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Un moralisme de fumée

par Gérard Leclerc

dimanche 13 février 2011


Plus moral que moi, tu meurs ! Est-il permis de galéger sur un sujet si grave, la morale ? Ne devrait-on pas, au contraire, se féliciter d’un progrès généralisé de la conscience commune vers plus d’exigence éthique, notamment de la part des politiques ? L’affaire François Fillon, qui vient de s’ajouter à l’affaire Michèle Alliot-Maire ne nous donne t-elle pas le spectacle oh combien édifiant d’une presse coalisée dans l’indignation, la stupéfaction, et en rivalité avec une opposition criant en cœur qu’elle est choquée, et que seule une prompte démission serait proportionnée à l’offense faite à nos valeur républicaines…

J’avoue que j’ai une réticence à me rallier à une indignation qui, souvent, me semble de commande et par trop intéressée. Non que j’approuve les passe-droits, les complaisances, les facilités, qu’on se permet lorsqu’on est en responsabilité au sommet de l’Etat. Ce qui me rend sceptique, c’est l’abîme qui existe entre des fautes qu’on me permettra d’appeler quand même vénielles et des décisions politiques qui entraînent de véritables catastrophes morales. Mais celles-là ne semble pas du tout troubler nos grandes consciences.

En veut-on des exemples ? Il y en a de signalés en ce moment. Je pense aux débats sur la bioéthique et à certaines pratiques où l’embryon humain se trouve instrumentalisé à échelle industrielle. Ca ne vous trouble pas cela ?

Je pense aussi à ce million de PACS que l’on vient de célébrer comme une sorte d’avancée conforme à la modernité. Pour moi, c’est un énorme problème que le nombre de PACS soit en train de rattraper le nombre de mariages annuels. La désintégration de la famille par la fragilisation de liens qu’il n’y a pas si longtemps on considérait comme sacrés, ce n’est pas anodin. Mais, encore un fois, ça ne trouble pas nos grandes consciences.

Alors on a beau m’expliquer qu’heureusement nous sommes en train d’accomplir une révolution morale qui nous rapproche du modèle de comportement de l’Europe du Nord, cela me laisse de marbre. J’ai le sentiment qu’on nous emmène en bateau et que la morale dont on nous chante chaque jour les louanges est une morale-spectacle qui cache sous ses paillettes le naufrage du véritable sentiment moral.

Oui, nous vivons de simulacres et nous n’aurons que nos yeux pour pleurer lorsqu’ils se disperseront en fumée.

Chronique lue le 10 février sur Radio Notre-Dame

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