouer l’image de Dieu revient à bafouer l’homme et à le réduire au liquide excrémentiel qui sort du vieillard incontinent dans la pièce de Castellucci. Lorsqu’on voit des enfants lancer des grenades sur le visage du Christ, c’est d’abord un visage d’homme qu’ils bombardent.

    Mesure-t-on pleinement l’impact de cette scène ?

    8) Le respect du sacré marque donc la limite de la liberté de l’artiste ?

    Non, le respect du sacré fonde la liberté de l’artiste comme il fonde toute liberté. En effet, c’est en respectant le sacré que la liberté de l’artiste participe de la sacralité et devient souveraine. S’il n’y a pas de sacré, la liberté de l’artiste elle-même perd sa sacralité. Elle cesse d’être intangible, elle devient elle-même objet de contestation et elle s’autodétruit. Il faut alors mettre un cordon de CRS autour d’un théâtre et des policiers en civil dans la salle pour qu’une pièce puisse être jouée parce que le droit de la force a prévalu sur la force du droit. Quand le droit de la force prévaut sur la force du droit, les premières victimes sont les faibles et les petits. Liberté se conjugue avec responsabilité et les artistes ne sont pas dispensés de réfléchir aux conséquences à long terme de leurs créations.

    9) Mais alors, comment réagir si la limite est franchie ?

    Face à ses persécuteurs, le Christ a ordonné à Pierre de remettre son épée au fourreau et il a renoncé à faire appel aux « légions d’anges » qui auraient pu le défendre. Mais il n’a pas caché son indignation en évoquant ceux qui scandalisent les tout-petits. Comme Lui, nous devons être capables de nous indigner lorsque sont attaquées arbitrairement des valeurs dont la remise en cause risque de peser lourd sur l’avenir de l’humanité dans ce qu’elle a de plus vulnérable. Je crois que le sens du sacré est une de ces valeurs qui protègent l’homme et plus particulièrement les petits, les humbles, les sans-voix. Les chrétiens doivent réfléchir à tout cela et s’investir dans tous les lieux où le devenir de notre société se pense et se prépare pour oposer le Christ qui est « le Chemin la Vérité et la Vie », conscients que c’est la vérité qui rend libre (Cf Jn 8,32).

    Propos recueillis par Philippe JOSSE

    Délégué Diocésain à la Communication

    Rédacteur en chef de « Chrétiens en Morbihan »

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    • Entretien avec Mgr Raymond CENTENE 27 novembre 2011 14:09, par Yves Floucat

      Merci à Mgr Raymond Centène pour la clarté et le courage de ses propos qui, rejoignant ceux du père Daniel-Ange, sont sans ambiguïté. La violence n’est pas dans la légitime indignation de chrétiens et de non chrétiens face à des spectacles qui heurtent non seulement la foi chrétienne proprement dite, mais le sens du sacré sur lequel reposent toute initiative artistique comme, plus largement, toute vie en société. C’est une liberté d’expression qui se conçoit sans autre limite qu’elle-même qui est intrinsèquement violente. Elle s’autodétruit par définition, car la liberté n’a de sens que fondée sur des valeurs transcendantes et sans déclin. Ces valeurs, accessibles à la raison, sont naturellement sacrées et font partie intégrante du sacré proprement chrétien. Elles appartiennent également historiquement à notre culture et peuvent être déjà défendues de ce seul point de vue. Le problème soulevé est, en ce sens, aussi bien politique que religieux.

      Il est normal que Mgr Centène ne parle, en tant qu’évêque, que de la dimension religieuse et de ce qu’elle implique. Et on ne peut que lui signifier notre gratitude de n’avoir pas hésité à écrire à l’Institut Civitas que toute protestation est justifiée dès lors qu’elle récuse la violence. Dès lors que l’idéologie des droits de l’homme s’est fondée sur l’opposition entre ces droits, liés à la dignité de la personne, et les droits de Dieu, il était inévitable que la liberté d’expression se conçoive, de manière suicidaire, comme un absolu laissant place au libre déchaînement des instincts les plus bas, et que notre société, portée par l’unique jeu des courants d ’opinion, n’ait d’autre loi que la « raison » du plus fort. C’est ainsi qu’une certaine idéologie démocratiste dérive en un despotisme non éclairé…

      Yves Floucat

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