La société moderne a jeté par-dessus bord sa foi de toujours, la morale qui établissait ce qu’étaient le Bien et le Mal, les repères et les traditions qui en découlaient, la famille, et une vision communément admise du permis et de l’interdit. Pour pouvoir jouir de la vie. Mais à présent cette société dévitalisée désespère de tout. Quand on désespère de tout, la mort devient encore plus insupportable, et l’on cherche à s’en divertir à tout prix. On consomme tout ce qui peut se consommer, biens et personnes. Mais on attend également de l’esprit de la Modernité qu’il libère les consciences, impossibles à exterminer, du scrupule moral qui subsiste malgré tout. Cela a été fait par exemple avec la légalisation de l’avortement, qui répondait surtout, implicitement, à l’exigence de mœurs amorales (sans morale). J’ai moi-même le souvenir, dans ces années soixante-dix, de cette sorte de complicité que nous pouvions éprouver, sans pourtant avoir milité le moins du monde, cette sympathie non formulée mais certaine pour tout ce qui au fond rejoignait notre pente naturelle, ne pas avoir à se priver du plaisir, quel qu’il soit.
Je pense donc que les réponses à ce sondage contiennent un grand et profond malaise. Celui de femmes qui pensent ou veulent croire que l’avortement a libéré un espace de vie, mais qui dans leur for interne ne peuvent pas se résoudre, malgré qu’on soit sous le règne absolu du sophisme, à considérer que l’avortement est quelque chose de bon et de bien. Quand ces mêmes femmes estiment qu’il y a un trop grand nombre d’avortements, on peut craindre là que, sans remettre en question le droit à avorter, elles "demandent" à ce que tout soit mis en œuvre pour que ce chiffre insupportable et culpabilisant cesse de hanter les consciences. Quand on entend comment Mme Kauffmann, que je ne juge pas en tant que personne, parle de son combat pour la femme, on est sidéré par ce que la culture de mort peut inspirer comme assurance d’être dans le camp du Bien, avec émotion, assorti de cet humanisme qui semble aller de soi. Cet humanisme qui n’a d’autre but que l’abolition de toutes limites et de tout interdit, qui est issu de l’esprit de révolte originel contre toute autorité et toute transcendance, et qui se pose en Sauveur unique et incontestable de l’homme qu’il n’a de cesse de déshumaniser. La plus belle imposture du Menteur. Qui s’acharne à faire passer pour ennemis du bonheur, de la vie et de la femme, les catholiques dont la douleur est de voir la vie si mal aimée.