"The Artist" est un excellent film. Tout le monde est d’accord là-dessus, public et professionnels du cinéma et on ne peut que se réjouir de la pluie de récompenses toutes plus prestigieuses les unes que les autres qui pleuvent sur lui, et notamment sur son réalisateur et ses acteurs principaux. Il ne s’agit donc pas de bouder son plaisir, ni, éventuellement sa fierté nationale.
On peut cependant trouver quelque peu irritant que ce grand film français soit affublé d’un titre en anglais. Au bon vieux temps du muet, les films américains distribués en France portaient déjà des titres traduits. Mieux, ce sont les Français qui ont donné le nom de "Charlot" à celui que Charlie Chaplin n’appelait que "the Tramp" ("le vagabond").
Cette manie de farcir les titres, mais aussi les articles et nos conversations de mots anglais, généralement incompréhensibles pour la plupart, a beau être ancienne (souvenons-nous des "happy few", les quelques heureux, de Stendhal), elle heurte le bon sens et la sensibilité. Le plus souvent, il ne s’agit que d’un snobisme sans justification. L’expressivité n’y gagne rien : il ne s’agit de bien signifier à l’interlocuteur que vous appartenez au groupe privilégié de ceux qui savent et regardent de haut nos petites considérations franchouillardes. En somme de signaler que l’on appartient soi-même aux "happy few".


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