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Un Bernanos inouï

par Gérard Leclerc

lundi 13 décembre 2010


Cela se passe à quelques kilomètres de Paris, dans une de ces banlieues avec leurs fameux quartiers, leurs grandes barres, leurs populations métissées... Il n’y a pas si longtemps, on parlait de banlieue rouge. Et il en est resté quelque chose ! Vous sortez de la station de métro Bobigny-Pablo Picasso, et vous vous retrouvez avenue Karl Marx. Si vous voulez vous diriger vers le boulevard Lénine, vous traverserez les rues Maurice Thorez et Pierre Sémard auxquelles la rue Paul Eluard ajoute heureusement une note poétique. Mais si le but de l’escapade est bien la maison de la culture du boulevard Lénine, ce n’est pas pour un spectacle Maxime Gorki ou Louis Aragon... C’est pour une soirée Bernanos ! Et quelle soirée ! Moi qui lit Bernanos depuis toujours, je ne l’ai jamais lu et même interprété comme cela...

Il faut saluer le tour de force accompli par Samir Siad, Valérie Aubert et leurs comédiens pour donner une résonance aussi forte à des textes que nul n’avait jamais osé proclamer d’une telle façon. Qui aurait jamais pensé que le Bernanos d’après guerre, celui des derniers mois, pouvait atteindre ce degré de tragique, qui le place dans la lignée d’un Gunter Anders, le prophète foudroyé de l’« obsolescence de l’homme » ? Mais encore d’un Eugène Ionesco ou d’un Samuel Beckett ! Il peut paraître violent d’assimiler l’auteur de Dialogues des carmélites à la tonalité désespérée du théâtre de l’absurde. Mais il y a un Bernanos, insupportable à l’optimisme mondain et moderniste, qu’il faut savoir entendre. Il nous assène des vérités terribles, impossibles à digérer. Mais ce n’est pas pour nous désespérer, c’est pour nous réveiller et provoquer ce qu’il appelait l’« insurrection de l’Esprit ».

Chronique lue le 9 décembre sur Radio Notre-Dame