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Sur le déclin du catholicisme européen

par Gérard LECLERC

lundi 15 février 2010


La revue Esprit consacre, dans sa dernière livraison, un dossier au « déclin du catholicisme européen »*. Le sujet vaut sans aucun doute la réflexion distanciée d’une revue culturelle qui compte toujours dans le débat intellectuel en France. Pour beaucoup de ses rédacteurs, le catholicisme n’est pas une réalité extérieure. Il est l’objet d’une douloureuse confrontation à la fois subjective et historique. La nostalgie des années soixante s’exprime avec le deuil d’un certain projet. Ah que la réforme de l’Église était belle avant la fatale encyclique Humanae Vitae de 1968  ! Il est significatif que l’ensemble du dossier concerne la sexualité et la contraception qui, pour les intéressés, explique le fossé qui s’est creusé entre le Magistère et les Européens. Mais alors nos amis protestants, qui se sont alignés sans trop de difficultés sur la philosophie libérale des mœurs, devraient s’en tirer beaucoup mieux  ? Il est trop évident que non. Mais Esprit ne s’est pas risqué à étendre son enquête au protestantisme européen, non sans dommages pour la thèse avancée. Que le nombre des avortements ne diminue pas en France, alors que la mentalité contraceptive y est triomphante, ne trouble en rien nos intellectuels critiques pour qui toute contestation de ce que Clavel appelait l’immaculée contraception relève du blasphème absolu contre la modernité. Par ailleurs, on a tout de même le droit de s’interroger sur ce discours ressassé sans fin, à propos de l’incapacité à communiquer du magistère  ecclésial, qui ne chercherait que le commentaire approbateur et la diffusion maximale. Excusez-nous, mais il s’agit là d’une énorme blague qui permet d’effacer toute remise en cause du système de la «  com. » contemporaine et de ses impasses.

Il y a bien sûr d’autres questions de fond posées par ce dossier, avec sa complaisance pour la déconstruction et ce qu’elle dénote de ralliement à un certain courant luthérano-heideggerien. Justement, la résistance du catholicisme à ce type de dérives renvoie à une cohérence théologique de fond. Hors toute référence officielle, la plus profonde culture européenne nous invite, tel Thomas Mann dans Le docteur Faustus, à nous interroger sur les conséquences de la rupture entre la lettre et l’esprit, au profit de tous les carrés magiques de la subjectivité triomphante

* Esprit, février 2010. Je reviendrai sur ces thématiques dans mon "Journal".

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Sommaire du dossier d’Esprit :

SCHLEGEL Jean-Louis

Adieu au catholicisme en France et en Europe ?

Introduction

FOURCADE Michel

Il n’en restera pierre sur pierre… Les origines antiromaines de la déconstruction

Les philosophes français de la « déconstruction » comme Michel Deguy, Gérard Granel ou Jean-Luc Nancy n’étaient pas, au moment de leur formation, étrangers au monde catholique. Leur choix philosophique apparaît même intimement lié au sentiment que le chantier de reconstruction philosophique du concile avait été…

LANGLOIS Claude

Sexe, modernité et catholicisme. Les origines oubliées

Les autorités de l’Église défendent les positions dogmatiques sur la sexualité en soulignant la continuité du discours romain. Or, pour l’historien qui s’est plongé dans les archives, la réalité apparaît tout autre, en particulier quand on observe les interrogations pastorales du clergé tout au long du XIXe siècle….

GREMION Catherine

La décision dans l’Église. Contraception, procréation assistée, avortement : trois moments clés

Dans ses déclarations de principe, l’Église défend un mode de prise de décision ouvert : collégialité, concertation, prise en compte des laïcs… Or, les décisions qui ont provoqué le plus d’incompréhension dans le monde catholique ont été, à l’inverse, édictées de manière opaque et…

CAROUX Jacques et RAJOTTE Pierre

Sur la route de Saint-Jacques. Traces mémorielles et intrigues identitaires.

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3 Messages de forum

  • Sur le déclin du catholicisme européen

    20 février 23:02, par henri
    Merci à Gérard de nous donner les enjeux. Merci aussi à Jean -Marie Achéritéguy de lutter contre la déconstruction et de nous encourager d’affroter avec nos moyens cette tentation du désespoir.
  • Sur le déclin du catholicisme européen

    17 février 20:46, par Jérôme

    Bonjour !

    Je souscris totalement à ce que M. Gérard Leclerc et M. Jean-Marie Achéritéguy ont écrit en réaction à ce numéro d’Esprit qui n’a vraiment plus rien de catholique tant il est porté par une idéologie gauchiste qui se plait avec d’autres à se gargariser de la déchristianisation et de la mise à l’écart des valeurs catholiques et plus largement chrétiennes…Mais ne nous laissons pas décourager par ses sirènes de perdition ! Dieu est avec nous, soyons avec lui ! On juge d’un arbre à ses fruits ! Tôt ou tard beaucoup de gens vont de plus en plus ne plus supporter le goût nauséeux et amer de cette folle modernité, malade de son orgueil, imbue d’elle-même et ravageant notre humanité depuis près de deux siècles ! Lisez "Le XIX ème siècle à travers les âges" de Philippe Muray, vous y découvrirez les causes profondes de la crise de civilisation que nous traversons encore…

    Cordialement !

  • Sur le déclin du catholicisme européen

    16 février 22:22, par Jean-Marie Achéritéguy

    Merci à Gérard Leclerc, esprit tout de clairvoyance et de sagacité. Mais, je me disais, que tout cela est épuisant… Nous sommes épuisés, moi je le suis véritablement. Cette société se décompose et se déconstruit, ou se corrompt, à moins qu’elle ne se désagrège. L’air pur qui renouvelle et redonne le goût de vivre vient à manquer, on va vers l’asphyxie. Ce que ne savent pas tous ces déconstructeurs, c’est qu’après avoir semé leur ivraie, droits et libertés sans fin, refus orgueilleux et insensé de la morale qui dépasse l’homme pour mieux l’élever vers sa plus haute vocation, ils seront eux-mêmes traités selon leur propre parole. Nous récoltons de ces tristes prédications tout ce qu’il faut pour désespérer et endurcir les cœurs. Ces contempteurs de l’Eglise dont ils veulent la conversion au monde, (pourquoi au fond ? Que resterait-il à quoi ils puissent s’identifier si rien ne distingue plus l’Une de l’autre ?) auront des vieillesses amères et suicidaires, isolés, oubliés par tous, candidats ou désignés d’office à la ’mort douce’, la plus dure en réalité, qu’ils n’auront eu de cesse d’inscrire aux droits de l’homme. Y pensent-ils ? Je prie qu’ils soient touchés par la Miséricorde. Mais qu’est-ce-qui meut leur irrépressible besoin de mettre à bas tout ce qui existe ? Il me vient parfois cette folle pensée. Nous savons que pour le monde le but ultime est la fin des interdits, de tout interdit. Les progressistes catholiques veulent-ils eux aussi, en allant au bout de leur conviction, obtenir que l’Eglise non seulement rejoigne les valeurs du siècle, mais se montre exemplaire en tirant toujours plus haut vers l’épanouissement l’homme que l’ancien monde aurait gardé captif et soumis à sa morale liberticide ? Et alors cette Eglise nouvelle, ne devrait-elle pas inviter à ce que les esprits s’ouvrent enfin ? Inceste, pédophilie, zoophilie, fantasmes sexuels, enfants sexuels, tous les plaisirs devenant synonymes de plénitude, aucun ne devrait alors se trouver empêché. Il n’y a pas de limite en réalité. Tout ce qui est désirable devrait devenir possible et tout ce qui fait obstacle devrait tomber sous le coup d’une loi. Après l’avortement, l’euthanasie, l’élimination des enfants handicapés, la manipulation cynique du vivant et tout le reste, L’Eglise, ou l’Evangile selon les saints droits de l’homme seraient enfin loués et reconnus par la Modernité comme dignes de son Humanisme, puisqu’ayant fini par faire allégeance. Est-ce cela qu’espèrent ces réformateurs catholiques ?

    L’Eglise catholique a les paroles de la vie éternelle. Le monde (en chacun de nous, ne l’oublions pas) refuse à présent l’idée même de mort. Si l’on ne supporte plus de mourir, de vieillir et de souffrir, ce qui est de toujours la peur fondamentale de l’homme, si l’on ne supporte plus la vie TELLE QU’ELLE EST, on réduit la vie aux seuls plaisir et profit temporels qu’on peut en retirer. Mangeons et buvons, et jouissons car demain nous mourrons. Alors la vie éternelle, qui s’en soucie ? Pour annoncer la vie éternelle il nous reste notre pauvreté. Nous n’en faisons pas usage, nous préférons paraître optimistes et présentables. Mais loin de ce qui fait advenir le Royaume, éloignés de notre misère qui appelle la Miséricorde. Contre l’esprit de ce monde, reconnaissons d’abord que nous sommes perdus et apeurés, ce qui demande un acte de foi humble. Si, après avoir supplié Jésus qu’il se réveille parce que nous périssons, il nous reproche notre peu de foi, nous tomberons dans ses bras, bouleversés d’amour pour lui, qui aura fait taire la tempête et la mort. Et croyons-nous qu’il va nous punir ? Il va nous bénir et nous ouvrir encore le cœur à l’intelligence des Ecritures. Je refuse d’avoir honte de crier vers Dieu au-secours. Parce que ce monde se perd, que la souffrance de multitudes est la conséquence directe de la culture de mort, elle-même induite par la pensée de déconstruction. Supplier nous met à notre place de pauvre de cœur. Nous attendons notre vie du Sauveur. Je crois en un Dieu qui attend notre cri, notre désir ardent de sa venue, qui attend que nous lui offrions nos brèches, nos fêlures, pour qu’il vienne manifester son Amour. A tous, déconstructeurs et déconstruits de la vie dont le nombre s’accroît toujours plus.




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